Mascara - Eglise Notre-Dame du Bon-Remède	(Commune de Sig, Wilaya de Mascara)

Saint-Denis-du-Sig – Le pèlerinage du 2 février et Notre-Dame du Bon-Remède



Saint-Denis-du-Sig – Le pèlerinage du 2 février et Notre-Dame du Bon-Remède
Dans l’histoire de Saint-Denis-du-Sig, aujourd’hui Sig (wilaya de Mascara), le pèlerinage du 2 février occupe une place singulière. Il s’inscrit à la fois dans le contexte difficile des débuts de la colonisation française en Algérie et dans une tradition religieuse profondément ancrée dans la mémoire locale du XIXᵉ siècle.

Une naissance dans l’adversité

La localité de Saint-Denis-du-Sig est officiellement fondée en 1845, dans une plaine encore peu aménagée, marquée par des conditions sanitaires éprouvantes. Les premiers colons s’installent dans un environnement jugé insalubre à l’époque : zones marécageuses, paludisme, pénurie d’infrastructures et isolement relatif. Comme dans de nombreux centres de colonisation agricole de l’Ouest algérien, la survie du village dépend alors d’un labeur constant et d’une forte solidarité communautaire.

L’épreuve du choléra (1849–1854)

Quatre ans après la fondation du village, en 1849, Saint-Denis-du-Sig est frappée, comme Oran et d’autres villes du littoral et de l’intérieur, par une première vague de choléra. Cette maladie, qui ravage périodiquement l’Algérie au XIXᵉ siècle, revient à plusieurs reprises jusqu’en 1854. Les archives coloniales et paroissiales évoquent plusieurs épisodes meurtriers, touchant particulièrement la population laborieuse et les familles récemment installées.

L’année 1854 marque un tournant. Le choléra y sévit avec une intensité exceptionnelle, plongeant la commune dans l’angoisse. Face à l’impuissance des moyens médicaux de l’époque, la population se tourne massivement vers la foi. Un prêtre de la paroisse, connu pour sa profonde dévotion mariale, appelle alors les fidèles à placer la communauté sous la protection de la Vierge Marie.

La promesse et la construction de la chapelle

Sous son impulsion, les paroissiens décident l’édification d’une chapelle sur les hauteurs dominant la ville, en signe de supplication et de reconnaissance. Les travaux commencent immédiatement, malgré des conditions matérielles difficiles : manque de ressources, terrain escarpé et climat éprouvant. Selon la tradition locale, au fur et à mesure de l’avancement du chantier, l’épidémie recule, jusqu’à disparaître.

Cette guérison collective est alors interprétée comme une intercession directe de la Vierge. Dans la mémoire sigoise, l’année 1854 devient ainsi le point de départ d’une période de stabilité et de croissance pour la jeune commune, placée symboliquement sous la protection mariale.

Le choix du nom : Notre-Dame du Bon-Remède

Reste à donner un nom à cette Vierge salvatrice. Plusieurs appellations sont proposées par les fidèles. C’est finalement celui suggéré par Mère Sylvie, supérieure des Religieuses Trinitaires, qui fait l’unanimité : Notre-Dame du Bon-Remède. Ce vocable, déjà connu dans la tradition catholique méditerranéenne, souligne le rôle de la Vierge comme protectrice et guérisseuse face aux fléaux.

Dès lors, la chapelle devient un lieu de dévotion majeur pour la région, et la Vierge du Sig est officiellement invoquée sous ce nom.

Le pèlerinage du 2 février

Chaque année, à partir de 1854, le 2 février – fête de la Présentation du Christ au Temple (la Chandeleur) – est consacré à un pèlerinage populaire. Ce jour-là, les habitants de Saint-Denis-du-Sig cessent le travail et montent en procession vers la chapelle de Notre-Dame du Bon-Remède. Cette pratique rappelle, par son esprit, le pèlerinage des Oranais vers Notre-Dame de Santa Cruz lors de l’Ascension.

Le pèlerinage du 2 février devient ainsi un marqueur fort de l’identité religieuse et sociale de la commune, mêlant foi, mémoire des épreuves traversées et reconnaissance collective.

Mémoire et héritage

Aujourd’hui encore, même si le contexte religieux et social a profondément changé, le récit de Notre-Dame du Bon-Remède demeure un élément essentiel du patrimoine historique de Sig. Il témoigne des peurs, des espoirs et des formes de spiritualité qui ont accompagné la naissance de nombreuses villes algériennes au XIXᵉ siècle, et constitue une source précieuse pour comprendre l’histoire humaine et culturelle de la région.


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