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Mémoires anachroniques de l'Andalousie perdue



L'ouvrage le plus célèbre d'Ibn Tofaïl est sans conteste Hayy Ibn Yaqdhân (Le Vivant fils de l'éveillé) où il s'agit d'une fable d'un enfant abandonné dans une île déserte, mais en réalité d'une ?uvre philosophique où l'auteur trace les limites de la mystique et de la religion. En grandissant, l'enfant se pose des questions sur l'origine du monde et parvient au concept de Dieu.Dans cet ouvrage, qui est connu aussi sous le nom du «Livre du Philosophe autodidacte», sans doute précurseur du «Robinson Crusoé» de Daniel Defoe, et dès la première page, Ibn Tofaïl rend hommage à Ibn Sina (Avicenne) et reconnaît sa dette envers lui. Dans sa lettre liminaire, à quelqu'un qui lui avait demandé ce livre, il écrit : «Tu m'as demandé de te révéler ce que je pourrais des secrets de la «philosophie orientale», communiqués par le Cheikh er-Raïs, le prince des philosophes, Abou Ali Ibn Sina (Avicenne)?». Il y eut un autre dans le même chapitre, Jabir Ibn Aflah qui est né à Séville en 1100. Il a été un grand mathématicien andalou et un astronome de renom. Il a été l'inventeur du «torquetum», un appareil de mesure astronomique. Il a donné également son nom à un théorème en trigonométrie sphérique, de même que ses critiques de «l'Almageste» de Ptolémée ont été bien connues et appréciées. Ses ?uvres ont été traduites en latin et sont devenues disponibles aux mathématiciens européens. 16- Les Almohades en Andalousie Les musulmans du Maghreb vivaient difficilement leurs dissensions intestines, a reprit Mohamed Chérif Abou Skander, celui qui déclare être fier de retrouver ses origines dans ce vaste Maghreb des Berbères. Abou Skander, digne représentant de son ancêtre Izemis, calme et distingué, a embrassé le métier d'architecte, s'est passionné pour les ouvrages d'art et s'est consacré au bel et séduisant urbanisme, dans son magnifique cadre de vie et son attrayante beauté hispano-musulmane qui ont caractérisé la présence de ses ancêtres dans la péninsule. Il était tout jeune en cette funeste année de 1492 et il aimait l'Histoire. Il l'aimait tant, qu'il retournait chaque fois à ses aïeux pour les vanter et les glorifier. N'a-t-il pas prit, lui aussi, le surnom d'Izemis pour perpétuer ce nom à travers les siècles, comme tous ses prédécesseurs, de jeunes Berbères, qui ont défilé dans ce récit ' Mais la particularité d'Abou Skander, contrairement aux autres qui n'ont vécu que l'Histoire de leur époque, c'est que de là, jusqu'à la fin de ce récit historique, il sera constamment avec nous, pour nous raconter les différentes époques qui nous séparent de la chute de Grenade. L'ouvrage est conçu ainsi et ce n'est que de la fiction qui se mêle aux «choses sérieuses». Et puis, le jeune Mohamed-Chérif Izemis Abou Skander ? de son nom complet ? n'est-il pas architecte pour se permettre de «s'éterniser» dans le temps pour nous restituer dans la clarté et la concision des hommes de l'art, l'enthousiasme, les aspirations, les contraintes, les besoins, les inquiétudes et les désespoirs de ses ancêtres ' N'était-il pas un homme de sciences et de logique pour ne pas nous ennoblir en nous révélant ces grandioses découvertes de gens de Biled El Andalus qui ont percé des secrets dans divers domaines de la découverte' En effet, il sera à même de nous informer, en nous expliquant raisonnablement, qu'à côté de faiblesses majeures dans le cadre de la gestion du pouvoir ? ce qui a déteint sur l'autorité des Andalous pendant des siècles ? il se trouvait que d'éminents savants se propulsaient dans les cieux de la célébrité et de la reconnaissance. Il nous donnera des noms, il nous expliquera leurs intentions et leurs projets. Il nous fera sentir qu'à côté des querelles de clocher et des luttes intestines il y avait du «produit noble» : le rendement efficace de gens clairvoyants qui ne voulaient suivre les procédés de chefs inconscients mais qui se consacraient exclusivement aux études, aux recherches et aux innovations. Izemis Abou Skander racontait fidèlement cette autre période, la chute de Grenade, pour les générations