Souvent le hasard ou la destinée veulent
que les prénoms choisis par les parents à la naissance de leurs progénitures
reflètent le comportement futur de ces prénommés. Aussi le prénom arabe de
Tayeb peut se traduire en français: pour rendre agréable, embaumer, parfumer,
aromatiser, calmer ou apaiser l'esprit de quelqu'un...
Ces
qualificatifs résument parfaitement la vie de celui qui fut un patriote dès son
jeune âge et un juriste hors pair, en l'occurrence le Bâtonnier Tayeb Nimour,
décédé le vendredi 25/12/09 à Oran à l'âge de 79 ans enterré le 26/12/09 dans
son village natal Ouizert, à 30 km au sud de Mascara.
Fils d'un père fonctionnaire, Tayeb Nimour vécut dans plusieurs
villes de l'Oranie au gré des mutations de ce père. C'est ainsi qu'il passa sa
première enfance à Saïda, Mascara et son adolescence à Oran où il acheva ses
études secondaires.
Dès
la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, il habite Oran et poursuit son
cursus scolaire, d'abord au Collège Ardaillon (Lycée Ibn Badis actuellement)
puis au Lycée Lamoricière (actuellement Lycée Pasteur). En marge de ses études,
il côtoie le scoutisme, et suit les cours de la Médersa d'Oran El-Falah, de
l'Association des Oulamas Algériens, dans laquelle un esprit nouveau de
renaissance et de libération de l'individu se fait jour. Les jeunes de cette
époque sont «happés» par la politique car la fin de la guerre (39-45) sur la
nazisme et le fascisme a transformé les mentalités et poussé les peuples à
secouer le joug colonialiste et à aspirer à la liberté pour laquelle certains
des aînés y ont contribué, pour sa sauvegarde sur les champs de batailles
d'Europe.
A
la fin de ses études secondaires, il part dès le début des années 50 s'inscrire
à la faculté de Droit de Dijon (France). Au déclenchement de la Révolution du
1er Novembre 1954, il débutait sur place son stage d'avocat tout en s'insérant
dans les premières cellules FLN en France.
En
1958, sur instructions de l'Organisation du FLN de France et pour éviter une
arrestation certaine, il rejoint le Maroc où, tout en exerçant à Casablanca sa
profession, milite au sein du Département de l'information et de la propagande
du G.P.R.A. Il participe régulièrement aux colloques internationaux sur la
question algérienne alors en vogue à cette époque.
Dans le livre: «Avocats sans frontières» de l'avocat belge Me
Serge Moureaux, préfacé par Maître Ali Haroun, ancien ministre, et édité par
les éditions Casbah en 2000 à Alger, Tayeb Nimour figure, à côté des Mtres
Bedjaoui et Bendi Mered dans la délégation algérienne à un colloque
international tenu à Bruxelles en 1960 pour organiser la défense des patriotes
algériens détenus en France ou ailleurs, et ce, en présence d'avocats venus de
France, de Belgique, d'Italie, du Maroc, du Royaume-Uni et de Suisse. Il
participera également à des colloques de juristes à Budapest (Hongrie) et en
Chine pour le triomphe de la cause de l'Algérie en guerre.
A
l'indépendance de l'Algérie en 1962, il est nommé Chef de Cabinet du 1er
ministre de la Jeunesse et des Sports qui n'est autre que l'actuel président de
la République Mr Abdelaziz Bouteflika. En 1964, à l'occasion d'un remaniement
ministériel, il quitte la fonction publique, reprend sa profession de toujours
qui est aussi sa vocation première, et s'inscrit au Barreau d'Oran. Grâce à ses
compétences juridiques avérées et à son entregent, il est élu par ses pairs
dans les années 1970 pour un mandat de 6 ans Bâtonnier Régional d'Oran puis
Bâtonnier National.
Tayeb Nimour est un intellectuel algérien de grande culture, qui,
lors des discussions ou interventions, donnait des avis et points de vue d'une
haute tenue philosophique et de sagesse. C'était un humaniste à l'image des
anciens.
C'est ainsi qu'il fut membre du G.R.I.C. (Groupe de Réflexion
Islam Chrétienté) pour promouvoir le dialogue des cultures et le triomphe des
idées d'amour, de solidarité entre les hommes.
Rigoureux dans son travail d'avocat comme dans son comportement
quotidien, Tayeb Nimour, comme son prénom, était un juste dans le sens noble du
terme. C'est une espèce humaine en voie de disparition.
C'est son rayonnement d'humaniste qui fait que lors de son
enterrement, la présence de Mgr Teissier ex-archevêque d'Alger et d'autres
prêtres à côté de ses nombreux amis de plusieurs wilayas de l'Oranie.
Tayeb est mort mais son esprit de tolérance et d'amour des autres
restera à jamais au sein de ses amis comme il le restera dans la mémoire des
avocats qui l'ont côtoyé ou connu.
Avec sa disparition, quoique prématurément, Tayeb, au prénom
prédestiné, a contribué à la libération de l'Algérie sans en faire état et sans
gloriole pour en tirer un quelconque privilège. Il est mort dans l'anonymat du
Pouvoir et c'est son grand mérite car l'Histoire jugera les uns et les autres.
Adieu cher ami et confrère, tu as été un précurseur dans ton
entourage pour les idées humanistes, fraternelles, et un rassembleur car tu
étais généreux, ayant toujours eu en esprit dans ta conduite, la défense de la
veuve et de l'orphelin la devise de ta profession.
*Avocat à Oran
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Rahal Redouane *
Source : www.lequotidien-oran.com