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Le grand œuvre algérien aux pays du Levant (3e partie et fin)



Le grand œuvre algérien aux pays du Levant (3e partie et fin)
Les frères et enfants de l'Emir dans sa continuitéL'Emir n'était pas seul dans son exil et dans son combat. Outre de nombreux compagnons, fidèles et sincères, il y avait ses frères qui l'épaulaient et qui lui rendaient si bien la confiance qu'il mettait en eux. Les trois, Saà'd, Mustapha et Ahmed, de grands érudits en sciences religieuses, ont également combattu, à ses côtés, le colonialisme français en Algérie, l'ont accompagné à Amboise – eux aussi se trouvaient parmi les prisonniers –, l'ont suivi à Brousse, et enfin à Damas où ils ont terminé leur mission dans la pureté des sentiments et dans le travail d'ascète, toujours disponibles pour faire du bien et sauvegarder la valeur humaine. Ils ont laissé des œuvres qui traduisent leur bonté et leur capacité dans la production littéraire.Dans le cadre de leurs contacts, ils privilégiaient plutôt les rencontres avec les jurisconsultes et autres érudits, dans plusieurs domaines, que des rapports mondains imprégnés d'affairisme et d'avantages lucratifs. Pour cela, ils ouvraient leurs maisons de Damas et de Beyrouth pour organiser des conférences et réunir le maximum de savants autour de sujets divers, en tout cas autour de sujets qui alimentaient l'esprit et créaient cette confrontation d'idées et de projets. Dans leurs «Salons» – dans le sens de rencontres et de colloques – on remarquait souvent la présence des Mahmoud El Hamzaoui, grand mufti de Damas en l'an 1888, Mohamed Ali El Kilani, patron de la confrérie El Qadiriya, Cheikh Badr Eddine – nous l'avons cité auparavant dans le cadre de «Dar el Hadith» –, Mustapha Touhami, imam du rite malékite, Cheikh Abderrezak El Bitar, Cheikh Mohamed El Khani et une autre pléiade de savants, d'origine algérienne.Cependant, pour ce qui est des enfants de l'Emir Abdelkader, je vais parcourir rapidement leur apport dans la lutte du monde arabe, et de notre pays, bien entendu. Mais avant cela, il est opportun de rappeler qu'à l'annonce de la mort de l'Emir, les Ottomans et les Français se sont livrés une bataille, chacun de son côté, pour soudoyer l'alliance de sa famille qui leur garantirait l'adhésion des Algériens et leur soutien à leur «politique» au Moyen-Orient. Pour cela, la Sublime Porte a donné des instructions strictes en 1884 à ses représentants, notamment à son gouverneur de Damas, Hamdi Pacha, lui demandant «d'agir très vite pour éloigner définitivement des Français la famille de l'Emir».Ainsi, à travers cette aventure, menée par les Ottomans et les Français – chacun dans son camp –, d'aucuns croyaient que l'honorable famille de l'Emir, par le biais de ses propres enfants, allait perdre sa notoriété et sa dignité, en capitulant et en entraînant l'ensemble des Algériens vers des horizons peut-être non cléments. Néanmoins, l'Histoire qui est fidèle dans la transmission des événements nous a appris que ces «adhésions» à la politique des uns et des autres ont été simplement des détours pour éviter des répercussions graves sur la communauté algérienne dans les «Vilayet» de l'Empire, et principalement en Syrie où le nombre d'Algériens se faisait de plus en plus important, par une émigration insistante. Nonobstant cet aspect politique, mais non moins important dans la vie de notre communauté algérienne en Syrie, principalement, la famille de l'Emir a su tirer son épingle du jeu..., et rester digne et saine. L'Emir Mohamed, l'aîné, a été très concret pendant toute sa vie. Cultivé, adepte de la rationalité, perspicace et clairvoyant à travers ses actions, il a été d'un grand soutien à son père, pendant toute la période où il l'a accompagné. D'abord, il l'a suivi partout, dans les champs de bataille en Algérie, dans sa détention en France, dans son exil en Syrie. Ensuite, après sa mort, il a été le chef de famille, remplaçant son père dans