«Dans sa volonté de supprimer les intermédiaires, il cherchait le moyen de passer directement du foin au lait sans passer par la vache.»Alphonse Allais
Il est vrai que le temps a passé, que les choses ont bien changé et qu'il est certaines choses qui paraissent incroyables lorsqu'elles sont rappelées à cette génération qui ne les a pas connues.
Pourtant, ceux qui ont plus de quarante ans aujourd'hui se rappellent bien cette période d'incurie totale, de règne d'apprentis sorciers qui jouaient aux révolutionnaires de pacotille et qui apprenaient la coiffure sur la tête des orphelins.
Ils nous avaient promis de créer l'homme nouveau et ils y réussirent en effet, puisqu'ils allaient faire de cet admirable Algérien qui était sobre, travailleur, généreux, hospitalier et indomptable, un zombie monstrueux qui ne savait plus travailler, qui doutait de son propre frère, qui n'en voulait que pour lui, qui était devenu flagorneur et mesquin et dont la dégradation se paiera très cher, bien plus tard. En facture de sang et de larmes.
En ces temps troubles, il avait été décidé, entre autres mesures farfelues, d'éliminer les intermédiaires, ces parasites qui suçaient le sang du peuple, et de permettre au consommateur de s'approvisionner directement auprès du producteur.
Dans le circuit des fruits et légumes, les mandataires ou grossistes qui avaient une longue expérience et qui représentaient un maillon vital dans le circuit de la collecte et de la distribution des produits agricoles, seront éliminés par ordonnance, sans autre forme de procès.
Un système de substitution, complexe, coûteux et totalement inefficace sera mis en place. Pour tout arranger, une mesure ahurissante fut décidée en parallèle : les régions devaient s'autosuffire et cultiver tous les produits agricoles sans en ramener d'ailleurs.
Ainsi, pendant que les pommes de terre pourrissaient dans les entrepôts à Mascara, faute d'acheteurs, elles étaient totalement absentes des étals à l'est du pays et coûtaient les yeux de la tête.
Les transporteurs, qui profitaient de l'aubaine et se risquaient à en rapporter en passant par des pistes et des chemins détournés, étaient sévèrement réprimés lorsqu'ils étaient pris.
Du jour au lendemain, les marchés se vidèrent. C'était presque la disette. On en vint à importer en catastrophe des oignons et des pommes de terre. Mais le pire était à venir.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Anwar B
Source : www.infosoir.com