Medea - Revue de Presse

Médéa Un 14 août...



«Il nous fallait absolument une opérationcommando de ce genre, que nous voulions surtout spectaculaire et psychologique,pour démontrer à la population médéenne, autant qu'aux forces coloniales, quel'Armée de libération nationale (ALN) était toujours présente sur le terrain.Contrairement à ce que faisait croire l'ennemi en utilisant la propagande baséesur le mensonge».C'est ainsi que commence le récit, trèsdétaillé et empreint d'une très grande émotion de l'attaque-surprise dont futl'objet, le 14 août 1961 aux environs de 20h15, juste après la prière duMaghreb, le bar «La Crémaillère» situé dans une rue (l'ex-Rue Jean Richepin) ducentre-ville de Médéa. Un bar devenu aujourd'hui café dans cette même rue quiporte aujourd'hui le nom, d'un des six commandos-fédayines auteurs de cettecélèbre opération : le chahid Ahmed Ferrah dit «Ahmed Ellouhi». Et celui quinous parle n'est autre que M. Mahmoud Toubal-Seghir dit «Tcheknoun», leresponsable politico-militaire de l'époque, chargé de la région localeenglobant Lodi (actuelle Draâ Smar), Mouzaïa Les Mines (act. Tamezguida),Damiette (act. Aïn D'heb) Oued Lahrèche et Ghezagh. Des zones se trouvant toutautour de la ville de Médéa, elle-même appartenant à la zone II de la wilaya IVhistorique. Un récit-évocation que nous présentons à nos lecteurs à la veillede la célébration de la Journée du Moudjahid, le 20 août. Pourquoi cetteattaque-surprise de «la crémaillère» ? «De grosses difficultés commençaient àse faire sentir dans les maquis avec entre autres, le nombre toujours endiminution des moudjahidine, le manque ou l'insuffisance de l'armement et del'habillement, la lassitude qui commençait à gagner quelque peu lesdjounoud...» nous dira Mahmoud Tcheknoun. Et de continuer: «D'où la décisionprise par le commandement de la wilaya IV de porter la guerre des maquis versla ville, c'est-à-dire renforcer la guérilla. Et de laisser la liberté d'actionpour chaque responsable politico-militaire local. Partant de là, et après mûreréflexion, j'avais pris la décision d'attaquer ce fameux bar de la crémaillère,pour deux raisons essentielles : d'abord, il se situait à une trentaine demètres seulement du commissariat de police de l'époque, transformé aujourd'huien centre médico-social (CMS) de la Sûreté de wilaya, donc dans une rue trèsfréquentée par les Européens surtout. Ensuite, ce bar était le lieu derencontre privilégié des gendarmes tortionnaires, des agents de renseignementsdu deuxième bureau, de beaucoup de soldats et surtout d'officiers de l'arméecoloniale, sans oublier les colons notables de la ville». Avec une émotion deplus en plus poignante, il poursuivra : «Deux mois de préparation avaient éténécessaires pour l'étude du terrain, les possibilités de se retirer après l'attaque,le choix des hommes, du groupe et celui de l'agent de liaison, le choix d'undomicile proche du bar car nous devions y passer la nuit du 13 et toute lajournée de ce 14 août (un lundi) 1961.Le groupe se composait notamment deAbdelkader «Chaâbouna» Ahmed «Ellouhi», Moha S'ghir de hannacha, un certainFodhil (le premier est décédé après l'indépendance et les trois autres durantla guerre de libération), Ahmed «Hamam Elouène» (encore en vie) et moi-même. Ledomicile qui avait été retenu étant celui de M. Mohamed El-Mohri (décédé),situé en contrebas du bar, du côté de Aïn El-Mordj. Avec un plan d'attaquemûrement réfléchi, nous fîmes irruption, le jour J, dans le bar en laissant«chaâbouna» et Moha Sghir au guet dehors. Et le bilan rapporté, une journéeaprès l'attaque par le journal colonial «L'Echo d'Alger» avait fait état dehuit morts et quatorze blessés, tous des Français à l'exception d'une seulepersonne. Alors que nous n'avions enregistré qu'un seul blessé léger, Fodhil,qui avait été touché à l'épaule à partir d'une fenêtre, au moment où nous nousretirions et qu'il tirait des rafales en l'air en signe de joie. Nous avionssu, par la suite, que le nombre des morts et des blessés était beaucoup plusélevé que celui reconnu par les autorités françaises. Et ce conséquemment augrand nombre de chargeurs des mitraillettes Mat 49 que nous possédions et quenous avions presque vidés sur toute ce qui bougeait. Pour l'histoire et pardevoir de vérité, je me dois de dire que nous avions été obligés d'éliminerphysiquement cette personne non-française en question, un compatriote natif deMédéa, qui se trouvait à l'intérieur du bar au moment de l'attaque et qui avaitmalheureusement beaucoup d'accointances avec les officiers et autres gendarmestortionnaires».Et Mahmoud Tcheknoun d'ajouter : «A la finde l'attaque, et au moment de quitter les lieux, nous avions lancé une grenadeà l'intérieur, qui avait effectivement explosé, après avoir au préalable laisséune lettre sur les cadavres et où l'on pouvait lire notamment : à l'intentionde la soldatesque française : La révolution algérienne est toujours là, debout,grâce à tous ses enfants. Nous sommes capables de vous frapper n'importe où,quand nous voulons et avec plus d'aisance qu'aujourd'hui. Nous reviendrons». EtMahmoud Tcheknoun de préciser : «C'est une lettre que nous avions préparée bienà l'avance en priant Dieu de faire réussir notre opération. Et elle avaitréussi grâce à Dieu».A la fin du récit, l'émotion ayant atteintson paroxysme, M. Mahmoud Toubal-Seghir dit «Tcheknoun», qui profiteaujourd'hui d'une paisible retraite, conclura : nous avions réussi la gageurede parcourir, à plusieurs reprises, cette rue Jean Richepin en aller et retour,sans avoir éveillé le moindre soupçon, aussi bien des passants que despoliciers de faction devant le commissariat. Et ce, à environ deux heures del'horaire prévu pour l'attaque du bar. Nous avions, tous les six, l'allure desoldats français, habillés de tenues neuves et portant des armes tout aussineuves».
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