
Par Sélim S. Khaznadar.Aphrodite naissant de la mer. Antique association Le burkini peut y faire penser. Il est féminin, inclassable, paradoxal, sulfureux, et met en émoi celles et ceux qu'il ne couvre pas. Mais c'est le moins qu'une femme puisse se permettre.Mais le burkini est-il une vêture, un accoutrement, un habit, une toilette, une parure, un uniforme, une livrée ' Très paisiblement, nous dirons qu'il est seulement accoutrement. Le vénérable Littré précise que c'est «le vêtement considéré dans son ensemble». Si le burkini n'est qu'un accoutrement, pourquoi l'interdire s'il n'attente pas aux bonnes mœurs 'En toute rigueur, en soulignant les formes du corps de la femme qui le porte, le burkini en érotise l'apparence. C'est donc, dans l'optique de la laà'cité, haute vertu occidentale, une échappée de la haà'ssable burka, et une irruption du corps féminin musulman dans l'espace public. Cela devrait mettre en joie les esprits que l'enfermement des femmes tourmente. Mais non. On déclare que c'est encore une présence musulmane affichée dans un espace public, qu'elle le contracte, en cette occasion, autour de ces seuls symboles de piété, qu'ils sont intrusion, et doivent être réduits. Réduits parce qu'ils portent l'intégralité d'un discours politique inadmissible, celui de la possible conversion de la Cité. Un discours politique est un appareillage, un équipement discursif, qui cerne toute la Société et dans l'essentiel de ses mouvements. Il est proposé par des acteurs dans l'exercice réglé d'une organisation qui définit sans ambiguà'té des régions du pouvoir à conquérir, car analysées comme étant iniques. Mais du burkini, comment distinguer l'intention politique et sa déclaration articulée ' Nous devons en convenir, le burkini étant un média politique exotique, l'élucidation des ses moyens et buts sera tardive et toujours malaisée. Et les intelligences qui s'y attellent, rares.Mais il ne dispense pas de ce peu de questions.Le religieux «public» musulman porterait-il plus d'altérité, plus d'aspérités de formes, et d'étrangetés de langage, qu'une simple neutralité ne saurait suffire à contenir ' Et donc apaiser les peurs qu'il suscite. L'Islam, pour prétendre à l'espace public, doit être assimilé, donc disparaître. Et d'abord de l'espace du débat politique critique. L'espace public est celui de la «société civile» c'est-à-dire l'ensemble des lieux où les citoyens s'associent de manière autonome pour débattre et décider d'une action collective, dans un espace qui n'appartient ni à l'Etat, ni à aucune personne privée, et qui est nativement sans qualifications. Le débat politique ne peut pas être un échange entre éléments identiques et interchangeables. Le refus de cette nécessaire différence est la première marche du racisme. On le dit «ordinaire». L'exercice de la religion est relégué dans un «espace privé». Mais quelle en est la définition juridique ' Est-ce que l'espace public est-il confondu avec l'espace urbain ' Ou certaines de ses parties ' La rase campagne est-elle un espace public ' Ce qui est privé est-ce ce qui est dissimulé au regard public ' Qu'est-ce que le regard public 'Mais revenons à l'objet fétiche du débat : le signe religieux «ostensible». Un signe quel qu'il soit, pour être ostensible, doit manifester sans ambiguà'té une intention. Celle de faire paraître une idée, un symbole. Agir avec ostentation, c'est en conscience, porter un emblème et appeler à l'entièreté de sa visibilité. Mais comment derrière l'ostentation, lire et extraire une intention ' Comment établir l'analogie contrevenante ' Le foulard, le hidjab, le burkini sont-ils immédiatement ostensibles, car immédiatement symboles musulmans 'Il est une situation d'un paraître plus ostensible, et qui pourtant n'a tourmenté personne, celui du tatouage. Le tatouage est une prise de possession du corps, proclamée et donnée à voir à tous. Le tatouage ne se porte pas comme une vêture, ou comme un ajout ornemental, mais comme une inscription indélébile sur le corps devenu porte-étendard d'une appartenance politique, sectaire (les croix gammées, les runes...) communautaire, et souvent religieuse. Le tatouage, absolu paraître, est une intention incarnée. Le tatoué nous dit : cette inscription, est ce que j'ajoute à mon corps en justesse et en irréversibilité pour compléter l'image qui me vient de moi. Cela est sans appel.Le burkini, osons cette hypothèse, peut également se porter loin des plages, comme habit de ville. Osons plus loin, quelques façonneurs de beau renom vont être tout à la joie, nécessairement cupides, d'être à l'ouvrage pour honorer ce progrès.Par temps froid, et en sa saison, l'ancienne baigneuse peut s'aviser d'un extérieur par une toge en crin de chameau, une cape arlequinée, un sarong en camaà'eu, un burnous maghrébin en bayadère, ou un gilet pare-balles. Les plus coquines, nous le savons, songeront à orner leur taille d'un tutu de ballerine. La tête peut être couverte par un béret amarante de para, un casque de pompier, un casque à pointe prussien, un turban de touareg, une casquette basque, un fez turc, un borsalino (il a notre préférence) une chapka, une coiffe de Cornouaille, une corne ducale, la mitre phrygienne, ou le cas échéant une perruque rousse de magistrat. Aux pieds, peuvent convenir des santiags, des bottines à lacets, des brodequins, ou les estimables et traditionnelles baskets. L'ajout de patins à roulettes n'est pas superflu.Si le port du burkini est une expression du corps de la femme au plus près de ses formes, qu'il avoue ne pas vouloir dissimuler, alors pour brouiller la tentation éveillée par la diabolique géographie, il est possible d'insuffler quantité d'air entre peau (ah la peau dans son obscurité !) et revêtement. Mais un risque subsiste. La baigneuse ressemblant au bonhomme de Michelin restera impitoyablement à la surface de l'onde, désignée ainsi aux regards des observateurs, des édiles et des éditorialistes. Mais un habile ajustement de la colonne d'air sur les flancs permet son emploi comme ballast pour lui faire goûter les délices de l'immersion périscopique. Un tube pour respirer s'impose, plus consistant qu'une paille de canette mais plus faible en section qu'un tube de mortier. L'usage de burkinis fluorescents ne saurait être recommandé, il ne manquera pas de donner à la baigneuse l'aspect d'un mammifère marin inconnu et en parade amoureuse.Le véritable danger qui, en ces moments, n'éveille pourtant aucune inquiétude est celui de l'imprévisible «radicalisation» de la baigneuse porteuse de burkini : le terrifiant et barbare passage au burkini transparent. Intégralement couverte mais immensément dénudée. Habillée mais nue. Troublant paradoxe que ce burkini extrémiste qui peut accroître sa densité politique mais amoindrir sa quiétude.Ces quelques conseils d'un vieil oncle. Evitez cette couleur gris mâchefer, car les plus menues d'entre vous pourraient ressembler à des loutres et les autres à des otaries. Préférez les couleurs et les motifs. Une robe de burkini ocellée comme celle de frère Jaguar du Pantanal, ou celle tachetée de frère Léopard de l'Okavango, ou encore, celle rayée de frère Tigre du Bengale. La robe adoucit les mœurs. Ainsi, chères estivantes, vous aurez ajouté une tesselle à la courte liste des dictons de paix.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S ”ˆS ”ˆK
Source : www.lesoirdalgerie.com