cette mission qui n'était pas si simple.L'Emir Mohamed a été aussi bien connu par les littérateurs que par les autres scientifiques, parce qu'il a rédigé lui-même, sous la conduite de son père, Touhfet ez-zaà'r fi maathiri el Amir Abdelkader oua akhbar el Djazaà'r, un ouvrage remarquable, une sorte d'encyclopédie, décrivant des réalités sur la guerre et des événements politiques et historiques. Il a rédigé également un autre ouvrage sur les chevaux arabes, Iqd el adjiad fi es-çafinet el djiad, un ouvrage volumineux et particulièrement intéressant sur la connaissance du cheval, les origines, les races, le dressage, l'équitologie”? L'Emir Mohamed a d'autres ouvrages, mais la famille n'a pu les recueillir et les recenser, faute de relations peut-être après le décès de ce dernier 'L'Emir Mohieddine, lui aussi, est né dans son pays, en Algérie. Il a vu le jour dans les opulentes plaines du Sersou, à Tagdemt, une cité antique qui renaît de l'oubli pendant le règne des Rostémides sous le nom de Tihert-La-Neuve, pour disparaître de nouveau, et refaire surface avec la résidence de l'Emir Abdelkader sous son nom originel.Une fois à Damas, après Amboise et Brousse, en Turquie, le jeune Emir a eu la chance de connaître les meilleurs précepteurs parmi les érudits et les savants algériens qui foisonnaient en Syrie. Son penchant vers la poésie a fait de lui un bon versificateur et un excellent homme de lettres. En 1869, il commençait à réfléchir sérieusement pour rentrer chez lui, en Algérie, et entamer une révolution contre les Français qui occupaient déjà presque l'ensemble du territoire. Au cours d'une réunion avec son éminent professeur Cheikh Tahar El Djazaà'ri et d'autres personnalités ottomanes, il leur a fait état de ce projet qui le taraudait depuis sa prime jeunesse.Les représentants de la Sublime Porte ne voyaient pas d'inconvénients, bien au contraire, confirment certains historiens, ils approuvaient cette tentative de mener une révolte contre les Français, en Algérie. Passons sur les nombreuses péripéties qu'il a vécues et disons qu'il est rentré dans le territoire algérien en 1871, qu'il a été accueilli, dans la région du Souf, par le combattant bien connu des Beni Laghouat et de tous les révolutionnaires algériens, Nacer Ben Chohra, qu'il venait de Libye, et qu'il a combattu pendant un bon moment dans la région de Tébessa. D'ailleurs, l'Histoire des Français – si elle est bien écrite – racontera certainement leurs défaites, malgré leur matériel de guerre impressionnant et leurs effectifs imposants. Elle racontera leurs débâcles à Chréa, au début de l'année 1871, à Oued Lehmayma et à Meskiana. Elle racontera que les Français, ayant subi de lourdes pertes et voyant le pays s'embraser, par l'amorce de cette insurrection de 1871, et après avoir intercepté des directives envoyées par l'Emir Mohieddine, demandant à tous les Algériens de se soulever sur l'ensemble du territoire national, ont envoyé au père, l'Emir Abdelkader, une lettre de protestation par le biais du ministre de la Justice de l'époque.Enfin, cette insurrection a été interrompue dès lors que l'ennemi augmentait ses effectifs, redoublait de sauvagerie, et que le mouvement ne trouvait pas tellement de soutien à l'intérieur du pays. L'Emir Abdelkader a également conseillé à son fils de retourner à Damas, non sans lui recommander de faire très attention pour ne pas tomber entre les mains des Français. Cette demande de cesser toutes hostilités contre les Français, comme l'expliquait le Dr Yahia Bouaziz, dans L'insurrection de 1871, ne devait pas être admise autrement que dans le sens que lui donnait l'Emir. Il fallait comprendre, tout simplement, que cette entreprise n'était pas programmée, parce que les conditions n'étaient pas encore réunies et que l'Émir Abdelkader n'a pas mandaté son fils pour cette mission, même s'il brûlait d'envie de déloger les colonialistes de son pays. Le Dr Bouaziz affirme également que lorsque l'Emir Mohieddine est