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«Après le retrait britannique de l'UE, son partenariat avec l'Algérie devrait être révisé»



«Après le retrait britannique de l'UE, son partenariat avec l'Algérie devrait être révisé»
Dans l'entretien qu'il a bien voulu nous accorder, Frédéric Allemand estime que les relations économiques entre l'Algérie et le Royaume-Uni continueront à se développer dans le cadre de l'accord d'association UE-Algérie de 2002 jusqu'au retrait des britanniques de l'UE.Quels sont les premiers enseignements à tirer du retrait des Britanniques de l'UE 'Les Britanniques ne sont pas encore sortis de l'Union ! Les négociations promettent d'être âpres. Quoique Angela Merkel ait déclaré, mardi dernier à l'issue du Conseil européen, que la décision du retrait était irréversible, nous ne sommes pas à l'abri de rebondissements. Le Parlement européen comme le Parlement écossais devront approuver l'accord de séparation pour qu'il entre en vigueur. Quant aux premiers enseignements à tirer du vote du 23 juin, ils concernent en premier lieu le paysage politique britannique. Celui-ci est dévasté à l'issue du référendum. Le pays entre dans une ère d'incertitude aussi en raison des velléités d'indépendance renouvelées de l'Ecosse à l'égard du reste du Royaume-Uni. L'appartenance à l'Union sépare le pays en deux, comme le mur d'Hadrien à son époque.Un deuxième enseignement concerne la libération des instincts les plus bas que, pour certains, le «leave» autorise. Outre l'assassinat de Jo Cox, depuis le référendum l'on assiste à une multiplication des actes xénophobes, principalement contre les Polonais. Enfin, un troisième enseignement concerne le rejet de l'Europe par une part croissante de la population, et ce, bien au-delà des seuls Britanniques. Face à cette montée de l'euroscepticisme et du populisme, l'Union fait preuve d'une placidité de gestionnaire déroutante et continue à appliquer son programme législatif sans évolution notable. Une telle inertie est inquiétante pour l'avenir.Certains analystes soutiennent que ce sont les problèmes d'immigration qui ont pesé sur le cours du scrutin. Est-ce vrai 'La question migratoire a effectivement constitué un des thèmes principaux autour desquels s'est articulée la campagne référendaire. Cela n'est pas une surprise. Une grande partie de la population britannique est inquiète depuis l'ouverture du marché britannique aux ressortissants des pays d'Europe centrale et orientale. En 2006, en l'espace de quelques mois, on a assisté à une migration massive surtout de Polonais. 800 000 étaient installés au Royaume-Uni en 2016. La crise financière et économique de 2008 a provoqué un tassement des migrations. Mais les bonnes performances de l'économie britannique ont conduit à une remontée des flux migratoires, principalement des autres pays européens. En 2015, le pays a enregistré un niveau record d'entrée d'immigrés : plus de 630 000 personnes s'y sont installées. Les étrangers représentent 13% de la population totale. A titre de comparaison, l'immigration vers la France s'établit à 300 000 personnes et à un taux d'immigrés de 8%. Pour beaucoup, cette immigration est perçue non pas comme des opportunités de croissance mais comme une menace. Pour leur situation professionnelle déjà, pour les finances publiques ensuite, compte tenu de l'accès des étrangers au régime de protection sociale.D'autres pays ont annoncé leur intention d'organiser des référendums pour se retirer de l'UE, arguant que celle-ci ne fonctionne pas selon des bases démocratiques. Partagez-vous cet avis 'Depuis 2009, l'Union prévoit, dans ses traités fondateurs, la possibilité qu'un Etat membre se retire de l'Union. Dans l'esprit des auteurs des traités, il s'agissait surtout de clarifier, sur le terrain procédural, un dispositif jusqu'alors implicite? tout en espérant qu'il ne soit pas activé ! Seul un cas d'opposition profonde et persistante entre un Etat membre et le reste de l'Union européenne, qui ne puisse se résoudre par quelques arrangements spécifiques, semblait justifier le déclenchement du retrait. En février dernier, le Royaume-Uni a obtenu de ses pairs des aménagements ou des confirmations de son statut particulier au sein de l'Union. Le référendum n'était pas nécessaire. Pour les autres pays, il faut distinguer entre les pays de l'Est et de l'Ouest. Les premiers sont critiques, mais dépendent trop du marché intérieur et des aides budgétaires de l'Union pour leur développement économique pour s'engager dans la voie du retrait.Pour les pays de l'Ouest, dont la France, les interdépendances économiques sont fortes, mais elles sont effacées par des performances économiques et sociales modestes. La pression migratoire, l'exposition à la concurrence mondiale, les attentats terroristes, tout cela mêlé pourrait accentuer un sentiment d'insécurité déjà fort parmi les populations les plus fragiles. Quant à l'argument du déficit démocratique, il n'est pas moindre que dans les Etats. Le principe majoritaire conduit à ce que ce soient les Exécutifs qui décident et les Parlements qui entérinent. Appliqué à l'Europe, l'argument sert à singulariser un supposé autisme et enfermement des institutions bruxelloises et une déconnexion avec les préoccupations quotidiennes des individus.La victoire des partisans du Brexit a provoqué une onde de choc à travers le monde. Que risque l'Algérie en sa qualité de premier partenaire économique de la Grande-Bretagne dans la région Afrique du Nord 'Pour le moment, il n'est pas à prévoir de modifications des relations entre l'Algérie et le Royaume-Uni. Celui-ci demeure un Etat membre de l'Union et les relations économiques continueront à se développer dans le cadre de l'accord d'association UE-Algérie de 2002. En revanche, à compter du retrait britannique, le partenariat économique bilatéral entre les deux pays devrait être révisé pour garantir la continuation des échanges commerciaux dans des conditions similaires à celles prévalant sous l'accord d'association. Par ailleurs, les restrictions qui seront certainement imposées par Londres aux mouvements migratoires venant des pays européens pourraient conduire à un assouplissement inverse au bénéfice d'autres pays, dont l'Algérie.Selon vous, qui va tirer profit de la crise que traverse l'UE après le retrait des Britanniques 'Je ne pense pas que l'on puisse raisonner en termes de profit à tirer s'agissant du Brexit. C'est une cassure profonde au sein d'un processus original et inédit qui, sans être parfait, construisait un espace de convivialité, c'est-à-dire un vivre-ensemble. Le vote du 23 juin marque la victoire des populismes et nationalismes ? ce que le projet européen entendait justement combattre et réduire. Ceci étant, du côté positif, le Brexit pourrait accélérer une réorganisation de l'Union. Une possible révision des traités est en discussion pour la période 2018-2020. Le Royaume-Uni parti et le risque de blocage par celui-ci levé, des transferts nouveaux de compétence pourraient s'envisager dans le domaine de la surveillance des politiques budgétaires ou fiscales. Du côté négatif, les partis nationalistes comme le Front national de Marine Le Pen en France ou le Parti de la Liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas gagnent en crédibilité.Ce retrait, qu'ils demandaient de longue date pour leur pays et que beaucoup raillaient, bénéficiera dorénavant d'un précédent. Cependant, encore faut-il voir quels en seront les effets économiques à moyen terme. Déjà, l'on annonce une dégradation des perspectives de croissance du Royaume-Uni en raison des inquiétudes des investisseurs concernant les conditions du retrait. Il est clair à ce niveau que les 27 n'entendent pas témoigner une grande mansuétude. Londres risque d'être renvoyé à ses propres responsabilités, celle d'une décision hasardeuse et regrettable.
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