Mascara - Gestion, récupération et recyclage des déchets

Algérie (Oggaz/Mascara) - Cimenterie HOLCIM EL DJAZAÏR: Transformer le déchet en solution



Algérie (Oggaz/Mascara) - Cimenterie HOLCIM EL DJAZAÏR: Transformer le déchet en solution
La gestion des déchets industriels demeure un enjeu environnemental majeur dans le pays, dans un contexte marqué par l’augmentation continue des volumes produits et par la saturation progressive des centres d’enfouissement.

Le taux national de recyclage est estimé entre 8 et 10%, tandis que l’enfouissement reste le principal mode de traitement. A l’échelle mondiale, près de 60 km² de terres sont occupés chaque année par les décharges, et les émissions de méthane issues de ces sites représentent entre 3 et 4% des gaz à effet de serre. Face à ces contraintes, le secteur industriel doit désormais s’orienter vers des solutions alternatives, centrées sur la valorisation et le co-traitement des déchets.

Dans ce contexte, l’industrie cimentière occupe une position centrale grâce aux caractéristiques techniques de ses fours, capables d’atteindre des températures supérieures à 1.450°C, et même 2.000°C dans certaines zones du procédé. Ces conditions permettent la destruction complète des déchets, sans production de résidus ultimes, les fractions minérales étant intégrées directement au clinker.

L’unité Geocycle de l’usine Holcim d’Oggaz, située à 56 km du chef-lieu de la wilaya de Mascara, développe des activités dédiées au traitement et à la valorisation des déchets industriels. L’usine est la première cimenterie du pays certifiée ISO 14.001 version 2015, attestant de la mise en place d’un système de management environnemental structuré intégrant la maîtrise des émissions, la gestion des ressources et la prévention des impacts environnementaux. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie de réduction de la dépendance aux ressources fossiles et de limitation des flux de déchets orientés vers l’enfouissement, en cohérence avec les principes de l’économie circulaire.

- Partenariat avec la raffinerie oranaise du sucre

Lundi, une convention de partenariat a été signée entre l’unité Geocycle de l’usine Holcim d’Oggaz et la SPA GROS (Grande raffinerie oranaise du sucre), filiale du groupe Berrahal, implantée dans la zone industrielle de Tafraoui, à Oued Tlelat dans la wilaya d’Oran. L’accord porte sur la valorisation de résidus issus du raffinage du sucre générés par l’activité industrielle de la raffinerie. «L’utilisation de ces sous-produits dans le processus industriel de Holcim sera assurée par Geocycle, qui se chargera de leur traitement et de leur valorisation, conformément aux exigences techniques et environnementales», nous a expliqué un cadre de Holcim, lundi, lors des journées portes ouvertes réservées à la presse à la cimenterie LCO (Lafarge Ciment Oggaz).

Les résidus concernés seront intégrés dans le cycle de production cimentier, permettant une substitution partielle de matières premières ou d’énergies conventionnelles, dans des conditions de sécurité industrielle et environnementale contrôlées. Geocycle a déjà assuré le co-traitement de plus de 100.000 tonnes de déchets industriels, dont environ 3.000 tonnes de boues hydrocarbures.

Ces déchets présentent un pouvoir calorifique permettant une substitution partielle du gaz naturel utilisé dans les fours de cimenterie. Un taux de substitution énergétique de 5% permet d’économiser environ 9,7 millions de mètres cubes de gaz naturel, de traiter près de 18.000 tonnes de boues et d’éviter l’émission d’environ 5.400 tonnes de CO2. Ces gains s’expliquent également par la réduction des émissions de méthane liées à l’enfouissement, ce gaz ayant un potentiel de réchauffement global 28 fois supérieur à celui du CO2. Les déchets pris en charge couvrent un large éventail d’activités industrielles. Ils incluent notamment plus de 30.000 tonnes par an de boues d’oxyde de fer, environ 1.000 tonnes d’écumes issues du raffinage du sucre, des déchets de construction et de démolition, près de 1.500 tonnes de terres contaminées, plus de 1.500 tonnes de déchets pharmaceutiques périmés, plus de 6.000 tonnes de terres décolorantes usées, ainsi que plus de 800 tonnes de boues d’aluminium. A cela s’ajoutent les résidus de l’industrie des hydrocarbures, dont environ 3.000 tonnes de boue de forage, huiles usagées et fonds de bacs, valorisés dans le cadre de partenariats industriels.