rentré en son pays, en Algérie, ses contacts avec El Mokrani, par le biais des correspondances et des émissaires, ont imprégné ce dernier de plus de confiance pour élargir son champ d'action et s'étendre à d'autres régions du pays.Je continue sur les enfants de l'Emir Abdelkader.L'Emir Ali, l'autre fils, a eu aussi son parcours, honorable, plus encore, extraordinaire. Il a été nommé «pacha» par les Ottomans, de même qu'il a été vice-président du Parlement de leur Empire. Cela ne devait éblouir ni le récipiendaire ni les émigrés algériens, parce qu'en même temps que l'Emir Ali ou le «pacha Ali», menait la guerre contre les Italiens en Libye en 1911, bien avant celle de Omar El Mokhtar, et qu'il contenait les querelles entre les Druzes et les Houranais – les tribus du sud de la Syrie –, les Ottomans se délaissaient de la Libye au profit des Italiens et échafaudaient des zizanies et des désordres secrètement. Cette démarche qui ne pouvait se donner un caractère de sérieux a mené les Ottomans jusqu'à exiler l'Emir Ali, leur pacha, en 1915, et exécuter son frère l'Emir Omar Ibn Abdelkader par pendaison, avec quelques-uns de ses compagnons, pour leur activité au sein du «Mouvement nationaliste arabe». De même qu'ils ont manifesté des conduites répugnantes et regrettables à l'encontre de Cheikh Tahar El Djazaà'ri, créateur du «Mouvement scientifique moderne» en Syrie tout en le traquant indéfiniment. Les deux autres Emirs, Abdelmalek et El Hachemi, qui ont pris parti pour les Français, ont démontré sur le terrain de la réalité ce que leur alliance ou leur inféodation, selon certains, leur a permis de concrétiser au profit de la lutte du peuple algérien qui, du reste, ne s'est jamais arrêté de combattre.L'Emir Abdelmalek, l'ex-général de l'armée ottomane, est parti au Maroc pour préparer la révolte contre les Français, «ses soi-disant alliés», tout en proclamant l'indépendance de Fès et en s'installant sur son trène. Ainsi, Abdelmalek, que les Français ont nommé au grade de commandant du Tabor chérifien de Tanger, quittait cette ville pour la «Zone espagnole» et prêchait le «djihad» dans le Rif, en prenant comme adjoint Abdelkrim El Khettabi... l'Emir Abdelmalek est tombé au cours d'une bataille contre les Français, au mois d'août 1924, au lieu-dit Al Azib Al Midar, près de Tétouan, au Maroc.Quant à l'Emir El Hachemi, il s'est dirigé vers son pays l'Algérie et s'est installé à Bou-Saâda, accompagné de ses enfants dont l'Emir Khaled qui allait placer les jalons du mouvement national algérien. L'Emir EI Hachemi a suivi la recommandation de son père : «Si tu dois retourner au cher pays natal, je te conseille de te diriger sur Bou-Saâda où je conserve encore de fidèles amis, parmi les Chérif et les Bisker.»Et c'est probablement à cette époque, pendant la création de l'Etoile nord-africaine (ENA), que Salah Chouikh, dit Ghandi, faisait la connaissance de l'initiateur de sa création l'Emir Khaled(20).Oui, l'Emir Khaled, afin de ne pas corrompre l'Histoire, a été bel et bien le fondateur de l'ENA. L'historien Benjamin Stora l'affirme dans ses écrits, en reprenant Ferhat Abbès et Mohamed Lebdjaoui, et Jacques Berque le confirme en expliquant dans l'Islam et la révolution algérienne par Ahmed Ben Bella, que : «C'est le propre petit-fils de l'Emir Abdelkader, l'Emir Khaled, qui initie cette nouvelle voie en devenant président de ''l'Étoile nord-africaine , mouvement politique créé en 1926 et regroupant des dirigeants maghrébins. Messali, lui, succédera peu après.» Quant à l'Emir Saà'd, le cousin de l'Emir Khaled et fils de l'Emir Ali, il a eu un grand cheminement politique en Syrie et en Palestine. Voyons uniquement, pour l'économie du texte, son action en Syrie. L'Emir Saà'd a été très respecté par les Syriens car c'était lui qui a annoncé le «Premier gouvernement arabe indépendant» en 1918, après le départ des Ottomans(21).Plus tard, en 1920, quand les Français ont investi la Syrie et enlevé le roi Fayçal, l'Emir