Medea - A la une

LA BOURGEOISE



Résumé : Maroua arrive à temps pour constater les dégâts. Les larmes de son aînée lui prouvent encore une fois que sa mère n'accepte pas le bonheur de sa fille. Mordjana reconnaît qu'elle s'est emportée et tente de calmer les esprits. Elle demande à sa s?ur des nouvelles de sa famille. Le temps passe tellement vite. Deux années se sont déjà écoulées depuis son mariage.Maroua vide le panier, met les victuailles sur la table et se retrousse les manches.
- Il est temps de penser à préparer le dîner. Viens donc m'aider Safa.
- Je vais t'aider moi-même, dit Mordjana.
- Il n'en est pas question. Tu vas salir ton joli tailleur, et puis tu dois être épuisée. Viens donc t'asseoir à côté de moi. Nous avons un tas de choses à nous raconter.
Mordjana lance un regard à la dérobée à sa mère. Cette dernière sirote son thé et suit distraitement la conversation.
- Je vais d'abord me changer, ensuite je viendrai vous aider à éplucher les légumes. Samir adore nos plats traditionnels.
Maroua sourit.
- Tu l'as forcément initié à nos menus.
- Bien entendu. Je voulais lui démontrer que je n'étais pas une piètre cuisinière.
Elle se tait, puis reprend d'une petite voix :
- Il a tant fait pour moi. Je lui dois beaucoup. Grâce à lui, je suis une femme accomplie aujourd'hui. J'ai suivi une formation, j'ai un travail et je gagne bien ma vie.
Elle a débité sa phrase sur un ton détaché, mais Maroua a tout de suite ressenti la tristesse qui perçait dans sa voix. Sa s?ur souffre. Elle sursaute. Avait-elle des ennuis de santé '
Elle lui jette un regard interrogateur, mais Mordjana détourne la tête et s'empresse de quitter la cuisine.
Samir se réveille avec une migraine et porte la main à son crâne. La chambre est plongée dans le noir, et il a du mal à reprendre ses esprits.
Puis, tout lui revient. Le voyage, la chaleur et ses difficultés à s'adapter au climat torride du Sud. Il se rappelle Mordjana. Ces derniers temps, elle lui a semblé mélancolique et quelque peu préoccupée. Mais, comme d'habitude, elle ne se confie pas à lui. Il met ses états d'âme sur le stress. Pour ce petit voyage hâtif dans sa famille, Mordjana s'est surpassée. Elle a préparé des gâteaux, acheté des confiseries et parcouru les quartiers de la ville dans tous les sens, afin de dénicher ces petites choses qui feraient plaisir à sa mère, à ses frères, à s?ur et à ses grands-parents.
Elle est tellement généreuse, Mordjana. Elle pense tellement aux autres qu'elle s'oublie elle-même parfois.
Samir s'étire et s'assoit sur le canapé. Il a grand besoin d'un comprimé d'aspirine.
Des voix lui parviennent. Des femmes parlent et rient. Il regarde sa montre-bracelet et constate qu'il est déjà 18h. Il a dormi plus de quatre heures, mais n'a pas encore récupéré.
La chaleur s'est atténuée, et par la fenêtre entrouverte il sent même une petite fraîcheur pénétrer dans la chambre.
Quelqu'un frappe à la porte de la chambre avant d'entrer et de donner la lumière. Sa femme se tient devant lui.
- Tu es réveillé '
- Tu le vois bien.
- Je vais te servir un thé.
- Je préfère un comprimé d'aspirine d'abord, dit-il, en tenant son crâne.
- Le voyage t'a fatigué, Samir.
- Plutôt la chaleur.
- Je sais. Les soirées sont plus douces. Tu vas apprécier.
Il soupire.
- Si tu le dis. Moi, je sens que je pourrais dormir encore deux jours.
Elle rit.
- C'est le temps qu'on doit passer dans ma famille. Tu n'auras donc pas le loisir de visiter la ville ni d'apprécier notre générosité.
Il hausse les épaules.
- Je ne sais pas comment vous faites pour supporter cette chaleur. J'ai cru étouffer sur la route.
- J'ai fait la route en sens inverse pour de longs kilomètres en voiture le jour de notre mariage. Nous avons avalé des tonnes de poussière et supporté l'enfer. J'étais emmitouflée dans un burnous, le visage caché sous un voile. Maroua tentait de me rafraîchir avec un éventail. Autant jeter une goutte d'eau dans un brasier. Ta maman et Malika voyageaient dans un véhicule climatisé. Ce n'était pas le cas pour nous. Et puis, il y avait cette angoisse qui me nouait l'estomac au point où j'en suis tombée malade.
Il hoche la tête.
- Je le savais. Malika m'avait tout raconté. Je suis désolé. Tu as dû souffrir le martyre.
Elle sourit.
- Je ne regrette pas cependant d'avoir fait ce trajet pour te rejoindre. Aujourd'hui je suis heureuse d'être ta femme.
Elle remarque sa grimace, puis ses mains qui tiennent toujours son crâne et s'écrie :
- Heu... Excuse-moi. Je devrais aller te chercher un comprimé d'aspirine, et je suis là à papoter comme une pie.
Elle sort en courant et revient avec un verre d'eau et une boîte d'aspirine.
- Tiens ! Avale tout d'abord un comprimé. Si ta migraine persiste, tu en prendras un deuxième.

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