Disparu en 1996, le masque de Gorgone qui ornait une fontaine sur le site antique d'Hippone d'Annaba a été retrouvé 6 ans plus tard au domicile du gendre du président tunisien déchu. Cette découverte a fait couler beaucoup d'encre dans les presses algérienne et
tunisienne. La ministre de la Culture n'a pas tardé à lancer un appel aux autorités tunisiennes pour la restitution de cet objet antique. Un an plus tard, le même objet revendiqué est exposé dans un musée à Tunis, une action qui a attiré les foudres des autorités algériennes qui ont réitéré l'appel pour le retour de son bien. L'affaire semble aujourd'hui réglée vu que les autorités tunisiennes ont promit de restituer le masque de Gorgone.
Le 13 mai dernier, on apprend qu'une brigade de la Gendarmerie nationale a interpellé une personne en possession d'objets antiques dans son domicile à Sidi Bel Abbès, à l'ouest du pays. Véritable mine d'or, la collection comptait 28 vieux manuscrits, 10 pistolets antiques, 35 pièces de monnaies antiques, cinq épées, 19 poignards et une statuette datant de la période romaine. D'autres objets en bronze et en argent ainsi que 21 projectiles datant de la période coloniale ont été également découverts et saisis. Hallucinant !
Les agents de la gendarmerie avaient agit sur renseignements et en vertu d'un mandat de perquisition.
Ces deux faits sont un exemple concret de l'état de notre patrimoine, pillé et vendu aux enchères et sur Internet. Malgré les efforts entrepris par les forces de sécurité algériennes qui ont créé des brigades pour la lutte contre le trafic d'objets d'art et de patrimoine, cela reste malheureusement insuffisant en l'absence d'un travail de fond. Le ministère de la Culture qui ne cesse de dénoncer le trafic et la vente d'objets antiques devrait penser à élaborer une stratégie pour empêcher les malfaiteurs d'agir et non pas crier au vol, une fois que l'on constate la disparition de certaines 'uvres. L'Algérie pouvant se vanter de son grand nombre de spécialistes en patrimoine devrait penser à consacrer certains experts à l'identification d'objets de patrimoine mis en vente sur la toile. Créer de ce fait une cellule qui pourrait par la suite procéder à l'identification des objets et alerter les autorités pour la saisie et l'arrestation des trafiquants. Hélas,
jusque-là, on se contente de dénoncer et de lancer des appels à la restitution qui n'ont pas toujours l'écho qu'on voudrait. C'est le cas d'ailleurs d'un grand nombre d'objets patrimoniaux qui se retrouve dans des collections privées à l'extérieur du pays et que dont on ne peut espérer la restitution.
L'absence de surveillance sur la toile n'est pas le seul facteur qui encourage ce trafic, il y a aussi l'absence de sécurité sur les lieux mêmes victimes de pillage. L'Algérie dispose d'un grand nombre de sites antiques, Djemila, Timgad, Imedghassen, les parcs naturels et bien d'autres à la superficie très importante. Mais, hélas, les mesures de sécurités entreprises pour leur protection sont minimes. Le nombre d'agents de sécurité opérant sur ces lieux reste très insuffisant, surtout que ces derniers manquent de formation.
Véritable mine d'or, ces sites sont du coup victimes de grands nombres de pillages, des objets sont déterrés et traversent les frontières pour se retrouver plus tard dans des collections privées.
Conscient de cette lacune, le ministère de la Culture offre régulièrement des stages de formations pour la protection du patrimoine aux forces de sécurités mais cela ne suffit pas à régler le problème car la sécurisation de ces lieux immenses nécessite des moyens et un plan d'action.
Il y a aussi un grand nombre d'établissements spécialisés dans la protection du patrimoine et la recherche qui peuvent combler le vide et agir à l'image de l'Ogbc et d'autres offices de parcs et direction de la culture. Mais ces derniers se contentent de remplir leurs fonctions administratives sans trop se soucier du sort des biens qui leurs sont confiés.
Récemment, le directeur du Centre national de recherche préhistoriques, anthropologiques et historiques a annoncé que son établissement va répertorier le patrimoine matériel et immatériel national. Une action qui a mis du temps à voir le jour mais qui pourrait mettre en place une bonne base de données transmise aux experts pour la lutte contre le trafic de patrimoine.
En attendant que cela se concrétise, ce qui pourrait encore prendre du temps, prions pour que l'Algérie ne se vide pas de ses biens dans l'indifférence totale de la société civile qui a, elle aussi, un rôle important à jouer dans la protection du patrimoine. Comme cité plus haut, le trafiquant de Sidi Bel Abbès a été dénoncé par de simples citoyens. Espérons que d'autres prennent exemple et qu'ils fassent preuve de civisme et de respect envers le legs des anciens.
W. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Wafia Mouffok
Source : www.latribune-online.com