Mascara - Revue de Presse

Evocation



Kaddour Bousselham, douze ans déjà Dans la nuit du 29 au 30 octobre 1994, Kaddour Bousselham, correspondant du quotidien national du soir, Horizon, après avoir longtemps travaillé pour El-Moudjahid, a été enlevé par un groupe terroriste du GIA à Hacine dans la wilaya de Mascara, il était père de six enfants qui ne le reverront plus. La famille vivait alors dans des conditions déplorables, logée sous une tente comme les 10.000 autres sinistrés à la suite du fort séisme qui avait frappé la région le mois d’août précédent (5,7 de magnitude, 172 morts, près de 300 blessés). Dans cette contrée de Hacine entourée de ses monts pelés et argileux où les chemins serpentent à l’assaut du ciel à ne plus en finir, Kaddour avait fait, lui, son propre chemin, à la force des bras en s’accrochant comme seuls les enfants braves du pays profond savent le faire. Autodidacte, après des années de labeur, vivotant à Alger, dormant souvent dans les locaux du journal où il travaillait, il a fini par se faire un nom avant de regagner sa petite ville natale qu’il quittera à jamais dans cette soirée pluvieuse et froide de ce dernier samedi d’octobre de l’année du séisme de Mascara.Cette nuit-là, quatre terroristes se sont présentés à sa porte et l’ont appelé par son nom. Kaddour a-t-il compris que son heure était arrivée ? Depuis la fatidique matinée de mai 1993 qui a ravi à l’Algérie le regretté Tahar Djaout, les journalistes et travailleurs de la presse et des médias de manière générale sont la cible de l’ensemble des organisations islamistes criminelles qui sévissaient à l’époque, du GIA à l’AIS, en passant par le FIDA. Il refusa de les suivre malgré leurs tentatives de le rassurer en lui disant qu’ils avaient besoin de lui juste pour un petit moment. Il est alors braqué de leurs armes, saisi de force et ligoté avant d’être jeté dans une voiture. Plus tard, des révélations de certains «repentis» permettront de savoir qu’il a été emmené dans la forêt de Fergoug avant d’être transféré dans le mont Stamboul, plus au sud de Mascara, avant d’être assassiné dans des conditions dont seuls des monstres pouvaient en être capables. Les mêmes révélations ont montré que ce rapt et ce crime gratuit avaient été commandités par Slimani Habib alias Abou Naïm, qui sera abattu avec six de ses acolytes à la fin mars 1998 à Fergoug, entre Mascara et Relizane, par les forces de sécurité. Il était connu pour avoir été le cerveau de l’attaque avortée contre la caserne militaire de Khessibia au mois de Ramadhan de cette même année 1994, dans la même wilaya. Le groupe, lui-même, auteur de l’enlèvement, avait été dirigé par un certain Zoubir. C’était l’époque où la wilaya de Mascara était sous les fourches caudines de l’atroce katibat Eth-Thabet de triste renom du GIA qui venait de passer sous le commandement du sinistre Djamel Zitouni succédant à Cherif Gouasmi abattu par les forces de sécurité le 26 septembre précédent. Ce dernier avait eu le temps de restructurer l’organisation criminelle au niveau national, renforcé par l’alliance qu’il avait nouée avec les terroristes du FIS dans la clandestinité, conduit par le courant djaz’âra et son chef de file, Mohamed Saïd. Douze ans déjà que le valeureux Kaddour Bousselham nous a quittés parmi tant d’autres journalistes qui l’ont précédé ou qui le suivront. Un gâchis terrible que le GIA a laissé derrière lui. Mais aussi une longue page d’histoire du sacrifice pour ce pays, pour la démocratie, pour le martyre au nom du devoir et le refus d’abdiquer devant les fossoyeurs de l’Algérie. Repose en paix Kaddour, tes amis ne t’oublieront jamais. Mohamed Issami
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