«Mascarades» de Iliès Salim, entre comédie et exotisme
L’œil du cinéaste perce parfois des sentiments dont il est le premier à en être surpris et se voit même dépassé par sa propre fiction, au point où c’est le spectateur qui décrypte en privilégié la succession d’images d’un scénario. Surtout quand l’idée centrale est de «casser» les tabous des rapports humains. C’est l’état d’esprit dans lequel on aura vécu la projection du film «Mascarades» de Iliès Salim à la Cinémathèque de Sidi Bel-Abbès, vendredi dernier en soirée, par une belle nuit d’été. Juste avant et à l’extérieur de la salle, le public a eu à découvrir une singulière exposition de vieux matériel de cinéma étalé à même le sol et mêlé à de vieux disques des années 60, des photos d’artistes jaunies par le temps et bien d’autres accessoires. Cet étalage, on le doit à Baki Ahmed, collectionneur et ancien projectionniste, féru de 7e art mais aujourd’hui marginalisé. Il nous confiera qu’il profitait de cette avant-première pour montrer son «petit musée» auquel personne ne semble s intéresser. Cette expo aura posé le doigt sur la plaie pour signifier que notre cinéma est pauvre, d’autant qu’un air fellinien avait plané durant cette séance. Les spectateurs, nombreux pour la circonstance, ont suivi l’histoire de cette mascarade ou mariage «falso», comme dira, lors du débat, un intervenant. Le sujet est simple, Mounir cherchant à être «quelqu’un» dans ce village invente le mariage de sa sœur avec un «gros bonnet» qui n’existe pas mais qu’il veut rendre réel auprès des habitants. Autour de cette trame, l’on est entraîné dans un conflit à plusieurs dimensions et l’on touche le vrai problème, faut-il casser «les tabous» séculaires du mariage tels qu’ils se pratiquent chez nous et nous faire croire qu’on se doit «d’imiter» le concept occidental basé sur la fameuse formule du couple libre sous prétexte que c’est l’amour qui distribue les cartes. La société algérienne est stéréotypée dans un exotisme qui ne reflète pas la réalité anthropologique de l’Algérien. «Mascarades» se plait à caricaturer nos comportements mais tombe dans ce pêcher mignon de renvoyer une image indigène de l’ex-colonisé condamné à s’identifier à l’ex-colon. Le réalisateur s’est laissé tenter par les mirages occidentaux et les images parlent d’elle-même. Lors du débat et par moment houleux, on aura découvert que l’équipe a semblé, quelque peu, sur la défensive et a fait dire à Salim «c’est un faux débat que d’insister sur la tendance qui pense que mon film produit des clichés importés sur notre société». Cependant, il n’aura pas convaincu certains qui ont carrément répliqué qu’il s’agissait là d’un double langage, selon la rive où l’on est situé artistement parlant, cela s’entend. Belle confrontation de point de vue pour un film, il faut le souligner, réussi.
A. Mehaoudi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com