
C'est à n'y rien comprendre. L'opposition dans sa majorité, celle en tous cas qui se revendique comme telle, reste persuadée que les prochaines élections législatives seront entachées de fraude, mais n'hésite pas à annoncer quand même sa participation. Mis à part deux ou trois partis?comme Jil el Djadid ou Talai El Houriate qui ont dit non par fidélité à leurs principes pour dénoncer par anticipation ce qu'ils considèrent comme une « mascarade » qui profitera encore au système, tous les autres se sont déclarés partant, à commencer par les partis islamistes dont l'ambition est d'investir le moindre espace institutionnel, même s'il s'agit de strapontin, pour en faire une tribune de propagande à leurs idées.La formule gagnante pou eux étant d'être présents, et le reste viendra par la suite? Il y a cependant chez toutes les formations contestataires qui acceptent le jeu électoral dans sa version déliquescente, comme un paradoxe mystérieux qui les pousse à aller se bruler les ailes alors qu'elles sont au courant du danger au départ.S'engager avec autant d'illogisme ou de déraison requiert-il à ce point une certaine dose de masochisme pour se donner bonne conscience devant les électeurs ' Il faut le croire, sinon les postulants casse-gueule ne seraient pas aussi nombreux à venir frapper à la porte alors que leurs chances de succès sont calculées à l'avance. C'est comme dans une compétition sportive sans son esprit chevaleresque, pour faire un scrutin, il faut des favoris placés et des figurants.L'histoire des campagnes électorales qui se sont succédées à ce jour ont toutes, sans exception, transité par le circuit de la triche avant de s'imposer au public. Y compris celles remportées en 1992 par le parti intégriste dissout que la chaine El Magharibia veut à tous prix présenter comme un exemple de consultation remportée à la loyale et confisquée par le Pouvoir alors qu'elle a été le résultat de la mystification et de la terreur à grande échelle que les complicités au plus haut niveau ont couvert.L'ex parti intégriste avait lui aussi sa part de falsification dans ce genre d'épreuves, autrement dit ses « méthodes » musclées pour parvenir à ses fins qui avaient supplanté celles du régime. Comme quoi c'est toujours l'immoralité qui a prévalu à la place des vrais choix populaires. Parler de fraude, néanmoins, à la veille des élections fait partie depuis longtemps des convenances de communication dont se sert l'opposition pour préparer l'opinion en prévision des résultats négatifs ou catastrophiques.C'est une manière comme une autre de conserver plus ou moins intacte sa crédibilité, d'autant que le phénomène de la fraude chez nous est loin d'être une vue de l'esprit mais bien une réalité incrustée dans nos m?urs politiques que le système lui-même a fini par admettre quand la supercherie a dépassé les bornes. Il faut dire que la pratique technique appelée communément bourrage des urnes est devenue, avec le temps, une expérience qui a beaucoup évolué. Elle est aujourd'hui plus affinée, moins apparente.Ce sont des mains expertes en la matière qui se chargent désormais du fonctionnement des opérations du vote depuis le fichier électoral totalement sous le contrôle de l'Administration. Les opposants auront beau crier à l'escroquerie, ils ne verront pas grand-chose aux multiples mouvements de manipulations qui fera sortir des urnes les champions désignés du système connus par tout le monde et que le pouvoir avalisera comme étant la marque de fabrique d'une sélection ayant répondu à tous les critères de transparence et d'équité.Si donc le FLN sera sans l'ombre d'un doute le grand bénéficiaire de cette campagne électorale, c'est parce que, comme l'a dit son secrétaire général, le peuple l'adore, et non pas comme le laisserait entendre les mauvaises langues un produit de contrefaçon dont les instances dirigeantes ne pourront encore se passer. Il est loin, en effet, le temps où c'est ce même peuple qui s'était dressé contre ce sigle pour le chasser du pouvoir.Octobre 88 est encore dans les esprits comme la manifestation populaire la plus violente dirigée contre le vieux parti accusé d'avoir failli à sa mission. Le mensonge, la corruption, la rente, la démagogie?Le FLN a mangé son pain noir depuis, mais a-t-il pour autant changé ' Ce sont les mêmes maux qui minent aujourd'hui la société, les mêmes motifs qui avaient suscité hier la colère populaire que le parti majoritaire continue de défendre. Comment dans ce cas parviendra-t-il à brasser large en conservant la même doctrine 'La solution pour lui reste évidemment le recours à la fraude soutient l'opposition pour qui les garanties exposées par l'Etat quant à l'impartialité des urnes ne sont qu'un jeu d'ombre auquel il faut s'adapter ou se démettre. A bien lire les motifs d'engagements des partis d'opposition qui cherchent par-dessus tout, à travers ces élections, à faire entendre leurs voix, le système ne leur laisse pas d'autre choix que celui de participer pour survivre.On comprends aisément le fondement de ce dilemme douloureux, mais peut-on imaginer un instant un boycott général de tous les partis contestataires et ses conséquences sur la fiabilité du vote lorsque l'arène sera laissée aux deux représentants du pouvoir, le FLN et le RND. Peut-on imaginer un instant une « sédition » de cette nature, une fronde généralisée aussi téméraire pour dire que le changement du régime doit commencer d'abord par l'abolition de la combine électorale 'On n'en est pas encore à ce genre d'action qui pourrait changer effectivement la donne. Mais participer avec la certitude de n'être encore qu'un faire valoir dans une enceinte parlementaire promue plus que jamais à servir de chambre d'enregistrement ne sert-il pas d'alibi, par ailleurs, pour conforter les fausse tendances démocratiques d'un système qui joue lui aussi sa survie mais avec un rapport de force largement en sa faveur ' Face au poids des institutions, de la machine administrative, et des médias publics, le combat de l'opposition ressemble à une incroyable gageure. Et pourtant, le défi ne décourage pas?même s'il parait insensé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderezak Merad
Source : www.elwatan.com