futures, mais n'oubliait pas de relever, tout en les réprouvant, de durs moments où le sang coulait pour instaurer ce pouvoir qui n'a jamais su rassembler les hommes. Il était là, en ce 2 janvier, quand les portes de Grenade se sont ouvertes pour laisser entrer Isabelle la Catholique et Ferdinand d'Aragon.qui aussitôt, ont occupé l'Alhambra. Ainsi, a-t-il préludé, cette remarquable période de la présence de ses ancêtres en Andalousie?, et de continuer, en revisitant l'Histoire de cette partie du monde qui, hélas, a sombré dans la capitulation. Il commençait ainsi : En 1140, la dynastie des Almohades ou « Mowahiddine » (Unitariens) qui est né d'un mouvement réformiste islamique inspiré par Mohamed Ibn Tumert, menaçait au Maghreb occidental la puissance almoravide. Mais ses partisans se trouvaient déjà assez nombreux en terre d'Andalousie. En 1146, leur chef, l'illustre Abd el-Moûmin El Koumi, de la grande tribu berbère des Koumiya, dans le nord-ouest de Tlemcen, a envoyé son armée prendre possession de la péninsule qui vivait déjà un grand bouillonnement après le départ des Almoravides. Cela était tout à fait normal dans des conditions pareilles. On les appelait les «révoltes andalouses» contre le pouvoir du Maghreb et qui ont duré presque quatre années, de 1144 à 1147, date à laquelle d'autres occupants allaient s'installer chez eux. Ces révoltes étaient dirigées, non pas par des soldats et des armées classiques, comme ce fut le cas dans d'autres pays, mais par des intellectuels, des savants et des hommes du culte, ce qui expliquait, en son temps, l'influence et la place dont disposaient ces hommes sous l'autorité almoravide, et qui leur donnaient cet ascendant et cette omnipotence à l'intérieur de leurs Taïfas. Cela, leur a permis de bouger en cette période en essayant de recouvrer ce pouvoir qui leur a été ravi, depuis l'installation, chez eux, des hommes de Youssef Ibn Tachfin. Leurs révoltes avaient deux raisons : la première étant de caractère chauvin qui brandissait ce sempiternel conflit entre les Arabes et les Berbères, la deuxième relevait de velléités et d'aspirations personnelles et démesurées dans cette effroyable course vers le pouvoir. Mais elles n'ont pu aller très loin, même si elles ont mobilisé la plupart des régions andalouses, comme la révolte d'Ahmed Ibn El Hussein Ibn Qaci dans l'ouest, les révoltes dirigées par le poète Akhil Ibn Idriss Er-Randi, qui a été vite destitué par son rival Abou El ?Amr Ibn Saïb Ibn Azzoun, et qui s'étendaient aux régions du sud et enfin celles du centre, dont la plus importante a été celle qui a pris naissance à Cordoue sous le commandement du Qadi Ibn Hamdine qui s'était même fait nommer «El Mançour Billah» et a ordonné le respect de ce titre, à travers toutes les mosquées de l'Andalousie, le mois du ramadhan de l'année 1145. Ce dernier chef a été battu par Seïf-ed-Dewla de Bani Houd, appelé à la rescousse par ses adversaires. De ce fait, il a été chassé de Cordoue pour revenir quelques temps après, à l'appel des Cordouans qui ne pouvaient supporter la présence du pouvoir chrétien dans leur principauté. Cette agitation ne s'est atténuée qu'à partir de 1147 quand les Almohades ont marqué la fin de la dynastie des Almoravides avec la conquête de leur capitale, Marrakech, puis en 1149, quand ils ont soumis Cordoue et Séville pour en faire de cette dernière la capitale de leur royaume en Andalousie. Abd el-Moûmin El Koumi, un Berbère Zénète, d'origine modeste, fils d'un potier à Koumiya, a établi peu à peu son autorité sur un Empire qui réunissait le Maghreb et l'Andalousie occidentale. Il s'est proclamé calife et commandeur des croyants, rejetant ainsi la souveraineté des Abbassides, tout en imposant le principe d'hérédité dynastique. A sa mort, en 1163, Abou Yaqoub Youssef, son fils, lui a succédé. Ce dernier et son fils, Abou Youssef Yaqoub El-Mançour, «le Victorieux » (1184?1199), troisième Calife, ont poursuivi son ?uvre et ont étendu leur autorité à toute l'Andalousie en infligeant une défaite terrible à Alphonse VIII de Castille le 19 juillet 1195. Nous verrons qu'après cet événement, les Etats chrétiens s'uniront