Medea - A la une

Tazerdjount ou le merveilleux douar des Ath Salah



Rempli d'histoires et d'anecdotes, le lieudit Tazerdjount, ou le douar de la fraction des Ferdjouni, issue de la tribu des Ath Salah, n'est plus cité de nos jours. Et pourtant, que d'évènements se sont produits dans ce massif montagneux situé sur les hauteurs de la cité Driouche, à douze kilomètres au sud-ouest de Blida et culminant à 600 mètres d'altitude sur le flanc de l'Atlas blidéen.Complètement déserté aujourd'hui, il ne reste, pour témoin de l'existence humaine dans cette contrée, que le mausolée de Sidi El Fodil, érigé au XVIe siècle, ou la source d'eau appelée Ighzer-Amuqrane, où les nostalgiques continuent d'aller pour savourer le goût de son eau pure et désaltérante. Tazerdjount est plutôt connue par le toponyme de douar Sidi-el-Fodil, référence faite au saint homme qui y dort de son sommeil éternel et dont la qûbba domine, tel un poste de vigie, la plaine de la Mitidja. Sidi-el-Fodil, qui n'est autre que le fils de Sidi Moussa Benaceur, a perpétué la feuille de route tracée par son père, lorsqu'il a atterri chez les Ferdjouni au début du XVIe siècle, à savoir qu'il s'est investi dans l'éducation des enfants de cette grande tribu, et la mise en valeur des préceptes de l'Islam. Doué d'une droiture irréprochable et de connaissances théologiques sans limites, Sidi El Fodil jouissait, à l'instar de son paternel, d'un grand respect de la part de la population de Tazerdjount qui lui vouait une considération à la mesure du rang du saint homme qu'il était.
La route qui mène à Tazerdjount est carrossable à quelque chose près. Lorsqu'on attaque la pente, on passe forcément par un fort en ruine que les habitants de Sidi-Driouche appellent El-Mehbous. Il serait une grande prison construite du temps des Turcs. Et dès qu'on emprunte le chemin vers Sidi-el-Fodil, l'on est, du coup, frappé par la beauté du paysage. Une dense végétation, de part et d'autre de la voie, émerveille les yeux et vous plonge dans une surprenante béatitude que les senteurs du pistachier lentisque, appelé l'arbre mastic mais que les Blidéens nomment Edhrou, avive encore davantage le plaisir olfactif. D'autres arbres fruitiers, dont le plaqueminier et que les locaux appellent aïn el bagra (?il de la vache), continuent à offrir leurs productions au grand bonheur des habitants, mais aussi à la multitude d'espèces d'oiseaux qui s'y nourrissent. Les terres qui s'y trouvent et qui sont la propriété privée des descendants des Ath Salah sont très fertiles, mais que la décennie noire a contraints à la perpétuelle jachère.
Aujourd'hui, de vieilles femmes continuent de monter à Sidi-el-Fodil, nous dira Hamid, un enfant de la région. Elles y vont pour la cueillette des plantes médicinales très abondantes dans ce massif. C'est dire que les propriétés thérapeutiques de ces plantes ne sont plus un secret pour ces vieilles femmes, qui, en matière de phytothérapie, sont blanchies sous le harnais. C'est ainsi que la lavande sauvage, le romarin, l'absinthe, l'argan, la bruyère ou le fenouil sont les principaux végétaux cueillis de bon matin dans ce tertre, pour servir à la guérison naturelle des Béni Salah qui, justement, sont fiers de leurs origines zénètes, et dont les terres s'étendent jusqu'aux frontières de Médéa et de Chréa. Selon Ibn Khaldoun, cette tribu descend de Salah Benyoucef, émir des Banou Toudjine, une tribu zénète qui a gouverné la région qui s'étend des monts de Ouarsenis jusqu'à ceux de Médéa.
Les Ath Salah de Tazerdjount, raconte l'histoire, avaient, à la faveur de leur bravoure, tenu tête aux Turcs qui voulaient les réduire à l'esclavage. Trumelet, dans son livre : « Blida récit selon la légende, la tradition et l'histoire », rapporte que le beylik imposait aux habitants de Tazerdjount de payer l'impôt en nature, à savoir de les soumettre à la corvée de la moisson en pleine chaleur estivale dans les champs appartenant aux nababs turcs. Ayant catégoriquement refusé cette imposition, ces derniers avaient envoyé plusieurs expéditions punitives pour les mater, mais elles ont toutes fait chou blanc, car les Ath Salah leur ont fait face avec une farouche résistance. Même durant la colonisation, ces derniers avaient repoussé plusieurs tentatives d'incursion de l'armée française.
Aujourd'hui, les Ath Salah se sont, pour la plupart, sédentarisés même s'ils continuent à garder un pied dans leur douar, celui de Sidi-el-Fodil dont la qûbba menace ruine. Les murs du mausolée s'effritent par l'effet du temps, laissant entrevoir la pierre avec laquelle il a été bâti il y a cinq siècles.
Son entretien et sa réhabilitation s'imposent à plus d'un titre, et les autorités compétentes se doivent, plus que jamais, de le restaurer avant qu'il ne s'écroule d'autant qu'il demeure le seul témoin du passé d'une contrée riche en histoire.
M. Belarbi
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)