Saà'd, cet homme incontournable, a été sollicité par ces derniers, les nouveaux maîtres, en tant que personnage emblématique, celui qui a hissé le drapeau arabe et formé le premier gouvernement de la Syrie indépendante, pour s'asseoir sur le trène de ce pays, en tant que roi, à la place de «l'importun Fayçal». Les Allemands lui ont proposé également d'être le roi de la Cisjordanie, en remplacement de la famille de Hussein Ibn Ali, le Chérif de La Mecque.Mais son refus n'a pas été sans élégance, lui qui savait manier les expressions politico-diplomatiques et surfer sur les détails qui font de grandes choses. «Je suis très honoré par votre proposition et je ne l'accepterai pour régenter ce pays que j'aime tant et que j'ai eu l'insigne honneur de diriger, pour une courte période, en 1918, après le départ de nos frères ottomans, qu'à condition d'être le roi également de mon pays, l'Algérie, cette terre que feu mon père l'Emir a tant défendue pour recouvrer sa souveraineté”?. Voyez-vous, il serait impossible pour moi d'accepter une responsabilité sans l'autre, tant la Syrie et l'Algérie sont complémentaires dans leurs ambitions vers la paix, le progrès et l'amitié entre les peuples.» Après ces conditions, impossibles, irrecevables, c'est-à-dire après ce refus de l'Emir Saà'd, quelle a été la réaction des Français ' Néfaste à l'égard de tous les Algériens. Ils ont utilisé tous les moyens de rétorsion, et les Algériens devenaient un autre «problème» qui a resurgi après 1847.Son frère, l'Emir Abdelkader, dit Abdou, ennemi juré de Lawrence d'Arabie et à qui il lançait, dans la langue de Shakespeare, au cours d'une entrevue houleuse, en présence de hauts responsables et grands notables, «...nos ancêtres et nos proches parents ont combattu le colonialisme en Algérie et l'ont refusé, et ce n'est pas nous qui allons l'accepter ici, dans ce pays frère», a démontré ses capacités d'organisation et de lutte en Palestine, à Hourane, à Djabel El'Arab et au Hedjaz, tout en déployant d'énormes efforts contre le plan diabolique qui se tramait par les sionistes contre la nation arabe. D'ailleurs la famille El Hassani El Djazaà'ri et l'ensemble des Algériens du Shâm n'ont pas tardé à connaître le résultat de ce bras de fer entre les deux hommes, l'Emir Abdou et Lawrence d'Arabie, connu par cette même famille comme étant l'espion des Anglais.Et un matin, le 5 octobre 1918, la nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, au sein d'une population en émoi. L'Emir Abdou a été assassiné”?, répétaient tous ceux qui l'ont adopté et aimé ! Attiré dans un guet-apens, la veille, par des officiers supérieurs anglais qui le demandaient soi-disant au quartier général d'Allenby, il a été lâchement exécuté, sans sommation, par des soldats embusqués dans le quartier des «mouhadjirine».En effet, il a été assassiné «parce qu'il était très fidèle et courageux en même temps, en dévoilant le complot contre la nation arabe et en débusquant les fomenteurs de troubles parmi les officiers supérieurs anglais et à leur tête Lawrence qui, en réalisant qu'il a été découvert par l'Emir Abdou, a tenté de l'éliminer, en plein jour, dans le quartier «d'El Yormouk» ' L'Emir Abdou a tout fait pour le découvrir en pleine exécution de nationalistes et, en effet, il a été témoin d'un jeu de massacre où de nombreux prisonniers arabes ont été exécutés par lui-même”?, par ce fameux Lawrence à qui on a attribué le pseudonyme «d'Arabie»(22). Quelle inconscience de notre part ! semblait dire El Amira Badi'a”'l'Emir Azzeddine, ancien élève au Collège de garçons de la «Mission laà'que française» de Beyrouth et étudiant en médecine à l'Université de Damas, n'a pas mis beaucoup de temps pour choisir son camp, au cours de cette période du protectorat, que les Français ont imposé à la Syrie et au Liban. Ce jeune homme, marqué par la culture française, par son Histoire, a vite déchanté quand il s'est aperçu, une fois adulte, que tout ce qu'il a appris en classe cachait