contre les musulmans pour faire de la reconquête une véritable croisade insufflée par le pape Innocent III, comme celle de Barbastro en 1063 qui a été commanditée par le pape Alexandre II. Et c'est ainsi que les royaumes de Castille, du León, de l'Aragon et de Navarre en Espagne ainsi que ceux du Portugal se sont organisés pour la «Reconquista», notamment en faisant taire leurs disputes. Ils ont infligé à En-Nâçir une grande défaite. En effet, ce souverain se voyait moins heureux que son père, le héros d'Alarcos, parce qu'il a été battu à Las Navas de Tolosa le 16 juillet 1212. Les Espagnols qui étaient conduits par Sanche VII de Navarre, Pierre II d'Aragon et Alphonse VIII de Castille ont eu raisons des Almohades en Andalousie. Près de 60 000 soldats musulmans sont tombés pendant les combats. Pour les catholiques, cette éclatante victoire a marqué une grande progression dans la reconquête de l'Espagne occupée par les musulmans depuis le VIIIème siècle. La bataille de Las Navas de Tolosa a signé la fin de l'Espagne almohade et a annoncé le déclin ou le début de la décadence de l'Espagne musulmane. C'était le commencement de la fin par le triomphe définitif des armes chrétiennes. Les musulmans d'Espagne, Berbères et Arabes, sont retombés encore une fois dans l'anarchie qui leur était devenue habituelle. Ainsi, poussaient d'autres Etats indépendants ou (Taïfas). Ils se sont formés à Valence, à Murcie, à Arjona, et sont tombés très tôt, le premier en 1236 au pouvoir de Jaime Ier d'Aragon, le second en 1241 entre les mains du roi de Castille, Saint Ferdinand. Quant à l'émir d'Arjona, il s'est emparé de Jaen en 1232, s'est fait reconnaître par les musulmans de la partie méridionale de l'Andalousie et a fondé le royaume de Grenade (pendant la dynastie des Nasrides), le dernier Etat de l'Espagne arabe. Dans le même temps, la «Reconquista» a progressé à grands pas. Cordoue, la ville symbole de l'Islam espagnol, est tombé en 1236, Valence en 1238, Séville en 1248. Ces régressions successives et cet émiettement de l'Empire ont sonné le glas de la dynastie almohade qui a pris fin avec Abou El `Ula El-Wâthiq Idrîs, après la prise de Marrakech par les
Beni-Mérine (Mérinides) en 1269, dont Abou Youssef Yacoub en était le premier souverain. Au Maghreb, d'autres dynasties locales s'imposaient, comme les Hafsides en Tunisie, à partir de 1229, les Abdalwadides dans le Maghreb central en 1239 ou encore les Mérinides qui se sont emparé en 1244 de Meknès dans le Maghreb occidental. En Andalousie, les Nasrides de Grenade ont créé un royaume indépendant qui allait survivre jusqu'en 1492. Ce bref rappel, nous aidera à comprendre l'évolution de la dynastie des Almohades dans cette partie de l'Europe musulmane ou de l'Andalousie. Abd el-Moûmin El Koumi a franchi le détroit de Gibraltar en 1160 et l'a fortifié pour assurer ses arrières et la sécurité de son royaume qui s'étalait sur le Maghreb et une grande partie de la péninsule. Et de là, il a vu l'un de ses lieutenants battre les Castillans près de Badajoz. Il sera rassuré, avant sa mort en 1163 à Salé, du destin de ses troupes et du travail qu'elles allaient présenter pour le développement et l'avenir de sa dynastie. Cela, n'a pas manqué car, dans la même année où il devait rejoindre le Seigneur, ses successeurs ont unifié le Maghreb. Il ne leur restait alors que la région nord de l'Empire almohade et, ainsi, Séville deviendra la capitale de l'Andalousie. Mais le calme et la sérénité n'étaient pas au programme d'une région aussi mouvementée que la péninsule. Les dissidences chrétiennes et musulmanes, berbères et arabes, les conflits entre les différentes dynasties et la création de schismes et de graves divisions entre les souverains de Taïfas, tout cela n'allait pas dans le sens du rassemblement. Et ainsi, les décennies en Andalousie se succédaient mais ne se ressemblaient pas. Les unes étaient au profit des souverains musulmans, les autres allaient vers les souverains chrétiens. Dans cette ambiance mouvementée, au cours de cette période, le calife Abd el-Moûmin El Koumi ordonna : - «J'ai décidé que le fameux «Moshaf El Othmani», ayant appartenu