Il compte plusieurs cordes à son arc. Son nom d'artiste est «Imaded_in».De la radio, à la musique, en passant par le doublage, Imad Eddine est un touche-à- tout, chevronné, complètement épris par la voix off. Un exercice qu'il ne pratique, pourtant, que rarement et qui est loin d'être reconnu en tant que métier en Algérie. Qu'à cela ne tienne! Imad Eddine n'est pas prêt à baisser les bras d'autant qu'il prépare moult projets en ce sens. Il nous en parle ici dans cet entretien...
L'Expression: Vous êtes animateur et producteur radio, musicien aussi et voix off. Tout ceci converge vers un point commun qu'est le son...Est-ce cela qui vous a poussé, au début, à faire de la radio'
Imad Eddine Lamouri: Indirectement, oui. Mon premier passage était en tant qu'invite (violoniste) en 2009 dans une émission estivale de la radio chaîne 3 du regretté Yazid Ait Hamadouche. En parallèle, je participais à un concours pour devenir animateur dans cette même radio (Le Laboratoire de la 3). La musique remonte a bien plus longtemps, c'était au conservatoire d'Alger, de 1995 a 2004, entre El Biar et Bir Mourad Raïs, un cursus de solfège et de violon classique avec, notamment M. Haroun Rachid. Depuis, la musique ne m'a jamais quitté.
Vous avez déclaré être passionné par la voix off, autrement dit le doublage, mais hélas, ce n'est pas un métier très répandu en Algérie...Pourquoi la voix off, d'autant que c'est vouloir être un comédien caché'
Trés passionné! Alors, pour rester dans la même thématique du son, ayant une bonne oreille musicale, ça aide énormément pour les imitations. Je faisais le clown avec ma famille et à l'école en imitant mes proches et certains enseignants, sans oublier les voix des mes dessins animes préférés de l'époque. Je me disais toujours qu'un jour, ce serait bien d'essayer, sans forcément y croire, n'ayant jamais vu si ça existait ou non en Algérie. En 2009, je contacte un studio d'enregistrement algérois (TopCasting) et son patron Tarek Bourahli pour proposer ma voix et mes services. Quelques semaines plus tard, on m'appelle pour tenir un dialogue d' une publicité d'un opérateur de téléphonie mobile (Nedjma a l'époque). Il parait qu'il y avait du potentiel, mais j'avoue que je n'étais pas très satisfait du résultat, ce qui est normal quand on est débutant. 13 ans plus tard, mes amis sont fiers de me présenter comme la voix qu'on entend partout dans les publicités a la radio, j'aimerai en être aussi fier qu'eux, mais je peux au moins être satisfait de mes progrès et surtout de la reconnaissance des clients, agences et opérateurs quant a la qualité de mon travail. Même si, un petit bémol vient semer la zizanie, pour rester dans le jargon musical (bémol), nous ne sommes pas reconnus comme des comédiens voix off, que ce soit aux yeux de l'Onda ou de la loi. Nos prestations artistiques d'interprétation dans les publicités sont considérées comme commerciales, contrairement au doublage. Mais il est quasiment inexistant en Algérie.
Quand vous parlez de doublage, vous entendez par là le dessin animé ou le film étranger par exemple'
Le doublage sous toutes ses formes, du film étranger au dessin animé en passant par les séries et films d'animation. Il n'y a pas de doublage «professionnel» en Algérie. Il y a eu plusieurs tentatives dans ce sens, bonnes et / ou mauvaises expériences. J'ai eu la chance de participer a un doublage en dardja d'un dessin anime d'une marque de yaourt (Les Aventures de Dino), nous ne savons même pas s'il a été diffuse ou pas comme convenu sur Echourouk TV, un autre projet sur la même chaïne a été entrepris dans le cadre d'une série turque. L'entreprise de production m'a contacté pour jouer le rôle principal, toujours en dardja. J'ai double trois épisodes, ce qui nous avait pris deux séances, puis une semaine plus tard, je regarde par hasard un épisode de cette série que j'avais doublée et c'était une autre voix qui avait fait le même personnage! Vous l'aurez compris, un manque total de professionnalisme, mais le plus important est que le marché algérien ne propose rien de concret dans ce sens, c'est pour cela que nous devons, malheureusement, passer par ce genre de situations.
On croit savoir que vous avez des projets en ce sens'
Tout à fait! Fort de mes expériences, bonnes et mauvaises, et du manque de projets dans ce sens comme je vous l'ai dit, j'ai décidé de me lancer dans le doublage de films d'animation étrangers (longs métrages). Je prends des extraits de films japonais, du studio Ghibli, du réalisateur Hayao Miyazaki, ainsi que de films américains des studios Dreamworks, Pixar, Disney et autres... je m'occupe de tous les compartiments de ce travail afin de découvrir réellement les limites de cette industrie et de ses besoins. De l'adaptation de textes; car ce n'est pas une traduction, je prends le sens global du dialogue et je l'adapte à notre société, langue et culture, tout en essayant de garder une cohérence avec les personnages et l'univers dans lequel ils évoluent et bien évidemment, en respectant le «lip sync» synchronisation labiale. Je m'occupe de la prise de son en studio et il m'arrive également de refaire les bruitages de la séquence choisie ainsi que le montage vidéo et audio chez moi. Mais la partie qui me passionne le plus, avec celle de prêter ma voix aux personnages, c'est la direction des comédiens! J'essaie de tirer le meilleur du potentiel inné ou travail de ceux qui sont dans la cabine d'enregistrement.