une somme de contradictions qui confirmaient le système impérieux et tyrannique de la France, ses ambitions expansionnistes et son insensibilité vis-à-vis des autres peuples. Sa solide formation islamique et nationaliste lui a permis d'établir la différence entre les deux cultures et connaître la vérité sur l'ensemble de la situation afin de mieux l'appréhender.Sa mère, la fille de l'Emir Abdelkader, a vite compris sa résolution d'intégrer le djihad. Alors, elle commande à son aîné, l'Emir Mohamed, de lui écrire une lettre en réponse à la sienne : «... Dis-lui encore que le sacrifice pour la patrie est un devoir auquel nous devons tous obéir. Pour cela, je mets à sa disposition notre domaine pour qu'il devienne le point de départ de la grande révolution. Dis-lui qu'il soit certain qu'il deviendra un centre de ravitaillement, un hôpital pour nos combattants blessés et un abri où il y aura tout ce dont a besoin la révolution.»L'Emir Azzeddine a rejoint les combattants, en cette année de 1925. Sa participation a commencé de ce domaine, «Haouch Blass»(23), bien connu dans l'Histoire de la Syrie. Je ne vais pas parler des batailles qu'il a menées sur le terrain, contre un ennemi, plusieurs fois supérieur en hommes et en matériel. Je ne vais pas également raconter, dans les détails, cette incursion du mois de juin 1925 dans Damas, à la tête d'un commando de 400 combattants.El Amira Badi'a l'a si bien racontée dans son livre. En voici un extrait : «En effet, les armes crépitaient de partout, les soldats français tombaient comme des pantins désarticulés, d'autres courraient éperdument, ils étaient surpris par la rapidité de l'attaque, ils étaient décontenancés, désemparés. Les cadavres jonchaient le sol. Les rues de Damas étaient prises sous le feu des combattants que l'ennemi ne pouvait contenir.» Mais je vais dire simplement qu'il a été le meilleur, le plus courageux certainement, dans cette épopée, jusqu'à ce qu'il tombe au champ d'honneur comme des milliers d'autres chouhada. Je vais seulement affirmer, selon des écrits qui le concernent, que son registre est trop plein de bravoure et d'actions exceptionnelles qui mérite aujourd'hui, non pas un simple documentaire, mais un film monumental à l'image de ces grands héros de l'Histoire. D'ailleurs, plusieurs livres ont été publiés pour restituer son patriotisme, son dévouement et son martyre dont le plus important, El Amir Azzeddine El Djazaà'ri, un ouvrage édité par le Congrès syrien en 1928. Oui, l'Emir Azzeddine est tombé au champ d'honneur, le 19 mai de l'année 1927, avec sept de ses compagnons, tout près de la localité de Aà'n es-Saà'b, après avoir livré une ultime bataille héroà'que. Au cours de cet accrochage, il y a eu des chars, des pachydermes hideux, qui pilonnaient les positions de l'Emir, il y a eu des avions, des monstres volants, qui déversaient leurs bombes, il y a eu l'infanterie en quantités impressionnantes qui envahissait la colline”?, il y a eu aussi cette haine implacable de l'Arabe, et de l'Algérien en particulier. Et là , les 90 combattants redoutables, et surtout fidèles, dont une quarantaine d'Algériens, sous le commandement de l'Emir Azzeddine, ont dû montrer ce dont ils étaient capables.Ahmed El Djazaà'ri, un compagnon de l'Emir, se trouvait avec lui ce jour-là , en plein accrochage. Il témoigne. Il dit l'avoir entendu crier, chaque fois qu'il faisait feu après la mise en joue d'un soldat ennemi : «Vive l'Algérie ! Vive la Syrie ! Dieu, permettez-nous la victoire ou la mort en martyrs !»Le courage et la fidélité de l'Emir Azzeddine sont deux vertus qui lui ont valu le respect de toute la Syrie et, «bizarrement», celui de la France, qui a été transmis à la famille en une cérémonie officielle par le général Collet. Il disait en substance, se tenant au garde-à-vous, devant la dépouille mortelle de «l'Emir-ennemi» ou «adversaire légal», c'est selon, pendant qu'un détachement de l'armée française lui rendait les honneurs : «La France