
En ces temps de lourdes incertitudes et de montée des périls, la «convocation» de gens illustres s'avère bien utile pour nos gouvernants en panne d'idées et de projets d'avenir. Qui mieux que Ben Badis pour remettre au goût du jour l'idée de nation algérienne «une et indivisible», pétrie «d'islam, d'arabité et d'algérianité» et que l'on dit sous menace «d'ennemis extérieurs» et de «complots internes». Qui mieux que Mouloud Mammeri pour que soit mise en relief la dimension amazighe réhabilitée de la société algérienne 'Mais si Ben Badis a été combattu par le colonisateur français, celui-là même qui cherchait à briser la personnalité algérienne, Mouloud Mammeri, lui, a été persécuté par les siens pour une cause identitaire et, dans son sillage, ont été réprimés sauvagement tous ceux qui se sont revendiqués de son combat.Cette médaille dite du Mérite qui lui a été décernée à titre posthume est loin d'être innocente : à travers elle, les gouvernants visent à récupérer un homme hors du commun, devenu un symbole national de la lutte pour l'amazighité, à «clore» le chapitre de la lutte engagée depuis des lustres par la société civile pour la réhabilitation de la culture et la langue amazighes et enfin faire oublier l'épisode de la répression du 20 Avril 1980 menée par les forces de sécurité de l'ère Chadli-Abdelghani-Yahyaoui contre les populations berbérophones, essentiellement en Kabylie, en colère contre l'interdiction faite à l'anthropologue de tenir une conférence et contre les arrestations musclées de plusieurs militants de la cause amazighe.Cette médaille ne peut effacer ni les insultes qui étaient proférées à l'endroit de l'homme, à son époque, ni l'oubli dans lequel il est plongé depuis 37 années, mais elle peut être inscrite malgré tout, en dépit de tous les calculs et de tous les torts causés aux populations, au registre des acquis concédés par les autorités politiques, dont le plus grand est l'officialisation de la lange amazighe par la Constitution réformée. Il reste aux gouvernants, s'ils sont dans une logique quelque peu réparatrice, à réhabiliter le combat du mouvement citoyen de 2001 (archs), notamment par l'octroi d'un statut particulier aux 121 victimes de la répression menée par les forces de l'ordre.Une répression consignée dans un rapport officiel commandé à l'époque par le chef de l'Etat et qu'eut à piloter le regretté Mohand Issad. Le pouvoir doit aussi, et rapidement, ainsi que prévu par la Constitution, mettre en ?uvre le dispositif constitutionnel de l'officialisation de tamazight, notamment l'Académie qui doit développer le contenu scientifique de la langue.Cette démarche doit se faire en concertation poussée avec la société civile. Enfin, et pour que soit définitivement tournée la longue page de la lutte identitaire, les autorités doivent écouter attentivement les populations qui plaident pour l'autonomie de leur région, c'est-à-dire de larges prérogatives à concéder aux élus locaux dans les secteurs qui ne sont pas stratégiques.Des populations soucieuses de se démarquer des thèses sécessionnistes dangereuses en vogue et qui se placent sous le slogan judicieux, s'agissant de la Kabylie, la plus avancée dans cette quête d'autonomie : «L'Algérie sans la Kabylie n'est pas l'Algérie». Ouvrir un débat officiel sur cette question, pourquoi pas ' C'est le dernier test qui reste aux autorités.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com