- Vases de barrages: une solution pour l’eau et les ressources

Un autre axe de valorisation concerne les vases de barrages, dont l’accumulation réduit progressivement les capacités de stockage d’eau. La perte globale est estimée à 1,7 milliard de mètres cubes sur 81 barrages à l’échelle nationale. Des essais menés sur trois cimenteries et trois barrages à Mascara, M’sila et Biskra ont montré que les sédiments issus du dragage présentent un comportement comparable à celui de l’argile utilisée dans la fabrication du ciment. Une tonne de vase permet ainsi d’économiser environ 0,7 tonne d’argile naturelle. Le potentiel de valorisation est estimé à plus de 200.000 tonnes par an, dans le cadre d’un programme national de recherche associant l’Université d’Ain Témouchent et des partenaires industriels. Les investissements consentis pour soutenir ces activités dépassent plusieurs centaines de millions de dinars. Plus de 30 millions de dinars ont été consacrés aux ateliers de stockage et de pré-traitement, plus de 300 millions de dinars aux installations dédiées aux déchets liquides et pâteux, plus de 130 millions de dinars aux installations Géochute pour déchets solides emballés, et plus de 80 millions de dinars aux équipements de contrôle et aux laboratoires d’analyse répartis sur trois sites. La démarche environnementale s’accompagne d’actions en faveur de la transition énergétique.

- Exportations et contraintes internationales

Une unité industrielle fonctionne exclusivement à l’énergie solaire avec une capacité annuelle de 560 MWh, issue d’un investissement estimé à 50 millions de dinars. Sur le plan logistique, le recours accru au transport ferroviaire et l’introduction d’un camion 100% électrique ont permis une réduction estimée à 40% des émissions de CO2 liées au transport. A partir de janvier 2026, l’Union européenne appliquera progressivement un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, instaurant une taxation des émissions de CO2 liées à la production et au transport des biens importés. Cette mesure s’inscrit dans un contexte international marqué par un basculement des marchés vers des produits à faible empreinte carbone et par le durcissement des exigences environnementales.

La mise en œuvre complète de ce dispositif est prévue à l’horizon 2034, accentuant la pression réglementaire sur les industries tournées vers l’exportation. Face à cette évolution, le secteur industriel est appelé à adapter rapidement ses modes de production. Il s’appuie aujourd’hui sur neuf sites opérationnels, comprenant deux cimenteries détenues à 100 %, situées à M’sila et Oggaz, des partenariats privés à travers CILAS Biskra, CMA Meftah en association avec le Groupe Souakri, ainsi que SAA Agrégats, et des partenariats public-privé incluant Cosider Plâtre, Colpa Bouira et SCMI Meftah en partenariat avec le groupe GICA.

Cet ensemble industriel dispose d’une capacité d’exportation estimée à 3,4 millions de tonnes par an vers près de trente pays et mobilise plus de 4.300 collaborateurs intervenant sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des agrégats au ciment, en passant par les mortiers, le plâtre et les solutions de construction. Les risques liés à l’inaction sont considérables. En l’absence d’une réduction significative des émissions de CO2, le prix du ciment pourrait être multiplié par trois sous l’effet de la fiscalité carbone et des surcoûts énergétiques, entraînant une perte de compétitivité sur les marchés internationaux ainsi qu’une exposition accrue aux contraintes réglementaires et financières. Dans le même temps, des marges de progrès importantes subsistent. Le potentiel de valorisation des déchets reste sous-exploité, alors qu’une généralisation du co-traitement permettrait d’économiser plus de dix millions de mètres cubes de gaz naturel par an et plus de cinq cent mille tonnes de matières premières.

Cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, fondée sur des solutions concrètes et applicables à l’industrie lourde. Dans ce contexte, l’anticipation apparaît comme un enjeu stratégique majeur. Agir dès à présent permettrait non seulement de sécuriser l’accès aux marchés soumis aux nouvelles normes environnementales, mais aussi de transformer une contrainte réglementaire en levier de modernisation industrielle.

L’expérience menée à Oggaz, renforcée par le partenariat avec de nombreuses entreprises, illustre les possibilités offertes par l’économie circulaire à travers la valorisation des déchets comme ressources alternatives. Elle ouvre la voie à une transformation progressive et durable des pratiques industrielles dans le pays, conciliant compétitivité, conformité réglementaire et réduction de l’empreinte carbone.

Photo d'illustration: Cimenterie Holcim d'Oggaz à Mascara. El Watan

Abdelouahab Souag
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