
Alors que les services publics sont paralysés faute de financements, la politique d'austérité suivie par le gouvernement ces quatre dernières années a jeté des pans entiers de la société soudanaise dans la précarité.A Khartoum, les appels à manifester et à la désobéissance civile sont multipliés ces dernières semaines. Le président Omar El Béchir a prévenu qu'il réprimerait sévèrement toute tentative visant à le renverser. Mais par crainte d'une explosion sociale qui pourrait s'avérer fatale pour lui, il a lâché quelque peu du lest.Les autorités ont libéré, fin décembre, une vingtaine d'opposants qui étaient incarcérés depuis novembre 2016 à la suite de manifestations dues à la hausse des prix de l'essence. Parmi les personnes libérées, il y a des responsables de partis politiques. Mohamed Arabi, le porte-parole du Congrès soudanais, a confirmé dans un communiqué que 16 membres de cette formation avaient été libérés.Il a cependant déploré le fait que «des dizaines d'autres opposants, dont le chef de ce parti et son adjoint soient toujours emprisonnés». L'Alliance des forces pour le changement a annoncé, pour sa part, que quatre de ses dirigeants avaient été libérés.Le Service soudanais du renseignement et de la sécurité (NISS) avait arrêté en décembre plusieurs dizaines d'opposants ayant critiqué la décision de Khartoum d'augmenter de 30% les prix de l'essence et du diesel et appelé à des manifestations.La hausse des prix des carburants avait suscité le courroux des Soudanais qui vivent déjà très durement les contrecoups de la crise économique qui frappe leur pays. Khartoum a dû recourir à cette mesure en raison du fait que ses réserves en pétrole ont été amputées des trois quarts environ depuis que le Soudan du Sud a proclamé son indépendance en 2011.La décision du gouvernement de lever en septembre 2013 les subventions sur l'essence avait déjà provoqué des heurts qui ont fait près de 200 morts, selon des organisations de défense des droits de l'homme, moins de 100, selon le gouvernement. Alors que les services publics sont paralysés faute de financements, la politique d'austérité suivie par le gouvernement ces 4 dernières années a jeté des pans entiers de la société soudanaise dans la précarité. Le chômage a également atteint dans ce pays des proportions alarmantes.Les appels à la désobéissance civile ont par ailleurs pour toile de fond des conflits ethniques. Le pouvoir soudanais fait face à plusieurs rébellions. Le président Omar El Béchir avait d'ailleurs prévenu aussi, jeudi 22 novembre, qu'il allait infliger une défaite militaire à la rébellion en cas de non-respect du cessez-le-feu qu'il avait lui-même décrété au Darfour, dans les Etats du Nil bleu et du Kordofan-Sud. Ce cessez-le-feu valable jusqu'au 31 décembre 2016 a été encore prolongé lundi d'un mois.Le chef de l'Etat soudanais veut désormais que son pays entre dans un réel processus de paix. Il a fait savoir que quiconque refusera de répondre à son offre de paix «ne pourra s'en prendre qu'à lui-même». El Béchir compte s'appuyer sur l'armée pour neutraliser les rebelles au cas où ils ne s'aligneraient pas sur la démarche des autorités. «Nos forces peuvent atteindre toutes les zones rebelles, que ce soit dans les montagnes ou les forêts», a-t-il déclaré.Le régime soudanais avait signé en juillet 2011 un accord avec une alliance de mouvements rebelles, visant à mettre un terme au conflit opposant, depuis 2003, les forces soudanaises à des insurgés appartenant à des minorités ethniques. Mais les attentes derrière cet accord n'ont jamais été réalisées. Le conflit a déjà fait quelque 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Une nouvelle série de pourparlers a été entamée entre Khartoum et les rebelles, sous l'égide de l'Union africaine, mais les négociations ont échoué en août dernier.En octobre, le Mouvement de libération du Soudan (SPLM-N), une rébellion qui combat l'armée dans les Etats du Nil bleu et du Kordofan-Sud, a annoncé qu'il suspendait des discussions de paix avec le gouvernement après que ce dernier eut été accusé par Amnesty International d'avoir perpétré des attaques chimiques au Darfour. Dans cette région martyre, la situation est encore loin de se calmer puisque huit personnes y ont été tuées cette semaine par des hommes armés.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zine Cherfaoui
Source : www.elwatan.com