
L'exception culturelle. Voilà un concept qui affiche clairement la position de celui qui l'adopte et le défend. Ce concept a été mis en avant il y a belle lurette par des pays africains qui voulaient préserver leurs cultures de la folklorisation commerciale dont elles étaient victimes. Mais comme le poids de l'Afrique ne pèse pas lourd dans les négociations internationales ou même multilatérales et que sa voix ne porte pas plus loin que ses frontières, le concept est passé à la trappe. Il faudra attendre l'offensive des majores hollywoodiens sur le marché cinématographique européen après avoir arraché le droit d'y commercialiser leur films pour qu'on ressorte l'exception culturelle de la naphtaline, qu'on se l'approprie et qu'on l'endosse comme une cuirasse contre l'invasion commerciale américaine. La France, qui avait fait la sourde oreille quand l'Afrique défendait ses cultures, était à la pointe de ce combat, qui est toujours d'actualité. Le débat autour de l'exception culturelle s'est d'ailleurs invité au plus prestigieux rendez-vous du 7e art, le Festival international du cinéma de Cannes, où le producteur américain Harvey Weinstein, qui a notamment distribué The artist aux Etats-Unis, a pris la défense de ce concept. «L'exception culturelle encourage les réalisateurs à faire des films sur leur propre culture [']. Nous en avons besoin plus que jamais [']. Un grand succès se fait en marquant sa différence», a-t-il affirmé. Pour soutenir son propos, M. Weinstein rappellera qu'à une certaine période, des cinéastes italiens imitaient les films américains. Mais «nous n'avons jamais acheté aucun de ces films, parce que nous les faisions mieux, et qu'il n'y avait pas de raison de faire deux fois la même chose». Aux côtés du producteur américain, il y avait des cinéastes européens qui étaient venus pour remettre à la ministre de la Culture française, Aurélie Filippetti, une pétition signée par plus de 5 000 professionnels pour exiger des chefs d'Etat européens l'exclusion du secteur de l'audiovisuel du projet d'accord pour un mandat de libre-échange entre l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis, qui reviennent à la charge. Car, la Commission européenne a donné, en mars dernier, son feu vert pour les négociations de l'accord dans lequel le secteur audiovisuel est inclut. Depuis, les professionnels du cinéma et les hommes de culture se sont mobilisés pour faire pression sur les Etats membres de l'UE auxquels ils demandent, au nom du respect de l'exception culturelle, d'exclure l'audiovisuel du mandat qu'ils doivent examiner pour adoption le 14 juin prochain. Avec l'offensive américaine, ils ont compris qu'il y avait péril en la demeure et qu'il fallait s'opposer à ce que la culture soit intégrée dans les accords internationaux comme un vulgaire produit commercial soumis aux règles de la commercialité, des subventions et du libre-échange, ce qui permettra aux pays de soutenir et de promouvoir leurs cultures. Mais que fait l'Afrique, qui a été la première à évoquer l'exception culturelle, contre tous ces «partenaires» dont le premier objectif est d'exploiter les richesses, toutes les richesses, du continent ' Pas grand-chose, surtout qu'elle n'a pas toujours sa place dans ces grands rendez-vous culturels internationaux. Et si les artistes africains ne ratent pas l'occasion de défendre leurs cultures lors des festivals qui sont dédiés à ce continent, leurs voix ne parviennent pas encore jusqu'à ces salles de réunions où tout se marchande, y compris, surtout, les richesses africaines. Mais ça ne les empêchent pas d'être sur la brèche et de monter au créneau dès qu'une opportunité s'offre à eux, comme celle de la présence de l'Algérie à Cannes, même si c'est avec un inutile et improductif «guitoune». Les initiateurs de cette mascarade budgétivore auraient pu faire un petit effort pour rentabiliser la billetterie, les per-diem, les frais de missions et toutes les dépenses en se distinguant par quelques actions au bénéfice de la promotion des cultures africaines en générale et algérienne en particulier. C'est le moins qu'on puisse faire quand on s'appelle Agence algérienne pour le rayonnement de la culture. Au lieu de ça, alors que les cinéastes européens livrent bataille contre la commercialisation des cultures, sous le guitoune algérien, on se gave de baqlaoua et de thé. Elle a du beau la culture algérienne avec ses promoteurs qui la réduisent à un catalogue de films réalisés, des projections de bandes d'annonces, des conférences oiseuses, entrecoupés par l'ingurgitation de gâteaux et de breuvages, le tout grassement payé par le Trésor public.
H. G.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Gherab
Source : www.latribune-online.com