respecte les héros, et l'Emir Azzeddine a démontré sur le terrain des opérations qu'il était un véritable héros. Franchement, il nous a combattus avec une telle vaillance et une telle loyauté qu'il nous a étonnés.» Et ensuite, se retournant vers son cousin, l'Emir Djaâfer, il lui dit : «Croyez-moi, je souhaite mourir comme est mort votre cousin !» En tout cas, l'Emir Azzeddine, petit-fils de l'Emir Abdelkader, n'a fait que son devoir, selon son éducation, sa culture et ses principes. Dieu, Tout-Puissant, saura le récompenser à l'heure du Jugement, en l'inscrivant parmi Ses valeureux héritiers de Son Vaste Paradis.C'est dans cette adversité que les Syriens respectaient énormément les Algériens pour leurs positions, et aussi parce qu'ils étaient bien intégrés et faisaient partie de ce grand peuple qui combattait toute présence étrangère en ses territoires. C'est ainsi, également, qu'un membre de la grande famille de l'Emir, Mohamed Tedj Ed-Dine El Hassani El Djazaà'ri, sera président de la République syrienne, du 16 septembre 1941 au 17 janvier 1943, même si l'Histoire ne lui accorde aucun crédit parce qu'il a été un personnage effacé, disait-on.En tout cas, il est resté plus longtemps que de nombreux chefs d'Etat syriens qui changeaient fréquemment, sous la pression de coups”? d'Etat. Ce respect des Syriens allait aussi vers d'autres Algériens, qui ont été choisis pour assumer des charges de ministres dans les différents gouvernements qui se sont succédé, tels les Mohamed El Moubarek, Esaâd El'Arabi Derqaoui et plus tard, à partir de 1970, Abderrahmane Khelifaoui qui a été ministre de l'Intérieur et deux fois Premier ministre, ainsi qu'une multitude de hauts cadres qui ont occupé des missions de gouverneurs, d'ambassadeurs, de recteurs d'université et de directeurs généraux d'importantes entreprises. Ceux-là n'ont-ils pas brillé par leur charisme et leur sérieux dans l'accomplissement de leur tâche 'Après toutes ces informations, quelle lecture pourrai-je donner, très schématiquement ' Cela veut dire, en termes clairs, concernant le patriotisme des Algériens, que toutes les manipulations, ottomanes et françaises, ne pouvaient «déteindre» sur eux”?, qu'ils aient été princes ou simples citoyens. Cela démontre aussi cet esprit nationaliste qui les animait tous et qui les rapprochait de leur pays malgré la distance qui les séparait.Les tentatives de dépersonnalisation des Algériens n'ont pas vu de répit et l'émigration de ces derniers vers la Syrie ne s'était pas atténuée. Bien au contraire, peu avant la mort de l'Emir Abdelkader et après, elle a pris d'autres proportions pour se cristalliser beaucoup plus sur le territoire syrien, à Damas principalement, mais également à Alep, Lattaquié, Homs et Hama et dans les autres provinces de la Palestine. Celle de 1911, d'où le gros des effectifs venait de Tlemcen, a été très ressentie par les Français qui comprenaient la mobilisation visible, réelle et concrète de tout le peuple algérien autour de son problème”? colonial, même au moyen de cette difficile expatriation.Je ne terminerai pas cette contribution sans dire qu'en ce qui concerne le domaine de la culture – tellement vaste –, je publierai prochainement des pages, plus documentées, plus fortes, comme l'a été leur participation effective et concrète à la renaissance du Moyen-Orient.K. B.Notes20- Ali Mahsas Le mouvement révolutionnaire en Algérie p.54.21- L'Emir Saà'd El Hassani El Djazaà'ri, fils d'Ali, fils d'Abdelkader, est mort à Alger en 1970. Il est enterré à Sidi Kada (Mascara) selon ses recommandations, dans la région du lieu de naissance de ses ancêtres.22- Des questions que se posait El Amira Badi'a El Djazaà'ria dans son livre op. cit. page 351.23- Haouch Blass ' Ce domaine a été acheté par la famille El Hassani El Djazaà'ri (famille de l'Emir Abdelkader) et une maison a été construite sur l'emplacement du château du roi ghassanide du nom de Blass.
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