Mascara - A la une

Nasro Chergui empêché d'assister à la projection d'un film



Depuis des années, de nombreux artistes et acteurs culturels subissent la censure pour un film, un spectacle ou un livre, car l'?uvre est considérée comme dérangeante pour le système en place. Mais l'Algérie du XXIe siècle vient de vivre un événement aberrant et exclusif : l'artiste Nasro Chergui a été empêché d'assister à l'avant-première d'un film dans lequel il a joué avec son frère décédé, il y aune semaine.Cela s'est produit dimanche à Mascara, lors de la projection du long métrage Saliha de Mohamed Sahraoui au cinéma Essâada où, à la surprise générale, le jeune artiste Nasro Chergui s'est vu refuser l'accès par des policiers.
"Mon frère décédé, il y a quelques jours, a joué dans ce film et je devais y assister, entre autres, pour lui rendre hommage sur invitation des organisateurs", confie Nasro Chergui à Liberté. En arrivant sur place vers 15h50, en compagnie de son cousin et de Hadj Ghermoul, les policiers arrivent brusquement pour leur interdire l'accès. "Ils nous ont sommés de quitter les lieux. Stupéfait par cette réaction, je leur explique que j'étais là en tant qu'artiste et non pas en tant que hirakiste", a-t-il martelé.
Pour Nasro Chergui, cette situation était "surréaliste", car il n'aurait jamais cru que l'on "pouvait nous refuser l'accès à une salle de cinéma !". À ce propos, les policiers lui ont expliqué qu'il ne pouvait voir le film car "le wali est présent et nous ne voulons pas de grabuge", a-t-il raconté. Concernant ces explications, il a rétorqué à ses censeurs : "Je ne suis pas ici pour manifester ou faire de la politique, je n'ai nullement le c?ur à cela, je viens de perdre mon frère et je ne veux que lui rendre un modeste hommage."
En passant ce premier barrage de policiers, le comédien fait face à un autre groupe planté devant la porte d'entrée qui refuse catégoriquement de lui céder le passage. "Malgré l'insistance des organisateurs et de quelques personnes du public, les policiers se sont concertés entre eux, et ont maintenu leur position." Nasro Chergui réagit en réalisant un live sur Facebook (toujours disponible).
"Quand je filmais, ils se sont jetés sur moi et m'ont donné plusieurs coups. J'ai été blessé au cou", regrette-t-il. Nasro Chergui est conduit au commissariat où "il passera toute l'après-midi, et ce, jusqu'à la fin du film. Pourtant, j'ai insisté sur le fait que le wali ne m'intéressait pas, mais en vain. Alors que je ne désirais qu'une seule chose, assister à l'hommage".
Suite à cette mésaventure, cet artiste est emmené à l'hôpital pour une consultation, puis a été relâché. "J'ai été interpellé pour mon appartenance au Hirak. Avant d'être militant, je suis un artiste, un citoyen. Mais nous sommes considérés comme un danger pour la nation", insiste Nasro Chergui.
Tout en concluant à ce propos avec beaucoup d'amertume : "Quand je sors pour les marches du vendredi, j'assume toute responsabilité et risque de me faire embarquer. Mais que l'on m'arrête en allant voir un film ou une pièce théâtrale, cela dépasse tout entendement."
À rappeler que Nasro Chergui a été à maintes reprises appréhendé par les services de sécurité pour son implication dans le Hirak à Mascara.

Hana M.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)