à Othmane Ibn Affane doit être transféré à Marrakech. Il est là, en Andalousie, depuis longtemps, exactement depuis le VIIIe siècle. Et c'est grâce à l'émir Abd-er-Rahmân Ier, qui l'a ramené et qui l'a soigneusement gardé que ce trésor inestimable est encore en notre possession. Cette pièce rare dans l'Histoire des musulmans est d'une valeur inestimable. Ce «Moshaf», unique en son genre est si lourd et volumineux qu'il faut deux solides personnes pour le porter. Les Andalous, qu'Allah préserve leur dignité, ont une grande estime pour ce chef-d'?uvre qui a été conservé des siècles durant à la mosquée de Cordoue. Aujourd'hui, en l'an de grâce 1158, l'Andalousie est en proie à de multiples attaques et, de peur que ce fabuleux «Moshaf Echarif» se perde, je le prends en mon palais à Marrakech, espérant qu'il va être mieux gardé et entretenu.» Aussitôt décidé, aussitôt fait. Et Abd el-Moûmin El Koumi d'exiger qu'il soit couvert de plaques d'or enchâssées d'émeraudes et de rubis. Les sculpteurs, les décorateurs, les tapissiers et les artistes peintres se sont mis au travail et ont rehaussé sa valeur avec la réalisation d'une couverture en soie ainsi que d'un coffret, d'une chaire et d'un palanquin serti de plaques d'or et de pierres précieuses. Cette initiative a été longuement louée par les poètes. Après la mort d'Abd El Moûmin, les califes qui lui ont succédé ont accordé la même importance à ce Moshaf. «Ils le lisaient dans les nuits de Ramadan, et l'emportaient avec eux lors de leurs voyages. Il devançait le cortège royal, porté dans une litière sur le dos d'une chamelle embellie d'or et de rubis.», affirmaient les historiens. D'autres chroniqueurs expliqueront que : «Les Almohades perdront ce Moshaf après la mort du sultan Al mo'ta?i? près de Tlemcen en 646 de l'hégire. Les bédouins pillèrent le campement royal et vendirent le Moshaf au souk de la ville. Des années plus tard, le sultan mérinide Abou Al Hassan Ali put le récupérer après la conquête de l'Algérie en 738 de l'hégire. Les Mérinides le perdirent une deuxième fois après la bataille de Tarif en 741 où ils furent vaincus par les Portugais. Mais le sultan Abou Al Hassan le racheta et le ramena au Maroc en 745, dénué de tous ses embellissements. Il resta dans les bibliothèques mérinides jusqu'à la fin du huitième siècle, et il fut perdu à jamais.» En 1177, Alphonse VIII de Castille s'est emparé de Cuenca. L'année suivante, le souverain du Portugal s'est essayé dans une expédition qui allait le mener jusqu'à Séville. Il y avait donc en permanence cette menace des royaumes chrétiens, ce qui devait conduire les Almohades à reprendre l'offensive. Ils devaient s'affranchir de la flotte chrétienne à Lisbonne en 1181, et Evora, une citadelle portugaise, a été reprise par les Almohades. En 1184, Abou Yaqoub Youssef, a été mortellement blessé au combat devant la ville portugaise de Santarém. Son fils Abou Youssef Yaqoub El-Mançour, lui a succédé comme calife représentant sa dynastie. Dans la même année également les Almohades ont décidé la construction de la «Giralda» de Séville par l'architecte Ahmed Ibn Baso pour être le minaret de la Mosquée dont la construction avait débuté en 1172. Le calife a chargé le même architecte d'accoler un gigantesque minaret à la mosquée, sur le modèle d'édifices almohades similaires : la «Koutoubia»de Marrakech et la «Tour Hassan» de Rabat. L'?uvre a été achevée en 1198, par un architecte du nom d'Ali de Gómara, neveu du précédent. En 1202, la «Paix almohade» régnait partout, de Séville au sud du Maghreb occidental et de l'Atlantique à Tunis, et cela s'est produit après la victoire des Almohades sur les Almoravides à Tunis et leur prise des Iles Baléares. Izemis Abou Skander n'oubliait pas dans ce récit pathétique, relatant l'Histoire de ses ancêtres, d'évoquer, encore une fois, la bataille de Las Navas de Tolosa où les musulmans ont subi de très lourdes pertes, une effroyable bataille qui a été l'annonce de la fin inéluctable de l'Empire andalous. - Nous étions en 1212, répétait-il à ceux qui l'écoutaient attentivement. Ensuite les monarques almohades se sont succédé et n'ont pas duré longtemps