"J'ai à c?ur de tendre la main à ce silence strident que j'ai pisté au fil des pages de l'histoire de ma vie où l'exil se mêle à la précarité", a déclaré la conférencière à propos de l'autrice d'Histoire de ma vie.La poétesse Aïcha Bouabaci a été l'invitée de la fondation culturelle Asselah-Ahmed et Rabah où elle a ressuscité, samedi 23 novembre, l'âme de Fadhma Aïth Mansour Amrouche à travers son livre qu'elle a intitulé Histoire de ma vie de Fadhma Aïth Mansour Amrouche ou l'histoire d'une sans-papiers singulière (éd. Tira). Pour que nul n'oublie, la conférencière a effeuillé la "Marguerite" au coin de l'âtre où crépite l'étincelle de celle qui avait pour unique patrie la poésie qu'elle avait butinée à l'école de Taddart Oufella et à l'oralité d'Isfra kabyles que lui a légués Aïni, sa mère.
C'est qu'elle a de quoi tenir l'oratrice, puisqu'elle se fie également à son ouvrage Peau d'exil (éd. Enal 1990) qui est similaire à L'exil permanent de Fadhma Aïth Mansour Amrouche. "N'a-t-elle pas été solidaire dans la foi et l'exil avec son époux Belkacem '", a déclaré la déclamatrice. Emue, l'oratrice revient de l'abrupt itinéraire de Fadhma Aïth Mansour Amrouche qui a des similitudes avec les sans-papiers contemporains. "J'ai à c?ur de tendre la main à ce silence strident que j'ai pisté au fil des pages de l'histoire de ma vie" (éd. Maspero 1968), où l'exil se mêle à la précarité.
D'où le lien qui solidarise Fadhma avec les "étrangers clandestins" : "Fadhma est une intruse qui a enfreint d'abord le code de convenances et du clan par sa venue inopportune. Et delà, Fadhma est allée au-delà d'une multitude de frontières", a-t-elle ajouté. Mais qu'importe les calomnies de villageois du fait que Fadhma et Aïni sa mère avaient pour elles la loi protectrice du "roumi". Mieux, Fadhma s'éclaire à la lumière du père de Nedjma.
"On te lira dans les douars, on te lira dans les lycées, nous ferons tout pour qu'on te lise", augurait feu Kateb Yacine (1929-1989) dans sa préface. Alors, sitôt écrit que l'oracle s'est exaucé. L'histoire de ma vie de Fadhma Aïth Mansour et la saga des Mouhoub dont Jean et Marie-Louise Taos Amrouche est allée par monts et par vaux de Tizi Hibel jusqu'à Radès (Tunisie) pour se graver au fronton de l'histoire, notre histoire.
Emouvant, le récit de l'"exclue" de Tizi Hibel a hérité de la langue de François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), et elle avait fait bon usage des mots qui n'étaient autres que les arguments de son émancipation. Si tant qu'elle en a séduit l'humanité tout entière, rien qu'à l'usage de sa plume que Fadhma trempait depuis cette nuit noire où Idir l'avait ensanglantée dans la haie de figues de Barbarie. "Au-delà de l'horreur qu'elle diffuse, la scène d'une môme criblée d'épines est digne d'une toile de peinture maître.
Outre la monstruosité de l'aiguillon, j'imagine aussi l'atrocité des couleurs où l'ange Fadhma est repoussante d'excréments. Une image qui est donc aux antipodes de la bonté chrétienne et de l'humanisme des s?urs-blanches", a déclaré ce chevalier de l'ordre des arts et des lettres qui fait sans doute allusion au tableau intitulé Le Couronnement d'épines, peint entre 1490 et 1500 par l'artiste peintre néerlandais Jheronimus van Aken dit Jérôme Bosch (1450-1516).
C'est dire que l'art est en Fadhma, même si elle souffrait de l'ignominieux statut d'indigène où l'avait embastillée le colon français. S'il en est une preuve, celle-ci est écrite par son fils Pierre Amrouche qui l'éclaire dans sa préface : "Il n'est fait aucune mention de son nom de baptême Marguerite sur les documents d'état civil de ma mère Fadhma et sa patrie sera celle de l'esprit où la poésie tenait la première place, notamment celle qu'elle avait apprise à l'école de Jules-Ferry et la poésie kabyle que lui a léguée Aïni, ma grand-mère.
"Seul couac, peu a été dit sur le personnage de Aïni, la mère, d'où l'appel de l'oratrice à réparer une telle injustice, a conclu la conférencière. À noter que le livre est illustré d'un album de photos de la famille Amrouche à Tunis en 1922 et la rue de Baillé (France) baptisée au nom de la poétesse Fadhma Amrouche (1882-1967).
Nourreddine Louhal
"Histoire de ma vie de Fadhma Aïth Mansour Amrouche ou l'histoire d'une sans-papiers singulière", de Aïcha Bouabaci, éditions Tira,
209 pages, 700 DA.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nourreddine LOUHAL
Source : www.liberte-algerie.com