-L'année 2011 a été marquée incontestablement par le Printemps arabe. En quoi diriez-vous que cette conjoncture a impacté l'économie algérienne '
Du point de vue économique, l'Algérie n'est pas vraiment intégrée dans le tissu arabe. Le volume des échanges commerciaux avec ces pays est très faible et ne dépasse pas les 4%.
Par ailleurs, il n'y a aucune corrélation entre le secteur du tourisme en Algérie et celui des services dans ces pays arabes. La demande sur les hydrocarbures algériens provient surtout de l'Europe et des Etats-Unis et le pays n'exporte que très peu vers les pays arabes en raison du retard pris par l'Algérie dans l'adhésion à la Zone arabe de libre-échange qui n'est intervenue qu'en 2010, ainsi que les restrictions aux échanges avec le marché arabe en raison des règles d'origine. Pour tous ces éléments, on peut dire qu'il n'y a pas eu d'impact des révolutions arabes sur l'économie algérienne qui reste une économie non diversifiée.
Du point de vue politique, l'Algérie a déjà vécu quelque chose de similaire à ce scénario de révolution arabe en 1988 avec les événements d'octobre menés par des jeunes et qui a conduit à la modification du système politique algérien dans le sens où le multipartisme a été instauré. Cela en dépit des erreurs qui ont été commises dans la conduite de ce processus dans les années 1990 et qui ont été lourdes de conséquences sur le plan des indicateurs de développement. C'est pour cela qu'il serait difficile de reproduire en Algérie cette expérience telle qu'elle se fait dans les pays arabes.
Les causes économiques qui ont conduit au printemps arabe sont inexistantes dans le cas algérien puisque le gouvernement peut acheter la paix sociale à n'importe quel moment au vu du caractère rentier de l'économie nationale et la disponibilité des ressources financières. Mais ce qui est requis aujourd'hui, c'est la réussite des réformes en cours dans le sens du renforcement des libertés et la prise en charge des préoccupations nouvelles des jeunes ainsi que les réformes économiques afin d'aller vers davantage de compétitivité.
-L'année se termine avec un record en matière d'importation avec plus de 40 milliards de dollars. Qu'est-ce que cela vous inspire '
Cela s'explique par la hausse des prix dans la zone euro qui occupe la première place dans les importations de l'Algérie avec une part de 57% dans le volume des importations globales, ainsi que la hausse des prix des produits alimentaires, des équipements et des dérivés d'hydrocarbures comme les huiles pour moteur.
Cette situation est due à la crise des liquidités, du coût élevé de l'endettement ainsi que le niveau élevé des prix du pétrole au niveau international. Il faut noter par ailleurs la hausse des importations de céréales en raison de la politique du gouvernement de sécuriser le marché pour les années à venir dans la perspective de la baisse de la production algérienne en la matière du fait notamment du climat et de la politique gouvernementale en matière de production agricole qui reste fragile. On peut également ajouter à tous éléments pour expliquer la hausse des importations, les décisions de la tripartite de mai dernier qui a permis aux opérateurs économiques d'utiliser un autre moyen de règlement des importations outre le crédit documentaire ce qui a conduit à la hausse du nombre de transactions commerciales extérieures.
-2011 est aussi celle de la crise de la zone euro, peut-on nous considérer à l'abri et pour combien de temps encore'
Si les indicateurs globaux de l'économie algérienne se maintiennent au même niveau d'aujourd'hui pour les cinq prochaines années, il n'y aura pas d'incidences sur la demande interne, cependant le déficit budgétaire va augmenter en raison des coûts des importations et de la politique de soutien des prix. Si le scénario de la baisse des prix du pétrole se confirme à partir du printemps prochain au niveau de 80 dollars le baril, l'Algérie devra avoir recours au Fonds de régulation des recettes et aux réserves de change afin de financer le budget, ce qui risque d'hypothéquer la part des générations futures dans la richesse pétrolière. Dans tous les cas, la crise et la récession en Europe toucheront l'Algérie à moyen terme et non à court terme à travers les prix mondiaux, notamment ceux des produits alimentaires, de l'énergie et surtout le pétrole. En revanche, les autres secteurs ne sont pas concernés par la zone euro, ni le système bancaire, ni la bourse, ni le tourisme, ni l'immobilier.
-Si vous deviez ne retenir que deux événements de la vie économique nationale en 2011, quelle serait, selon vous, la plus grande réalisation du gouvernement durant cette année et aussi le plus gros ratage '
Je note en premier l'avancement des travaux de l'autoroute Est-Ouest qui sera d'un apport important pour l'activité commerciale avec les pays maghrébins, particulièrement après la phase post Printemps arabe et les transformations démocratiques en Libye, en Tunisie, et au Maroc. L'espace économique maghrébin fera gagner à la région trois points de croissance du produit intérieur brut.En second lieu, il faut souligner la tenue de deux tripartites durant l'année 2011 ainsi que la liquidité injectée dans la masse salariale et qui a atteint dans la loi de finances 2011 exécutable en 2012 quelque 35 milliards de dollars.
Cela constitue une réalisation importante sur le plan du front social, mais qui est néfaste sur le plan économique compte tenu de la nature de notre économie. Le fait est que la demande interne est plus flexible par rapport au revenu individuel moyen que l'offre, ce qui menace, en cas de poursuite du déficit budgétaire, de résulter soit sur l'inflation en raison de la diminution du soutien aux prix, soit sur la mise en place de nouveaux impôts dans le projet de loi de finances complémentaire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com