
Création - Lamia Safieddine est une chorégraphe libanaise. Ses créations, elle les interprète avec autant d'élégance et de sensualité que de vigueur et de passion.Le mouvement qu'elle crée, compose, pareil à un phrasé poétique, est intarissable. Il est à chaque fois réitéré, régénéré pour donner plus de ton, de caractère, de naturel, plus de profondeur à son jeu corporel, lequel définit son approche ? tantôt intellectuelle, tantôt personnelle, intimiste ? à l'art de la chorégraphie.Lamia Safieddine ne s'adonne pas au langage corporel seulement pour le plaisir de danser, il y a certes ce plaisir de jouer du corps, le sien, de le mouvoir d'une façon ou d'une autre, de le dire dans son esthétique avec autant d'emphase, d'éloquence que de sincérité, le tout se jouant dans (et avec) une sensibilité fortement ressentie par l'artiste lorsqu'elle se met sur scène, lorsqu'elle donne libre cours à son corps, en s'affranchissant de la pesanteur de l'espace, donc du milieu, et en se libérant des contraintes du temps.Il y a effectivement du plaisir sensiblement ressenti en dansant, mais ses chorégraphies revêtent une portée intellectuelle. Chacune de ses créations est donc un moment, un acte d'engagement. Engagement d'abord artistique, puisqu'elle s'emploie à penser, à imaginer la gestuelle. Et engagement ensuite politique dans le sens où elle milite, par l'art, pour une cause, celle notamment de la femme.«En effet, j'ai cette conscience politique», soutient-elle, et d'abonder : «Cette conscience de femme, je l'ai eue grâce à une femme algérienne militante et combattante qu'est Djamila Bouhired. J'ai grandi avec le poème de Nizar Kebani qui l'a consacré à Djamila Bouhired. Et donc, pour moi, Djamila Bouhired est un exemple de femme très forte, cette femme qui a défié le temps, la colonisation. Elle est toujours pour moi un repère.»Cet engagement politique puise en outre sa force et son caractère notamment dans la poésie de Mahmoud Darwich et dans la musique de Marcel Khalifa, l'un est poète, l'autre auteur, compositeur et interprète, tous deux sont d'invétérés militants, notamment pour la cause palestinienne.«Mahmoud Darwich m'a sculptée», souligne-t-elle, et de renchérir : «Ses mots m'ont forgée, j'ai grandi avec la poésie de Mahmoud Darwich. Il m'a sculpté l'âme, forgé le corps. Je suis rentrée avec tout mon corps dans les mots de Mahmoud Darwich et dans la force de sa poésie, celle-ci est une force de vie, elle est une meilleure résistance. J'ai aussi chorégraphié la musique de Marcel Khalifa, cette musique composée notamment autour de la poésie de Mahmoud Darwich.»Née en Guinée, élevée au Maroc, au Liban, en Côte d'Ivoire, installée au Brésil avant d'atterrir à Paris, Lamia Safieddine est polyglotte. Elle a vécu dans plusieurs pays, elle parle six langues. Cela dit, elle a un parcours exceptionnel, ses rencontres sont plurielles et elle a des vécus différents.S'exprimant sur son vécu africain, elle dit : «Avec la guerre civile au Liban, je suis retournée en Afrique, en Côte d'Ivoire. Ça été, pour moi, une redécouverte de l'Afrique, de son histoire et de sa culture.»A la confluence des culturesDe ces différents voyages, l'on peut d'emblée dire que Lamia Safieddine se situe à la conjonction de plusieurs cultures et à la croisée de plusieurs vécus. «Tout à fait. J'ai vraiment vécu dans chacun de ces pays. Je me suis fondue dans la société de chacun. Je me suis imprégnée de leur culture. Je me suis profondément enracinée dans leur culture et leur histoire», raconte-t-elle. D'où la question : «Ces voyages ont-ils influencé son travail de création '» «C'est vrai que tout cela a énormément influencé ma danse. Mes créations contiennent une part du monde arabo-musulman, une autre partie de l'Afrique, une autre de l'Amérique du Sud et une autre partie d'Europe. Mes créations sont un mélange, une mosaïque de toute cette diversité culturelle», précise-t-elle. Et s'exprimant sur la guerre civile au Liban, celle qui conjugue notamment les apports de l'Orient et de l'Occident dit : «La guerre civile libanaise était violente, catastrophique, destructrice, dévastatrice. Tout cela a donc énormément influencé mes créations. Car cette guerre était une grosse blessure qui, une fois cicatrisée, reste cependant en nous. Cette douleur est enracinée en nous.» D'où effectivement le besoin d'apaiser cette douleur en se livrant à la création chorégraphique. A la question de savoir si cette guerre l'a renforcée, endurcie, Lamia Safieddine répond : «Je ne sais pas si elle m'a vraiment donné la force, mais je trouve que c'est la danse qui m'a donné de la force. Quand on est enfant, on subit la guerre, la violence, on est comme une éponge, on absorbe cette violence. Et le fait de danser m'a permis d'exorciser, d'extérioriser cette violence. Je dirais que la danse m'a aidée à me renforcer.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yacine Idjer
Source : www.infosoir.com