à cause des divisions et des complots de palais qui n'en finissaient pas dans ce royaume où l'on se surpassait et l'on se distinguait dans la duplicité et la prévarication. La suite, hélas compromettante, a été la perte de Cordoue, sous le roi Ferdinand III de Castille, au moment où se fondait en Ifriqiya (Tunisie) la dynastie des Hafsides menée par Abou Zaqaria. Un seul fait, au demeurant très positif, dans cette atmosphère de renoncement, a été le début de la construction de l'Alhambra sous l'impulsion du souverain nasride Mohamed Ier Ibn Nasr El-Ahmar (El Rojo) et surnommé El Ghalib (le vainqueur) qui serait, disait-on, de la lignée de Saâd Ibn ?Oubada de Médine. Ce souverain sera le premier de la dynastie des Nasrides qui allait profiter de la situation difficile que vivait l'Andalousie musulmane ? perte de Valence en 1238 ? pour recréer le royaume de Grenade la même année. Enfin, dix années après, caractérisées par de grandes querelles, de conquêtes, de victoires et de défaites au détriment ou au profit des musulmans ou des chrétiens, la grande «Reconquista», déjà entamée par la prise de Cordoue, venait de signer son point de non-retour quand, en 1248, Séville passait sous l'autorité de Ferdinand III de Castille. Cela étant, la situation s'empirait au niveau des Andalous qui n'avaient su préserver les acquis dans cette partie du monde que les ancêtres aguerris et pleins de clairvoyance avaient soigneusement obtenus par les armes et, on ne le dira pas assez, par leur science. Izemis Abou Skander racontait ces chroniques avec une telle passion qu'on croyait vivre, moment par moment, tous ces événements qui ont tantôt reconnu et glorifié les différentes dynasties musulmanes qui s'étaient succédées en Andalousie, tantôt qui les ont remuées et ébranlées. Ainsi, en guise de récapitulation, il a rappelé les causes de la chute de l'Empire almohade au Maghreb et en péninsule Ibérique. - C'était pendant le règne de Mohamed Abou Abd Allâh En-Nâçir qu'a commencé la descente aux enfers pour les Andalous. D'abord à cause de cette cinglante défaite des Almohades en 1212 à Las Navas de Tolosa, et ensuite parce que les souverains qui lui ont succédés, n'étaient pas à la hauteur. Le premier a été son fils, Abou Yaqoub Youssef surnommé El Mustançir Billah, qui se présentait devant son peuple avec un caractère faible et effacé. Son autorité débile, relevaient ses contemporains, a été impuissante à empêcher le mouvement qui se préparait au niveau des Zénètes Ouaciniens, des Abdelwad et des Beni-Mérine. Et comment devait-il s'en occuper quand il ne s'intéressait qu'aux plaisirs de la vie qu'il interprétait, à sa façon, dans de grands moments de luxure et de jouissance ' Les affaires de l'Etat, il n'en avait que faire. Il les avait confiées à ses oncles, des personnages pleins de fatuité et d'ambition, les Abdallah à qui il avait livré en gouvernance Valence, Dénia et Murcie, Abou El Hassen Grenade et Abou El ?Ala Idris Cordoue. Ses autres missions et ses nombreuses prérogatives, il les avait abandonnées à ses ministres, qu'il a pris la peine de choisir parmi de sacrées épicuriens. Par ce comportement, les Andalous, qui se sentaient délaissés par leur monarque et ses proches, ne respectaient plus les Almohades, qui se présentaient à eux en des pratiques on ne peut plus honteuses et dégradantes. Ce climat devait persister encore, et plus encore, puisque après la mort du calife El Mustançir, en 1224, une mort accidentelle au cours d'une partie de tauromachie où il a reçu un sévère coup de corne en plein c?ur, les conflits se sont exacerbé entre les notables de la dynastie qui ont poussé leurs aspirations démesurées jusqu'au bout?, celui de leurs rivalités et de leurs mésententes. C'était la période où s'exerçait une ombre de pouvoir au milieu de la débauche. D'ailleurs, à cause des dissensions, l'autorité revenait après la
mort du calife, et «à titre provisoire», à un vieillard du nom d'Abou Mohamed Abd El Aziz Ibn Abi Yacoub Youssef, surnommé «El Mekhlou'» (le Déposé) dont le règne a été des plus courts dans l'Histoire de l'Andalousie.
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