
Les premiers ne sont pas les derniers dans le royaume de NavarreSans tomber dans l'outrance, doit-on s'interroger sur tous les discours moralisateurs quand il s'agit des autres et ces appels à la fermeté, voire à la dureté, que la justice est sommée d'appliquer sans faillir pour tous les métèques, les sans-culottes et la «racaille» des banlieues'Les dégâts des affaires révélées par le Canard Enchaîné et la plainte du Parlement européen concernaient jusque-là les seuls candidats des Républicains et du Front national; François Fillon et Marine Le Pen, tous deux soupçonnés d'emplois fictifs au bénéfice de leurs proches. Avec la mise en cause de Bruno Le Roux, désormais ex-ministre de l'Intérieur, coupable d'avoir, lui aussi, employé comme attachées parlementaires ses deux filles alors âgées de 15 et 16 ans, c'est maintenant la gauche, plus précisément le Parti socialiste, qui se découvre affecté par le scandale politico - médiatique. Sans doute, Bruno Le Roux, en démissionnant aussitôt de sa fonction de ministre de l'Intérieur, tente-t-il de protéger de la tempête et le gouvernement auquel il appartenait et le parti dont il se réclame en tant qu'élu. Mais le candidat Benoît Hamon sait bien qu'il y aura des conséquences et qu'il va devoir, à son corps défendant, essuyer les plâtres de cette affaire si malencontreusement tombée dans sa campagne déjà contrainte par plusieurs autres contrariétés. Que dire alors de Fillon, stoïque candidat d'une formation à laquelle il s'est imposé contre vents et marées' Sans parvenir à s'extirper du bourbier de la mise en examen pour les soupçons d'emplois fictifs, et d'ores et déjà assailli par la surenchère judiciaire autour de ses supposées tentatives de faux et usage de faux pour tenter de disculper sa femme et ses filles, François Fillon aura été d'une extrême pâleur lors du débat de lundi dernier malgré le comportement curieusement accommodant de ses rivaux. Car si Marine Le Pen avait des «excuses» pour éviter de s'attarder sur un sujet qui la concernait au premier chef, tel n'était pas le cas des autres candidats de la gauche et du centre, Mélenchon, Hamon et Macron.Alors, comment expliquer cette pudeur de «gazelles» pour reprendre le commentaire acerbe de Mélenchon, à un moment où des dizaines de millions d'électrices et d'électeurs, sont majoritairement confrontés aux difficultés socio-économiques et à la peur des lendemains qui ne chantent plus' Pourquoi le sujet de la corruption, avec son poids rarement aussi lourd dans une campagne présidentielle où les véritables enjeux sont escamotés, n'a-t-il pas été effleuré par les candidats' De la peur quant aux conséquences imprévisibles' Voire, le sentiment est général qui verse les hommes politiques dans le même sac. Ainsi que les femmes, d'ailleurs. De la gêne' En vertu de quelle morale quand on sait que ces pratiques existent depuis de très nombreuses années, qu'elles étaient et sont connues de beaucoup d'élus (es) au point de leur paraître chose banale et tout à fait licite'Sans tomber dans l'outrance, doit-on s'interroger sur tous les discours moralisateurs quand il s'agit des autres et ces appels à la fermeté, voire à la dureté, que la justice est sommée d'appliquer sans faillir pour tous les métèques, les sans-culottes et la «racaille» des banlieues tandis que cette même justice est écartée d'un revers de main méprisant quand elle s'aventure à convoquer ces justiciables non ordinaires du fait de leur col blanc. N'a pas le panache qui veut!Les révélations pleuvent et vont sans doute continuer à pleuvoir, au point d'engloutir le dernier grain d'innocence de certaines catégories d'électeurs. C'est ce qui explique le désarroi, ou plutôt le désespoir, de 40% des Françaises et des Français qui ne savent plus vers quel candidat se tourner et dont beaucoup risquent, le pire n'étant jamais très loin du meilleur, de jeter leur dévolu sur la candidate de la haine, pour reprendre Benoît Hamon. Marine Le Pen doit savourer les ingrédients de cette campagne, apparemment la plus pourrie depuis l'avènement de la Ve République. Malversations, hypocrisie permanente, comportements retors et arrogance en toute circonstance, voilà les armes sempiternelles des candidats et de leur camp et il y a de quoi susciter la désaffection la plus totale chez un grand nombre d'électeurs. Ne parlons pas de ceux qui sont en permanence les boucs émissaires de ces escrocs en col blanc, volontiers donneurs de leçons, et prompts à manier le fouet au nom des valeurs de la France sur lesquelles ils sont crânement assis, dans leur for intérieur. Mélenchon est en droit, au su et au vu d'une telle mascarade, de réclamer la VIe République. La Vème a effectivement trop duré...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chaabane BENSACI
Source : www.lexpressiondz.com