
C'est sous les airs mécontents des étudiants que Abdelmalek Sellal a franchi, hier, le seuil de l'université «Abbes Laghrour» de Khenchela.Erreur de casting, organisation à l'approximative ou mauvaise appréciation, le hall de l'université était plein à craquer d'étudiants venus exposer leurs doléances au 1er ministre. Mais les trois observations ne concernent pas leur présence puisque c'est pour s'enquérir de leur situation au sein de l'université que Sellal était là. Ce qui avait foiré, c'était leur manière de lui faire savoir que tout n'allait pas comme le présentaient leurs responsables. Accueilli par le recteur et quelques professeurs, Sellal avait à peine fait quelques pas que les étudiants scandaient « Nous voulons faire le master ! », « Nous réclamons le départ du recteur ! ». Il faut reconnaître qu'ils s'étaient préparés à saisir cette occasion pour revendiquer un droit qui leur a été consacré par la réforme même de l'enseignement supérieur, à savoir pratiquer le M de la formule LMD (Licence, Master, Doctorat) et pouvoir s'inscrire en master sans qu'il ne leur soit posé des conditions qui relèvent de l'absurde. Dès que le recteur a fini de présenter le plan du pôle au 1er ministre, les étudiants ont commencé à lancer leurs slogans qu'ils avaient pris le soin de marquer sur des banderoles brandies dès qu'ils avaient entendu les sirènes du cortège officiel. Une fois arrivé à leur niveau, ils se sont précipités sur lui et parlaient tous en même temps. Il a continué d'avancer vers la porte de sortie mais les étudiants se sont rués sur la porte en verre qui avait volé en éclats, blessant un d'entre eux. C'était la véritable cohue. L'on dit que les étudiants n'étaient même pas ceux de l'université mais « ramenés » de l'institut d'économie qui était bien loin du campus. Le 1er ministre n'avait pas du tout apprécié ce désordre, il s'est même emporté à la face d'un étudiant réclamant le départ du recteur. Pour ce qui est de leur inscription au master, il a promis de « revoir les copies » mais pour ce qui est du départ du recteur, il a estimé que ce n'était pas aux étudiants de l'exiger. On susurre que les professeurs n'en veulent pas non plus.
QUAND L'IMAGINATION S'ECLIPSE DEVANT L'IMPROVISATION
Avant que Sellal n'arrive sur les lieux, le recteur a été interpellé par des journalistes qui avaient pris des photos des lieux sanitaires de l'université pourris jusqu'aux murs. « La faute est en nous », a répondu Azzedine Haftali, sans trop s'en inquiéter. Ce qui est désolant est que le campus vient d'être réceptionné. « On a voulu nettoyer hier (la veille de la visite), mais les services de sécurité nous en ont empêchés, ils ont fermé les portes aux femmes de ménage pour des raisons de sécurité », nous a dit un organisateur. Il faut savoir que les infiltrations d'eau ont noirci les murs des sanitaires sans compter les saletés qui jonchaient les parterres. C'était affreux à voir dans un lieu censé être un lieu de savoir et de culture.
La visite de Sellal dans la wilaya de Khenchela semble être un coup pour rien en raison du manque de projets, d'infrastructures et de chantiers à visiter. Les organisateurs ont improvisé des stèles à baptiser et des stations d'électricité à évaluer mais ils semblent qu'ils ont manqué atrocement d'imagination. L'on dit que les ronds-points de la grande place ont été construits la veille. Ils ont été peints et fleuris avec beaucoup de doigté.
Ceci sans compter l'excès de zèle des services de sécurité qui s'en sont pris aux journalistes qui les détournaient du circuit de la visite, qui les arrêtaient au mauvais moment alors que le 1er ministre était déjà sur site. Des conditions de travail abominables en ces temps de pluie et de froid glacial qui ont ajouté à la tension qui était déjà dans l'air dès l'instant où les véhicules transportant les journalistes avaient démarré de l'aéroport tôt le matin d'hier.
«LE GOUVERNEMENT N'EST PAS DANS UNE CAMPAGNE ELECTORALE»
Pire, une fois au niveau de l'entrée de la salle où Sellal devait rencontrer la société civile, les journalistes étaient fouillés comme des malfrats. De jeunes femmes mal fagotées, antipathiques, étaient placées devant le portique pour le faire. Elles trouvaient un malin plaisir à sortir toutes les affaires des journalistes femmes, fouille au corps, et froncement de sourcils.
A l'heure où nous mettons sous presse, Sellal écoute les représentants de la société civile. Mais dans son préambule, le 1er ministre a précisé que « le gouvernement n'est pas dans une campagne électorale, nous sommes là pour vous écouter ». Mais il a esquissé l'idée que Bouteflika est le meilleur des gouvernants. « L'Algérie, a-t-il dit, traverse une étape où elle a besoin d'un gouvernant à la hauteur de ses défis ». Il a en outre rappelé que lorsqu'il a présenté son programme, il avait déclaré que « ne reste dans le fleuve que ses pierres (ma yabka fi loued ghir hdjaro), et nous sommes les pierres, nous restons au service du peuple». Et, ajoute Sellal, «cela suffit ! (el hdith kiass)». La salle scandait «4e mandat !». Réaction normale, attendue et voulue, en ces temps de précampagne que Sellal n'admet pas ou fait semblant, enfant du système qu'il est. Il a reconnu cependant qu'il n'est pas satisfait du service public «qui humilie le citoyen qui demande un simple papier administratif». Il avoue : « Il y a des insuffisances, il faut que tout le monde s'acquitte de ses obligations.»
Le 1er ministre a mis de côté son mécontentement à propos du désordre dans lequel il a été accueilli le matin à l'université et a affirmé que « les revendications des étudiants sont légitimes, ils ont raison de les exprimer ». Sellal a fait savoir à l'assistance que lorsqu'il a été reçu le 1er novembre dernier par le président de la République, il lui avait fait part de son inquiétude à propos du manque de pluies. « Le président m'a rassuré en me disant que ce sera une bonne année de pluies». Inchallah.
Un programme complémentaire a été décidé pour la wilaya de Khenchela portant sur la réalisation de près de 45 nouvelles opérations dans les secteurs comme l'habitat, travaux publics, ressources en eau, agriculture, santé, développement, jeunesse et sports, enseignement supérieur… Le 1er ministre a rectifié le montant initial alloué pour la réalisation de ce programme en le revoyant sur place à la hausse. De 27,336 milliards de DA, il a augmenté à 29,560 milliards de DA.
Aujourd'hui, il sera à Oum El Bouaghi pour y effectuer une visite d'une journée.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com