
L'interrogation est de savoir s'il s'agit d'un choix dicté par l'expérience acquise par le personnage dans la gestion des lourds dossiers, surtout que le contexte appelle des décisions difficiles.La présidence de la République a informé, dans un communiqué diffusé hier, en début d'après-midi, de la nomination d'Ahmed Ouyahia en qualité de Premier ministre, en remplacement d'Abdelmadjid Tebboune limogé. Et, pour le nouveau coordonnateur de l'Exécutif, c'est un record que peu peuvent désormais lui envier : Avec sa nomination hier, en remplacement d'Abdelmadjid Tebboune emporté par la tempête politico-médiatique des dernières semaines, Ahmed Ouyahia devient l'un des rares, sinon le seul homme politique, à avoir hérité du poste de chef de gouvernement ou de Premier ministre à plusieurs reprises.Nommé une première fois en 1995, du temps de l'ex-président Liamine Zeroual, puis en 2003 jusqu'en 2006, avant de partir et de revenir en 2008 jusqu'à 2012, Ahmed Ouyahia se retrouve de nouveau Premier ministre, au moment où personne ne s'y attendait. Nul, en effet, ne pouvait prédire, jusqu'à il y a peu, ni le départ précipité d'Abdelmadjid Tebboune, le jour même où il devait reprendre le boulot, faut-il sans doute le relever, ni le retour au premier plan d'Ahmed Ouyahia.Jusqu'ici, les avis largement partagés plaidaient pour le maintien de Tebboune en raison du relatif "capital" sympathie qu'il a pu engranger au sein de l'opinion depuis qu'il est "monté au front" pour proclamer la séparation de l'argent sale de la politique et compte tenu de la proximité des échéances électorales.D'autres, moins fantaisistes, avançaient le nom du ministre de l'Intérieur, Noureddine Bedoui, dont les sorties répétées sur le terrain ces derniers jours, en se hasardant à s'exprimer sur des sujets divers, le donnaient comme un probable successeur de Tebboune.Pourquoi alors la Présidence, contre toute attente, a-t-elle jeté son dévolu sur le secrétaire général du RND ' Le choix est politiquement hasardeux, voire contre-productif, dans la mesure où Ahmed Ouyahia ne jouit pas de sympathie auprès de l'opinion après avoir assumé des missions similaires par le passé pour les bilans que l'on sait.Mais si ses capacités à gérer des situations difficiles, quitte à entreprendre et assumer des mesures antipopulaires, une marque de fabrique qui lui a valu par le passé d'être affublé du vocable, peu flatteur, "d'homme des sales besognes", peuvent expliquer ce choix, dans ce contexte trouble et de crise économique, d'autres considérations y ont certainement contribué.L'interrogation est dès lors de savoir s'il s'agit d'un choix dicté par l'expérience acquise par le personnage dans la gestion des lourds dossiers, surtout que le contexte appelle des décisions difficiles ' Ou alors, l'envoie-t-on au charbon, histoire de le mettre hors piste en perspective de la succession ' Aussi, ce retour n'est-il pas conçu, peut-être, comme une rampe de lancement pour un destin futur ' Quelles que soient les raisons qui sous-tendent cette nomination, elles confirment en tout cas son attitude observée depuis la nomination de Tebboune au palais de la rue Dr Sâadane.Confiné dans un silence abyssal, Ouyahia a mal vécu la disgrâce d'un de ses proches ministres. "Ami" de Haddad et de Sidi-Saïd, comme il l'a affirmé lui-même, Ahmed Ouyahia, sur lequel pèsent les soupçons des dernières instructions adressées à Tebboune, va certainement s'employer à corriger les fautes de son prédécesseur.Mais il joue probablement cette fois-ci son destin politique. C'est de sa capacité à passer cette étape sans encombre, avec agilité, que dépendra son avenir politique dans un système opaque, fermé, incapable de produire une alternative.Karim Kebir
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim Kebir
Source : www.liberte-algerie.com