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De l'égalitarisme social injuste à une redistribution plus équitable



De l'égalitarisme social injuste à une redistribution plus équitable
Par Rafik Bouklia-Hassane *Nous voulons soutenir qu'un nouveau modèle économique basé sur une vision de long terme, des réformes crédibles et des transformations structurelles de notre économie peut être mis en ?uvre sans renoncer à notre modèle social. Il peut également être mis en ?uvre sans que l'économie ait besoin de recourir à un surcroit de financement qui alourdirait encore les tensions budgétaires actuelles.Un premier principe : la réforme des politiques de redistribution actuelles et la nature sociale de notre état ne sont pas antinomiquesLe caractère social de l'Etat doit être préservé car il s'inscrit dans la trajectoire historique de la société algérienne. La question ne peut donc être de renier les principes qui fondent la solidarité nationale et la justice sociale, comme s'il fallait choisir entre plus de croissance et moins de social, mais au contraire de concrétiser ces principes en orientant les transferts sociaux au bénéfice des personnes qui en ont besoin afin de mieux faire fonctionner l'ascenseur social.Ainsi, le nouveau modèle de développement économique n'a pas vocation à ??fracasser'' notre modèle social mais, au contraire, à lui donner un sens : celui de passer de l'égalitarisme social coûteux et injuste à une redistribution plus équitable qui cible les plus nécessiteux, principe de justice développé par le grand philosophe économiste Rawls et qui est très pertinent dans le contexte national. C'est pourquoi il faut rapidement ouvrir un chantier dont on a longtemps sous-estimé l'importance.Celui de la réforme du système d'informations statistiques économiques et sociales. Sans cette réforme, aucun réajustement de la politique actuelle des transferts sociaux ne peut être sérieusement envisagé parce que nous ne connaissons pas encore parfaitement ni la structure de notre société ni celle de notre économie.Ceci dit, on se focalise excessivement sur les transferts sociaux comme si c'était le seul levier de consolidation budgétaire qui permet de dégager des marges de financement. En réalité, ce ne sont pas uniquement les transferts sociaux mais toutes les dépenses d'équipement et leur gestion qu'il convient de restructurer.D'où le deuxième principe : on peut faire plus de réalisations avec moins d'investissementL'Algérie est parmi les pays à niveau de développement similaire au nôtre celui dont l'Etat investit le plus au monde. Le montant des dépenses d'investissement a été multiplié par dix entre 2000 et 2015. Cet effort exceptionnel d'investissement public a atteint ses limites et se trouve probablement même en phase de rendements marginaux fortement décroissants. Il est donc nécessaire de passer à un nouveau régime d'investissement public. Il existe en effet d'importantes marges d'efficience de l'investissement public qui permettent de réaliser plus en investissant moins. Certaines estimations évaluent ce potentiel à un minimum de 20%. C'est pourquoi le maintien d'un budget d'équipement à un niveau nominal constant (ce qui correspond, en termes réels, à sa baisse à un taux égal à celui de l'inflation) peut être une option conditionnellement valide. Elle l'est à condition que des réformes du système national d'investissement public actuel soient entreprises permettant de faire plus avec moins et de réaliser le potentiel d'efficience de l'investissement public. Faute de quoi, la croissance économique serait compromise.Un troisième principe : on peut atteindre de meilleurs objectifs avec moins de réalisationsOn peut s'interroger sur l'impact des dépenses publiques d'investissement sur la croissance économique. Cet impact n'a pas encore été précisément évalué par les économistes. Mais on peut conjecturer au vu du faible taux d'investissement privé, notamment dans le secteur de l'industrie, que l'investissement public a un impact limité sur l'offre nationale de production du fait de l'extraversion de son effet multiplicateur.Cette fuite du multiplicateur des dépenses publiques se perçoit à travers l'explosion des importations qui sont souvent étroitement associées à ces dépenses. Cela signifie que nous avons un problème avec l'allocation de l'investissement public qui ne se dirige pas vers les secteurs porteurs de l'économie, en l'occurrence les infrastructures avancées, les infrastructures du savoir, les TIC, la logistique du commerce intérieur et extérieur, etc. Notre problème n'est pas tant dans le volume de l'investissement public que dans son allocation sectorielle et dans son efficacité. Là encore, ce n'est pas un problème de financement mais de réformes du système national d'investissement public qu'il convient de mener rapidement pour un surcroît d'efficacité dans le cadre de l'implémentation du nouveau régime de croissance.On comprend alors que la question de l'endettement externe, et plus généralement celle du changement des politiques macroéconomiques, qui accapare l'attention de nombre de nos économistes est un problème mal posé. Aller sans réformes vers l'endettement extérieur revient à rééditer la tragédie des années 1980 : une tragédie, parce que nous avons mis plus de 20 ans pour retrouver, en 2008, le niveau du PIB réel par habitant de 1986. A cet égard, le FMI devrait davantage focaliser ses recommandations sur les réformes et les transformations structurelles de l'économie nationale à mener plutôt que sur le recours et la fuite vers l'endettement externe.C'est donc vers ce triptyque équité-efficience-efficacité que la réforme du cadre budgétaire doit tendre afin de concrétiser un des objectifs importants du nouveau modèle économique : la soutenabilité du budget et de l'endettement de l'Etat. L'administration en charge du budget poursuit ses efforts pour construire ce socle et répondre aux exigences de la nouvelle donne économique à l'instar de la programmation budgétaire triennale.Mais c'est tout l'arsenal juridique et organisationnel qu'il importe de reformuler aujourd'hui afin de conférer de la performance à l'action publique dans ce domaine crucial : la révision de la loi relative aux lois de finances, de la loi sur la comptabilité publique, la révision du code des marchés publics afin d'impliquer davantage le secteur des entreprises dans le financement, la construction et l'exploitation des infrastructures économiques, l'élaboration d'une vision rénovée du plan de développement des infrastructures publiques dans le cadre d'une évaluation-actualisation du SNAT sont autant de chantiers qu'il convient d'ouvrir expressément afin en particulier de clarifier les objectifs de développement de l'économie nationale et les trajectoires pour les réaliser.Il serait vain de s'attendre à un contre-choc pétrolier qui nous serait favorable quand bien même le pays a réalisé une prouesse mémorable en parvenant avec succès à réunir autour de la même table les intérêts fortement divergents des principaux pays exportateurs de pétrole. La tyrannie du progrès technologique a imposé une mutation structurelle au marché mondial des hydrocarbures.Celui-ci est passé d'une situation de jeu à deux acteurs (OPEP-non OPEP) à un jeu à trois acteurs : avec un pétrole à moins de 40-50 dollars comme aujourd'hui, les nouveaux venus que sont les producteurs américains de pétrole et de gaz de schiste sont une menace potentielle ; avec un prix au-dessus de 50 dollars, ils deviennent les producteurs d'appoint, s'accaparant le rôle que jouait l'Arabie Saoudite dans un passé récent. Or, ces nouveaux producteurs ne sont pas un oligopole avec qui on négocie mais une myriade de producteurs avec des méthodes de production flexibles et dans un environnement quasi concurrentiel. En réalité, nous sommes dans un nouveau paradigme énergétique. Rien n'est plus comme avant et précisément pour cela, c'est le moment propice pour un nouveau départ, une sortie par le haut de notre économie nationale qui ne manque pas d'atouts. R. B.-H.Professeur à l'Université d'Oran
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