Mascara - Revue de Presse

Regard



Zahana, l’arme du crime!Si vous faites un tour à Santa Cruz, jetez votre regard plein sud, là-bas vers la plaine. Vous y verrez le panache blanc de la cimenterie de Zahana. Au gré des vents et des courants d’air, il rampe, il virevolte au-dessus des maisons et des prés. C’est un nuage compact, lactescent, qui tombe en lambeaux sur tout ce qui vit pour le recouvrir d’une mince pellicule semblable à un linceul qui, depuis des dizaines d’années, étend sa sinistre silhouette des kilomètres à la ronde. Les enfants toussotent, leurs parents crachotent, les arbres se fanent, les bêtes ahanent. Les animaux que les hommes élèvent broutent une herbe passée à la chaux. Le spectacle est tout de désolation. Depuis des dizaines d’années. Zahana, ce n’est le problème de personne en particulier. La population a depuis longtemps compris qu’il ne sert à rien de protester, que rien ne changera de toutes les manières. La cimenterie leur donne à manger et leur sert tous les jours une lampée de son venin blanchâtre qui leur fait cracher du sang. L’amiante, la poussière de ciment: un cocktail pour une mort douce dans les bras d’une nature elle-même moribonde. Cette usine est à la lisière du territoire de la wilaya de Mascara. Mais le wali de Mascara s’en moque complètement. Il le fait depuis des dizaines d’années. Il sait qu’il ne peut pas grand-chose de toute façon. Il ne peut que tourner le dos à ce truc insoluble. Les cadres dirigeants s’en lavent passablement les mains puisqu’ils sont normalement tenus d’équiper leurs cheminées de filtres électromagnétiques, mais que rien ne les y oblige en revanche. Sauf la loi. Et cette loi est bien loin de les inquiéter. Dès que vous arrivez aux abords de la cimenterie, les dégâts de la poussière attirent votre regard. S’il est vrai qu’un peu de pluie aurait atténué les choses, il faut se rappeler que cette même pluie n’aurait fait qu’accélérer l’infiltration du poison dans le sous-sol avec les conséquences que l’on suppose! La wilaya de Mascara ignore Zahana. Et Oran, pour des raisons de «compétences territoriales», est réduite à l’état de spectatrice. La belle vie continue pour les riverains, ils habitent un lieudit qui s’appelle «le jardin du pauvre», c’est dire combien la vie est rose dans cette plaine pâlotte et souffreteuse!
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)