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Les petits bonheurs du jeudi



Les petits bonheurs du jeudi
Son père ne savait plus «quoi faire de lui». Farid est l'unique garçon parmi ses quatre s'urs qui ont toutes fait de brillantes études et connu des réussites professionnelles à la hauteur des attentes de leurs parents.Il faut dire que ces derniers ont tout fait pour donner ce qui se fait de meilleur aux enfants. Couple de médecins, ils sont tous les deux issus de modestes familles rurales où rien n'était évident pour eux.Chacun de son côté, lui venu d'un hameau sétifien et elle d'une petite bourgade aux portes du désert, ils se sont connus à la fac, se sont aimés, se sont mariés et eurent des enfants.Beaucoup d'enfants pour un couple de médecins, mais il y a des choses qu'on n'explique pas. La vie n'est pas faite que de logique, sinon elle serait trop plate, trop ennuyeuse. N'allez surtout pas croire que les braves toubibs ont fait autant d'enfants parce qu'ils couraient après un garçon, venu après ses quatre s'urs, Farid est le deuxième de la progéniture.Il a été certes un peu gâté en raison de la sollicitude dont il était entouré de la part de ses s'urs et des grands-parents pour qui le principe de l'«héritier» n'a jamais été entamé, il faisait l'objet d'une attention spéciale en raison de son caractère difficile et de sa scolarité pas du tout brillante, mais il ne pouvait prétendre à aucun privilège par rapport à ses s'urs, encore moins se permettre d'être la petite terreur de la maison, comme il en existe beaucoup dans la même situation.Pour l'école, Farid a été laborieusement «comme un âne mort», pour reprendre la fameuse expression du terroir, jusqu'au collège, avant que ses parents ne se rendent à l'évidence : l'école, ce n'était pas pour lui et il faudra bien se résigner à envisager autre chose pour faire son chemin dans la vie.Après de multiples «interventions» pour qu'on lui permette de refaire l'année, des changements d'établissement aussi complaisants les uns que les autres, l'enseignement à distance, un centre de formation professionnelle et quelques stages de désespérés, ils ont fini par se résigner vraiment.A un moment, les braves parents avaient la certitude qu'il ne pourra rien faire mais ils lui ont quand même posé la question, quasiment par acquis de conscience : est-ce que tu veux faire quelque chose de particulier, qu'on ne t'a pas encore proposé jusque-lï Oui, je veux faire de la photo, avait répondu Farid, avec assurance, même si ça manquait d'enthousiasme.Sa mère s'est rappelé qu'elle avait un parent lointain, rédacteur en chef dans un journal public ? à l'époque, il n'y avait que ça ? et en fait part à son mari. S'il pouvait le prendre pour une «formation sur le tas», peut-être qu'il finira par réussir, si c'est vraiment ce qui le passionne.Farid s'est donc retrouvé dans un journal où il a été confié à un vieux routier de la photo de presse qui lui a rapidement appris les rudiments du métier, avant de l'envoyer sur le terrain avec un journaliste pour un premier reportage.Une sécheresse inquiétante sévissait à l'ouest du pays et le sujet portait sur ses conséquences sur les cultures et le bétail. Dans la plaine de Mascara, le journaliste fait signe au chauffeur de s'arrêter et demande à Farid d'aller faire quelques clichés d'un troupeau de moutons gardé par un jeune berger.Après quelques photos, Farid qui avait une conception toute «romantique» du métier, demande au berger de prendre un petit bélier dans ses bras pour le photographier.Le jeune berger s'y est plié volontiers et quelques minutes après, Farid avait rejoint la voiture pour continuer la route.Des dizaines de kilomètres après, le journaliste fait de nouveau arrêter la voiture et demande à Farid d'aller prendre d'autres photos sur la plaine.Ce dernier marchait vers un groupe de paysans à l'ombre d'un arbre quand il a vu son collègue l'interpeller avec insistance en courant derrière lui. Quand il lui avait demandé pourquoi il semblait si pressé et inquiet, le journaliste a eu cette réponse à l'endroit du jeune homme : «Comme il n'y a que des vaches ici, j'avais peur que tu demandes à l'un des hommes d'en soulever une pour que tu le prennes en photo» !Slimane Laouari


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