La clause d'exclusivité de 3 ans que comporte l'accord signé avec Renault pour l'installation d'une usine de montage à Oued Tlélat (Ouest) permettra au constructeur français d'éloigner ses concurrents du prospère marché algérien le temps de s'y implanter encore plus solidement. Elle donne de l'Algérie l'image d'un pays qui privilégie les investissements français alors que l'aisance relative de ses finances, dans un contexte de crise financière internationale, devrait l'inciter à diversifier ses partenaires.
Aux termes de l'accord qu'il a signé avec le gouvernement algérien pour l'installation d'une usine de montage de voitures en Algérie, Renault dispose d'une exclusivité de trois ans sur le marché algérien (400.000 véhicules importés/ans). C'est ce qu'a annoncé, hier, Cherif Rahmani, le ministre algérien de l'Industrie. « Aucune société publique algérienne, a-t-il expliqué, n'a le droit de conclure un accord similaire avec un autre constructeur étranger pendant les trois prochaines années. »
Cette exclusivité est plutôt gênante pour les autorités algériennes, et c'est ce qui explique, peut-être, l'insistance de Chérif Rahmani à rappeler que le constructeur automobile français en exigeait une de 5 ans que les négociateurs algériens auraient réussi à réduire de 2 ans.
L'exclusivité accordée à Renault est gênante pour trois raisons. Primo, elle éloigne la perspective d'autres partenariats dans le secteur automobile, plus précisément celui qui était en négociation, fin 2011, avec Volkswagen (une offre d'une usine de montage qui produirait 70.000 unités/an extensibles à 100.000/an). Deuxio : elle paraît d'autant plus généreuse que l'usine qui sera implantée à Oued Tlélat ne produira à plein régime que 75.000 véhicules/an et, surtout, que les 1,2 milliard d'euros qu'elle coûtera selon Cherif Rahmani seront pris en charge à 51% par des fonds algériens. Tertio, enfin, cette exclusivité donne de l'Algérie l'image d'un pays privilégiant l'investissement français à un moment où, grâce à l'aisance relative de ses finances dans un contexte de crise financière internationale, elle devrait 'uvrer à diversifier ses partenaires.
Sans doute les autorités algériennes sont-elles conscientes de leur grande générosité envers le constructeur français. Si elles ont accepté d'en payer le prix, c'est que les profits qu'elles espèrent en tirer leur paraissent substantiels. L'un d'eux est un taux d'intégration nationale des voitures Renault algériennes (42% à terme) qui permettra de créer un réseau d'actifs sous-traitants - et qui paraît être le maximum qui puisse s'obtenir à un moment où la critique des délocalisations autorisées par le gouvernement Hollande se fait de plus en plus acerbe.
Les autres profits sont plutôt politiques : la modification de la représentation de l'Algérie à l'extérieur comme un pays si difficile d'accès pour l'investissement étranger et, surtout, les faveurs et le soutien diplomatique des autorités françaises alors qu'il souffle un violent vent de changement sur le Maghreb et le Moyen-Orient.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yassin Temlali
Source : www.maghrebemergent.info