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A quoi rêvent les Algériens'



A quoi rêvent les Algériens'
Le logement reste le souci prioriotaire des AlgériensLes Algériens s'intéressent-ils vraiment à la révision constitutionnelle ou est-ce un fantasme des politiques et des médias' Nous les avons interrogés, appréciez plutôt...La scène politique est en pleine effervescence, c'est le week-end avant la présentation de la nouvelle Constitution devant le Parlement. Les partis politiques s'agitent de toutes parts pour faire entendre leur opinion sur cette nouvelle Loi fondamentale du pays. La presse nationale lui consacre sa Une, alors que les membres du gouvernement s'activent pour tenter de garder leurs places menacées, avec un remaniement imminent.On s'imagine donc que c'est le même bouillonnement chez les citoyens dont leurs représentants doivent dire à leur place «oui» ou «non» à la Loi suprême du pays. Il suffit de faire un tour du côté des endroits publies, et notamment la promenade des Sablettes pour vite constater l'insouciance des Algériens qui profitent d'un week-end bien mérité avec leurs enfants. «La révision de la Constitution' De quoi vous me parlez' C'est pour quand ça'», nous réplique d'un air des plus étonnés Fayçal qui pique-niquait avec sa famille sur les bancs de cette promenade, réservés à cet effet.«Constitution. Hein...'»Sa femme lui coupe la parole pour répondre: «Oui, j'ai entendu cela à la télévision. Je crois que c'est dimanche, non' Mais pour vous dire qu'est-ce que cela va changer, «allah yàalam» (Dieu seul sait)». Fayçal reprend la parole avec humour: «Hna khatina el politique (On est loin de la politique). Si ce vote va entraîner la baisse des prix des produits alimentaires, de l'essence ou de l'électricité, je dis oui, sinon cela ne me concerne ni de près ni de loin.» Ahmed était aussi venu profiter de son week-end avec sa famille dans cet endroit qui est devenu la bouffée d'oxygène des familles algéroises.On lui parle de la Constitution, il nous envoie de suite balader. «Je suis là pour me reposer et me changer les idées. Là vous êtes en train de m'importuner avec vos histoires qui me gonflent la tête. Je suis déjà assez préoccupé par mes problèmes quotidiens pour penser à cette Constitution qui ne va rien m'apporter de concret», réplique-t-il d'un air très fâché, avant de couper court à cette discussion.Karima est, elle, un peu plus politisée. Elle est au courant de cette révision de la Constitution. Elle sait même ce qui va principalement changer, mais elle se dit complètement «détachée» de ce qu'elle considère comme une mascarade. «Ils l'ont élaborée tout seuls. Ils se sont consultés eux-mêmes. Et maintenant,ce sont eux qui vont la voter. Alors pourquoi voulez-vous que je me sente concernée...», souligne-t-elle avec mépris.Après les Sablettes, on tente notre chance dans un autre endroit oü l'on peut tâter le pouls de la société, à savoir un café populaire. On se rend vite compte que les Algériens s'en «foot» éperdument. Les débats tournaient tous autour du beau but de Ryad Mahrez contre Manchester-City et son équipe de Leicester qui a fait un grand pas vers le titre de champion d'Angleterre. Une première pour un Algérien! Alors parler politique dans cette ambiance festive et très sportive, est un crime de lèse-majesté. Et on nous le fait vite comprendre quand on essaie «d'orienter» la discussion sur la nouvelle Constitution. C'est l'hilarité générale. «Mazalek niya (tu es toujours naïf toi)», s'est exclamé un homme qui ne comprenait pas comment on pouvait s'intéresser à un sujet qu'il voit d'une banalité déconcertante. «Tu penses vraiment que cela va nous apporter quelque chose. Quand ils veulent faire quelque chose, ils le font et notre avis compte pour du beurre. Alors on préfère se concentrer sur des choses qui nous changent les idées et nous apportent de la joie», soutient-il, avant de nous demander, imperturbable, quand Slimani et son équipe du Sporting Lisbonne vont jouer leur match'Les réseaux sociaux sont déconnectésVoyant que nous sommes des journalistes, un groupe de jeunes nous apostrophe. Pensant crédulement qu'ils voulaient donner leur avis sur la nouvelle Loi fondamentale du pays, surtout en ce qui concerne le Haut Conseil de la jeunesse, c'est vite la douche froide. «Non, non! On ne sait pas, c'est quoi la nouvelle Constitution, et on ne veut pas savoir. Vous qui êtes journalistes, dites-nous si c'est vrai ce qu'on dit sur l'Aadl et les logements qui sont un leurre. C'est vrai, on a payé la première tranche pour rien'», demandent-ils, très inquiets.Sur les réseaux sociaux, c'est le même son de cloche. On parle de football, des soldes qui font fureur ces jours-ci ou encore de l'ouverture du grand Park Mall de Sétif. «Avec la Ligue des champions d'Europe de football et les soldes, je ne vois pas pourquoi parler d'un sujet qui n'intéresse que les ministres», souligne Samira sur Facebook, où les jeunes discutent des bons plans du week-end sans effleurer à aucun moment la politique. «Ah! désolé je suis en train de suivre un match en streaming, je ne peux pas vous parler maintenant. Mais je vous dis juste que la politique du pays ne fait pas partie des discussions que j'ai eues avec mes amis, voisins ou même collègues de bureau», esquisse-t-il comme réponse claire et nette. Cette petite virée dans le monde virtuel a anéanti tous nos espoirs de trouver des Algériens «politisés». Néanmoins, il nous restait un mince espoir, celui des chauffeurs de taxi et les transports publics qui sont des endroits où les Algériens aiment débattre et se lâcher. Hier nous avons donc emprunté ces transports publics.Malheureusement, notre chasse a encore une fois été infructueuse. Les seuls mots lâchés à propos de la politique, ce sont des insultes envers nos politiciens. On est donc bien loin des débats autour de la Constitution ou de l'euphorie qui doit en découler. Les Algériens s'en «foot» donc de leur avenir politique...


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