Khenchela - A la une

Secrets d'images



Aujourd'hui hors de prix chez les antiquaires, on les vendait en vrac dans les marchés populaires.On les trouvait dans presque toutes les maisons, notamment durant la période coloniale où leur accrochage au mur affirmait une défense identitaire. Il s'agit de ces images aux thèmes d'inspiration religieuse et historique que l'anthropologue algérien Zaïm Khenchelaoui s'est attaché à présenter et à analyser à travers son ouvrage L'imagerie mystique dans le folklore algérien*. Une contribution éditoriale particulièrement originale et intéressante qui peut concerner les passionnés ou spécialistes d'histoire, de sociologie, de théologie et d'esthétique.Relevant «le rôle missionnaire de prédication» que ces icônes ont joué, Khenchaloui s'interroge sur leur apparition en Algérie : «Pourquoi assiste-t-on au tout début du XXe siècle à l'émergence d'un style de peinture locale que l'on peut qualifier d'algérienne, une peinture distincte en personnalité et riche en expression qui, tout en restant fidèle au style post-ottoman, s'en démarque et tente d'affirmer sa propre identité en s'ouvrant à de nouvelles tendances esthétiques '» Il livre ensuite des éléments d'analyse et plusieurs hypothèses liés notamment à l'impression en série de cette «imagerie sacrée», à sa diffusion massive par les zaouïas et, parfois, à son utilisation ésotérique.Il affirme par ailleurs : «Il s'agit bien d'un art parallèle à celui bien connu qu'on appelle art islamique. Ses caractéristiques émergent d'une pensée pieuse, parfois hétérodoxe, s'opposant non seulement à l'art officiel profane mais à l'art sacré orthodoxe, plus sophistiqué, plus stylisé et plus abstrait».On apprend que ces icônes sont encore produites dans tout le Maghreb, sauf en Algérie où on a décidé «de bannir malencontreusement ce type d'expression artistique jugé alors réactionnaire, si bien que la plupart de ces représentations iconographiques ont fini par tomber dans l'oubli» parfois «détruites, brûlées ou confisquées». Le chercheur relève toutefois l'impact de l'alphabétisation massive en Algérie qui a permis l'accès direct aux textes religieux.Son analyse globale, riche en informations, fonctionne sur plusieurs niveaux, depuis l'anthropologie culturelle et cultuelle jusqu'à la critique d'art, avant de procéder au décryptage de chaque iconographie (reproduites toutes dans un cahier central). Les titres seuls, composés à partir des descriptifs, révèlent l'univers de ces 23 pièces : «Le Paradis perdu», «Hegra, la cité disparue», «La vision d'Abraham», «L'Eléphant et les oiseaux bombardiers», «Les califes orthodoxes», «La saga arabo-berbère», «Baybar, le Circassien», «Alger, la nouvelle Constantinople», etc.Docteur d'Etat en anthropologie des religions, Zaïm Khenchelaoui, qui dispose désormais d'une envergure scientifique internationale, signe là un ouvrage rare et passionnant qui démontre que son sujet fait bien partie de notre héritage culturel. A. F.* Zaïm Khenchelaoui, «L'imagerie mystique dans le folklore algérien». Ministère de la Culture, CNRPAH. Nouvelle série, n° 7, Alger, 2015. 244 p. Edition bilingue arabe-français.


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