Les élections en Algérie ont toujours enfanté de déroutants paradoxes. Prenons ces dernières et ce qu'elles ont livré le jour du scrutin et surtout le jour d'après. Les réseaux sociaux étant malheureusement les seuls espaces où s'expriment librement les Algériens qui en éprouvent l'envie, on va s'en tenir donc, sans prétendre à l'exhaustivité, à ce qu'on pouvait y lire à l'occasion. Voyons le premier paradoxe, qui n'est pas le moindre. Il concerne ceux qui étaient politiquement avec les élections. Parmi eux, il y a ceux qui y croyaient par défaut et ont donc pris les choses avec quelque légèreté. Il y a ceux qui y voyaient un moindre mal et ne s'y sont donc pas personnellement impliqués. Il y a enfin ceux qui étaient « en plein dedans » mais ont été « opérationnellement » discrets. Tout ce beau monde a été très peu disert. On ne sait d'ailleurs pas pourquoi mais avec un petit effort, on peut le deviner. Faute de pouvoir, pour une raison ou une autre, appeler franchement au vote, ils ont essayé, tant bien que mal mais plutôt mal que bien, de contourner la situation. Ils ont dit que les Algériens sont libres de... voter, comme s'il y avait quelqu'un qui soutenait le contraire. Démocrates jusqu'au bout des ongles décidément, ils ont « concédé» que les partisans du boycott sont libres de ne pas voter. Mais tout le monde a compris la nature de leur générosité.Parce que, dans leur tête, tout est dans la phrase qui allait suivre : «À condition de ne pas empêcher les autres d'accomplir leur devoir électoral .» C'est d'une logique implacable même si elle peut s'exprimer autrement. Le lendemain, ils ont crié victoire avec moins de discrétion, ostentatoirement à des endroits. Pas difficile de comprendre pourquoi, cette fois aussi : l'orage est passé et le résultat est déjà là. Puis, il y a les autres. Il y a ceux à qui on ne la fait pas : une élection en Algérie est toujours une mascarade et ils ne se sont même pas cru obligés de faire un effort dans la formulation. Ceux-là ne manquent pas d'arguments dont le plus difficile à parer est que les « états jurisprudentiels » en la matière leur donnent largement raison. Mais voilà, deux faits au moins ont quelque peu tempéré leurs ardeurs, les poussant parfois jusqu'au doute. Le premier, incontournable et évident, est que dans quelques jours, le pays se retrouvera encore avec un ersatz d'Assemblée où, dans le « meilleur » des cas, les islamistes ne seront pas majoritaires. Et ça, ça ne laisse pas de glace, quoi qu'on dise. Le second, consubstantiel au premier, est qu'il n'y a pas, du moins dans l'immédiat, d'autre offre politique. Ils n'y sont pas pour grand-chose mais, là aussi, on en est aux faits... accomplis.
S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com