2e partie
Cheikh Mohieddine déclina l'offre en raison de son âge avancé et devant l'insistance des chouyoukh et savants de la région, proposa son fils Abdelkader en disant : « Mon fils Abdelkader est un jeune homme pieux, intelligent, capable de régler les litiges et un cavalier émérite bien qu'ayant grandi dans le culte et la dévotion à son Seigneur. Ne pensez surtout pas que je vous le propose pour me remplacer car étant une partie de moi-même, je ne peux souhaiter pour lui ce que je rejette pour moi-même. Mais j'ai choisi le moindre mal lorsque j'ai réalisé à quel point vous aviez raison, tout en étant convaincu qu'il sera plus indiqué que moi pour accomplir ce que vous m'aviez demandé... Je vous fais donc don de lui... » Cette proposition fut accueillie favorablement à l'unanimité et le 27 novembre 1832, les chefs de tribu et les ulémas se réunirent dans la plaine de Ghriss, près de Mascara pour exprimer leur premier plébiscite à Abdelkader sous l'arbre de Dardara au cours duquel il reçut le titre de Nacer eddine (le protecteur de la religion), suivi d'un deuxième plébiscite général le 4 février 1833. Dans de telles conditions, l'Emir prit en charge la lourde responsabilité de la guerre sainte, de défense de la population et de la terre d'Islam alors qu'il était en pleine jeunesse. Cette période fut marquée par des victoires militaires et politiques qui contraignirent l'ennemi français à hésiter dans l'application de sa politique expansionniste devant la résistance acharnée qu'il rencontra à l'Ouest, au Centre et à l'Est. L'Emir Abdelkader avait réalisé dès le départ que la confrontation ne pouvait avoir lieu qu'avec la création d'une armée institutionnelle régulière prise en charge par l'Etat. A cet effet, il publia un communiqué en son nom à la population dans lequel il insistait sur la nécessité de mobiliser les troupes et organiser les effectifs dans tout le pays. Les tribus de la région Ouest et du Centre répondirent à son appel et se rassemblèrent autour de lui prêts à lui obéir. Il constitua une armée institutionnelle qui s'adapta rapidement aux conditions qui prévalaient et put ainsi remporter plusieurs victoires militaires, dont la plus importante fut la bataille de Maktâa qui avait valu au Général Trezel et au gouverneur général d'Orléans d'être relevés de leurs fonctions. Sur le plan politique, il arracha à l'ennemi la reconnaissance de son autorité et l'obligea à traiter avec lui en position de souveraineté. Cela ressort des deux traités, celui de Desmichels conclu le 26 février 1834 et celui de la Tafna le 30 mai 1837. Toutefois, le changement intervenu dans le rapport de forces sur les plans interne et régional a eu des conséquences négatives sur le cours de la résistance de l'Emir. Il n'était pas seulement contraint de lutter contre les Français mais de se préoccuper également de ceux qui avaient une vision à court terme. Les drames se succédèrent notamment après que les Français eurent adopté la politique de la terre brûlée telle qu'elle ressort de l'expression du gouverneur général, le Maréchal Bugeaud : « Vous ne labourerez pas la terre et si vous la labourez, vous ne sèmerez pas et si vous semez, vous ne récolterez pas... »
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Horizons
Source : www.horizons-dz.com