Mascara - A la une

Quand sonne l'Heure...



Le Sila n'aura pas lieu cette année. Pour garder le lien entre écrivains, éditeurs et lecteurs, Liberté ouvre ses colonnes et leur donne la parole...Par : HABIB TENGOUR
ECRIVAIN
Certes, le Sila ne s'est pas tenu cette année ! Mais est-ce la seule chose qui ne s'est pas tenue chez nous '
Bien sûr, le Sila est un événement festif important, mais le Hirak que le gouvernement actuel est en train de museler, ne l'est-il pas ' Je m'interroge : qu'y a-t-il d'exceptionnel à ce qu'un salon soit annulé ou reporté par ces temps de Covid-19 ' Plusieurs manifestations d'importance ont subi et subissent le même sort de par le monde. Ce qui me désole davantage, ce sont les arrestations de plus en plus nombreuses de gens qui osent seulement exprimer leur refus d'un système qui ne cesse d'être antidémocratique et les mascarades de procès qu'on leur intente.
En tant que poète et écrivain, je me sens interpellé et je ne peux pas ne pas exprimer mon soutien à tous ceux qu'on emprisonne pour leur opinion politique. Je ne demande pas leur grâce, mais j'exige leur libération (sachant que le JE n'acquiert de force qu'en devenant NOUS).
Oui, c'est bien dommage que le Sila n'ait pas eu lieu, mais quel plaisir peut-on avoir à parler littérature dans un pays où le droit à la parole est bafoué '
La littérature n'est-elle pas justement la quête de cette parole de vérité ' Ce dire nécessaire dont on veut nous faire croire qu'on peut s'en dispenser. Il est des moments, et nous sommes en train d'en vivre un, où la nécessité du dire est indispensable.
Là est l'engagement de l'écrivain. N'est-ce pas la leçon laissée par Mohammed Dib dont c'est l'année du centenaire : "Creusant la nuit plus à fond / mais ne se décidant pas à dire / d'où elle parle, ni pour qui. // Et comment une même histoire / se charge d'insécurité. Mais / qu'importe alors de le dire. // Ou de non dire, de non dire." Le poète nous laisse face à une interrogation car la nuit tarde à se dissiper et notre histoire, objet de manipulations sordides, ne cesse de servir de prétexte.
Oui, le Sila n'a pas eu lieu, et c'est certainement dommage pour des éditeurs, des auteurs, des lecteurs, toutes sortes de gens que le livre concerne, mais un salon se reporte, ce n'est que partie remise. Ce qui ne se reporte pas, c'est l'Heure tant attendue, elle sonne pourtant, mais comme dit l'adage : "N'est pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre"...
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)