«L'histoire ne se répète pas, elle bégaie.» Karl Marx
Sans préjuger de la sincérité des uns et des autres et sans douter non plus de la propension à la démagogie de beaucoup d'entre eux, il est loisible de classer, surtout en campagne électorale, les hommes politiques en deux camps bien distincts: ceux qui ont un programme net, détaillé et peut-être chiffré même dans un pays où les chiffres n'ont pas grande importance ou signification et changent souvent au gré de celui qui les manipule, et puis, il y a ceux qui n'ont pas de programme vraiment précis et qui empruntent des bribes de programme par-ci et des inspirations de desseins par là, proposant de faire une sorte de patchwork pour contenter la majorité des électeurs. Dans la première catégorie, on peut trouver les rêveurs impénitents qui appellent de tous leurs voeux une société idéale soit avec des classes réconciliées qui oeuvrent au bonheur de la Nation, soit une société dirigée d'une main de fer par la dictature d'une seule classe qui gouverne par oukases ou par l'état d'urgence. Dans la seconde catégorie, c'est souvent le désert: les programmes relèvent de la science-fiction et manquent de réalisme parce qu'ils coûtent cher ou alors les différentes mesures proposées sont antagoniques ou bien ne correspondent plus aux exigences du moment car elles sont anachroniques. C'est pourquoi, certains hommes (ou femmes) politiques n'hésitent pas à se référer à un âge d'or que beaucoup d'électeurs ont oublié parce que le temps est un édulcorant efficace ou bien qu'ils n'ont pas tout simplement connu parce qu'ils sont trop jeunes. D'aucuns rêvent (et promettent!) de faire ressusciter une ère bienheureuse où la nation, telle qu'ils la conçoivent, dominait le monde. Ils se contentent alors de proposer des mesurettes pour faire saliver l'électeur nostalgique... Ainsi, si je ne me trompe pas, d'après ce que j'ai cru avoir lu dans la presse nationale, Mme Louisa Hanoune ne veut ni plus ni moins rouvrir les fameux Souk-El-Fellah qui sont partis dans la tourmente d'un certain 5 Octobre 1988. D'abord, il faut relever qu'ici Mme Hanoune manque de précision: à quelle sorte de S.E.F (pour être plus bref!) fait-elle référence' Car, en tant que consommateur qui en a vu des vertes et des pas mûres, il faut distinguer trois périodes: celle de Boumediene où les étals presque vides offraient des légumes qui n'étaient pas de première fraîcheur et quand la pomme de terre algérienne pourrissait à Mascara (se reporter à l'excellent «El Ardh ouel Fellah» du regretté Ahmed Wahid) on s'apprêtait à importer de la patate pour cochons pendant que le consommateur balançait son couffin vide aux portes ouvertes des S.E.F vides. La seconde période, sous Chadli 1er fut celle de la générosité: une corne d'abondance déversait ses bananes, ses ananas et ses fromages importés à une population grisée par un baril de pétrole cher, puis enfin la période du désenchantement quand le baril chuta et que les pénuries de toutes sortes transformaient les citoyens en chasseurs. Ne parlons pas des convois de camions qui violaient nos cinq frontières pour faire apprécier aux Africains du Nord et du Sud le goût des denrées aux prix soutenus tandis qu'un certain ministre lourd des Industries légères fustigeait les ménagères de stocker l'huile Safia. Mais ceci est une autre histoire. En attendant, si on rouvre les S.E.F, il va falloir réinstaller le parti unique: l'un ne va pas sans l'autre. Et avec, l'article 120, la Cour de sécurité de l'Etat, les bons Sonacome... Il faudra aussi rouvrir l'Onaco: je ne pense pas que les barons du sucre, du café, des autos... soient d'accord qu'on ressuscite Tayebi Larbi et Da Velaïd. Mais en attendant l'ouverture des bureaux de vote, pourquoi ne pas demander la réouverture des bars: ce sont les derniers à être fermés!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com