N'avez-vous pas pensé être un jour comédien'
On me l'a souvent dit, mais je ne sais pas si je suis «télégénique», j'ai déjà eu quelques petites expériences dans des publicités TV et une série pour le mois de Ramadhan, mais l'occasion ne s'est pas présentée à nouveau, sans doute parce que je n'ai pas réellement cherché à me mettre en avant dans ce sens. Mais pourquoi pas'
Vous êtes violoniste aussi. Comment êtes-vous venu à la musique' Et avez-vous des projets en ce sens'
La musique remonte à ma tendre enfance, orienté par ma mère vers le conservatoire, tout comme mes frères et soeur l'avaient fait quelques années plus tôt. Le choix du violon n'était pas le mien, et j'avoue ne pas avoir aimé cet instrument durant mes 8 premières années d'apprentissage... J'ai quitté le conservatoire en 2004 et connu une coupure totale de deux ans avec le violon, durant ce laps de temps, je touchais un peu a plusieurs autres instruments: piano, guitare, flute traversière et harmonica, mais pas une note de violon! Ce n'est qu'en 2006, durant un voyage en Allemagne et plus particulièrement, suite à une rencontre avec une enseignante allemande de violon que j'ai repris ledit instrument. Elle était soliste à l'Orchestre philarmonique d'Aachen (Aix-la-Chapelle), ville où je séjournais durant ces vacances. Mon cousin, qui faisait le traducteur, lui disait que je faisais du violon en Algérie, elle ne lui a plus laissé dire un mot et m'a tendu son violon pour que je le prenne. C'était un violon de luthier, unique, d'une valeur d'environ 5500 euros en 2006... J'ai été tres touché par ce geste de confiance alors qu'elle ne me connaissait ni d'Eve ni d'Adam et surtout, c'était son violon de concert, son outil de travail! Une confiance que je n'avais jamais vécue ni ressentie ici, en Algérie. On pourrait raconter cette histoire comme un conte de fées ou un film d'animation, mais des le premier coup d'archet sur une corde de ce violon, il y a eu un déclic, un coup de foudre... Sans parler un mot d'allemand ni elle d'anglais, cette dame a su raviver en moi la flamme du violon et je me suis promis de ne plus jamais le lâcher et d'essayer de transmettre cet amour de la musique en général, et du violon en particulier. Chose faite, car j'enseigne depuis!
Vous êtes, aussi, producteur TV/ Web. De quoi s'agit-il'
Je suis actuellement chroniqueur à Canal Algérie dans le «Bonjour d'Algérie» et nous sommes sur un projet d'émission. Petit indice, le doublage ne sera pas très loin et je n'en dis pas plus pour le moment. À part ça, j'ai été approché par une Web TV pour proposer des émissions, mais mon contrat avec la Chaîne nationale ne me permet pas d'être à l'écran ailleurs. En revanche, j'ai contacté une Webradio afin de produire de nouvelles émissions, il se peut que ce soit acté d'ici quelques jours, je serai honoré d'en reparler une fois que ce sera fait. Il y aura, notamment une émission autour de l'une de mes passions: le jeu vidéo.
Enfin, force est de constater que vous évoluez dans le monde du son, mais c'est celui de l'image qui prédomine aujourd'hui. Qu'en pensez-vous'
Je pense que de nos jours, l'un ne va pas sans l'autre, surtout avec l'avènement des réseaux sociaux ces dernières années. Que ce soit les shorts, réels ou autres courtes vidéos avec énormément de son rajouté, musiques, bruitages ou tout simplement le son d'origine, la radio classique ne peut plus exister sans l'image. Narriman Saâdouni disait à l'époque de la Chaîne 3 que ce sont des images qui s'écoutent, mais je dirai maintenant des radios étrangères que ce sont des voix / sons qui se regardent. Comme pour les publicités par exemple, vous imaginez une réclame à la télévision sans bruit, sans musique ni voix' Impossible! Pareil pour la nouvelle génération qui s'est habituée à avoir de l'image partout tout le temps, je pense qu'on ne peut plus parler de radio sans image, même si les podcasts audio existent encore et font de la résistance. L'un de mes nombreux projets en rapport avec la voix, le livre et le podcast audio, aura-t-il sa place prochainement en Algérie' N'est-ce pas trop tard pour le faire' J'essaierai de répondre à ces questions sur le terrain dans les prochains mois si tout se passe bien!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com