Mascara - A la une

On n'est jamais trop prudent



Alors qu'il s'est efforcé, sur une chaîne de télévision privée, de convaincre très maladroitement que la justice algérienne ne pouvait rien retenir ni contre lui ni contre aucun membre de sa famille, l'ancien ministre de l'Energie ne s'attendait sans doute pas que le nom de son épouse soit cité, une fois de plus, dans de nouvelles révélations dans le cadre des Panama Papers.L'on apprend ainsi que la femme de M. Khelil a été au c?ur d'une double transaction commerciale en tant que gérante de deux sociétés au profit d'un sulfureux homme d'affaires mêlé à l'affaire de corruption entre Sonatrach et l'entreprise italienne Saipem. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que de telles révélations ne manqueront pas de le placer, lui et son entourage, dans une situation pour le moins inconfortable. Elles risquent même de réduire à néant les prétentions politiques du concerné et autres ambitions personnelles qui auraient pu lui effleurer l'esprit à un moment donné.Rien d'étonnant que l'ancien ministre, prétendant à la baraka de quelques zaouïas conciliantes à l'égard du pouvoir et qui ont accepté de se prêter à cette mascarade, ait choisi la chaîne Ennahar, réputée proche du clan présidentiel, pour livrer ses confidences et dire «ses» vérités. Les citoyens qui ont suivi sa prestation, lundi dernier, ont remarqué qu'au-delà de cette volonté de blanchir la réputation de l'ancien ministre, souvent de manière maladroite, l'intention cachée des initiateurs d'une telle machination était sans doute de profiter de l'occasion pour dénoncer une conspiration venant d'autres cercles : le DRS, la «presse aux ordres», etc.On peut penser que si Chakib Khelil n'a pas osé franchir le Rubicon avec l'occasion qui lui a été «offerte» sur le plateau d'Ennahar, c'est peut-être pour ne pas aggraver la situation délicate dans laquelle il se trouve. Si l'impunité dont il jouit aujourd'hui le met à l'abri de la justice algérienne, ce n'est pas le cas pour les membres de sa famille. Comme viennent de le révéler les Panama Papers à propos de son épouse. Il reste cependant que de tels rebondissements ont donné sans doute à réfléchir et n'ont pas manqué de créer un mouvement de panique dans le sérail face à ce mouvement planétaire des «lanceurs d'alerte», à ces initiatives qui apparaissent çà et là pour révéler des scandales impliquant des banques, des Etats complices au détriment de la grande majorité des citoyens, de ces fameux 99% les moins nantis. Dans un pays comme l'Algérie où la corruption s'est érigée en forme de gouvernance, la crainte de quelques responsables véreux de voir leurs noms ou ceux de membres de leurs familles faire les unes des journaux ou le buzz sur internet les empêche certainement plus de dormir tranquillement.Face au risque que représentent ceux qui choisissent, par souci de moraliser les relations financières et dénoncer la corruption transnationale en transgressant bien souvent la «raison d'Etat», chez nous, on pense, au plus haut niveau, à se prémunir contre ce sursaut démocratique en verrouillant encore plus les espaces d'expression.Plus grave encore, en prenant des dispositions d'un autre âge s'inspirant de pratiques de régimes autocratiques. Comme cette convention judiciaire signée avec les Français qui va permettre d'alerter les autorités des procédures engagées contre des responsables algériens sur le territoire français, à l'instar de ce qu'a obtenu le palais royal marocain. Il est vrai qu'on n'est jamais trop prudent.


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