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Madrid met fin au rêve d'indépendance de la Catalogne



Madrid met fin au rêve d'indépendance de la Catalogne
La Catalogne a officiellement pris le chemin de l'indépendance, vendredi après-midi, avant d'être rapidement mise sous tutelle par le Sénat espagnol grâce à la convocation de l'article 155 de la Constitution.La déclaration d'indépendance, adoptée par une large majorité au Parlement régional catalan, a provoqué une vague d'émois. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont exprimé leur joie dans les rues de Barcelone et dans toute la province. L'Espagne est frappée de plein fouet par sa pire crise politique et constitutionnelle depuis 1977.
Madrid a répondu immédiatement et d'une manière ferme à la déclaration d'indépendance en destituant le président du gouvernement régional et en convoquant des élections en Catalogne le 21 décembre. Cette décision débouchera sur des élections «propres, libres et légales», selon Mariano Rajoy. Les mesures prises par le gouvernement «ne visent pas à suspendre l'autonomie, mais à ramener la loi et l´ordre constitutionnel» en Catalogne, a-t-il ajouté.
Ainsi, Soraya Saenz de Santamaria, vice-présidente du gouvernement, prend directement les rênes de l'exécutif catalan, en remplacement du président indépendantiste, Carles Puigdemont, et de son n°2 Oriol
Junqueras, destitués vendredi soir avec leur équipe.
De nombreux Catalans hostiles à l'indépendance
Un sondage publié le week-end dernier révélait qu'une majorité des Catalans étaient en faveur de plus d'autonomie, mais pas d'une indépendance de la région. Mariano Rajoy, dit-on, cherche à protéger, par la voie des élections, les droits de tous les Catalans, ceux de la moitié qui n'a pas voté lors du référendum, appelée «majorité silencieuse», qui a vu ses droits ignorés de manière répétée et inacceptable par le gouvernement de Puigdemont. «Je ne permettrai pas qu´on abuse de la Catalogne», a déclaré le chef du gouvernement.
L'article 155 de la Constitution espagnole prévoit que «si une communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution ou les autres lois lui imposent, ou agit de façon à porter gravement atteinte à l'intérêt général de l'Espagne, le gouvernement, après avoir préalablement mis en demeure le président de la communauté autonome et si cette mise en demeure n'aboutit pas, pourra, avec l'approbation de la majorité absolue des membres du Sénat, prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ces obligations ou pour protéger l'intérêt général mentionné». Mesures rigoureuses aux multiples conséquences, une mission difficile à mettre en œuvre, dans une région très autonome et où une partie de la population est prête à désobéir.
Concrètement, l'Assemblée régionale ne pourra pas présenter de candidat à la tête du gouvernement catalan, ni contrôler les décisions prises directement par l'exécutif actuellement sous tutelle. Cette mesure risque par ailleurs d'être un casse-tête pour le gouvernement Rajoy, dans le cas où Carles Puigdemont ne reconnaît pas les mesures de Madrid, et refuse de quitter son bureau. Dans tous les cas, la décision de le déloger ou de l'arrêter s'il entre en rébellion appartiendra à un juge, selon le gouvernement central. Le dirigeant catalan, qui sera poursuivi pour «rébellion», risque désormais jusqu'à 15 ans de prison.
De son côté, Carles Puigdemont a appelé les Catalans à «s'opposer démocratiquement» à la mise sous tutelle et à rester «sur le terrain de la paix et du civisme». Difficile de savoir si le processus pourra se dérouler sans incident, face à un Etat espagnol décidé à rétablir la «légalité» en Catalogne et qui peut compter pour cela sur d'énormes effectifs de police et de la Garde civile. Les indépendantistes veulent défendre cette nouvelle République dans la rue. Des boucliers humains pourraient ainsi se former pour défendre les institutions de la région.
La région est sous tutelle
Le gouvernement espagnol a annoncé au Journal officiel la destitution du chef opérationnel de la police catalane, Josep Lluis Trapero, qui dirige pas moins de 17 000 agents. Il est sous le coup d'une enquête pour «sédition». Il a été remplacé par son n°2, le commissaire supérieur de la coordination territoriale, Ferrán López. Les hauts fonctionnaires qui n'accepteraient pas les mesures de Madrid seront suspendus. Là encore, l'obstacle est de taille, d'autant que les relations entre les Mossos et les corps de police nationaux ont été mises à rude épreuve depuis le référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre. Hier matin, la police nationale a appelé ses agents à rester neutres dans la crise entre Barcelone et Madrid.
En attendant, une centaine de hauts fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions. «Les employés de l'administration catalane qui refuseraient d'obéir à Madrid seront, eux, suspendus. Il pourra y avoir des limogeages, pour les employés qui continueraient ouvertement à ne pas respecter la Constitution», a prévenu la vice-présidente du gouvernement espagnol. L'administration catalane compte actuellement dans son effectif pas moins de 304 000 fonctionnaires, dont 167 000 travaillent pour l'administration régionale et 84 000 pour les mairies.
Dans le domaine économique, les premières conséquences de la crise institutionnelle sont déjà visibles et risquent d'être très graves. Depuis près d'un mois, plus de 1500 entreprises ont déplacé leur siège social de la région. Les finances du gouvernement catalan sont déjà sous tutelle depuis septembre, et dès fin octobre, il lui sera difficile de payer ses fonctionnaires et d'honorer ses dettes. L'administration fiscale reste entre les mains du gouvernement central et de ses fonctionnaires. En moins de 24 heures, le gouvernement régional catalan a été vidé de tous ses pouvoirs.
Par ailleurs aucun Etat européen ne semble prêt à reconnaître la Catalogne comme entité indépendante. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a indiqué que cette déclaration ne «change rien» pour l'Union européenne, et Donald Trump a affiché son soutien à Madrid. Des milliers de personnes, brandissant des drapeaux espagnols, ont manifesté hier à Madrid pour défendre l'unité de l'Espagne et ont protesté contre la déclaration d'indépendance de la Catalogne. Bref, la crise n'est pas près de se terminer.
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