L'annonce du transfert d'Ahmed Ouyahia au pénitencier d'Abadla, à Béchar, a suscité de grosses interrogations et contribué à accentuer le doute sur l'existence d'une situation peu anodine qui contraint les autorités compétentes à trancher en faveur de telles décisions.Cette information annoncée par plusieurs médias de la presse nationale n'a été ni confirmée ni infirmée par les autorités judiciaires, qui avaient, au contraire, communiqué sur le transfert de deux poids lourds du monde des affaires, Ali Haddad et Mahieddine Tahkout, vers des prisons à la triste réputation. Tazoult, ex-Lambèse, pour le premier, et Babor à Khenchela pour le second et qui sont connues pour abriter des populations carcérales condamnées pour des faits graves.
Ce transfert était intervenu dans un contexte particulier, marqué par l'ouverture d'une enquête qui faisait suite à la découverte de l'existence d'un contrat passé par un représentant de Haddad et un cabinet de lobbying américain chargé d'exercer des pressions sur les dirigeants algériens en vue de la libération du détenu. Tels que posés, ces faits offraient donc une sorte de piste, d'hypothèse pouvant justifier la décision de mener l'ancien patron de l'ETRHB vers une région plus lointaine et où il ne pourrait surtout recevoir que de rares visites.
Des sources généralement bien informées nous ont aussi fait savoir que de sérieux soupçons pesaient sur Mahieddine Tahkoukt, qui recevait plusieurs visites dans la journée. Il se dit que les deux hommes avaient même réussi à monter des réseaux externes, et que ces derniers étaient, entre autres, chargés de diffuser des informations pouvant les servir. Dans le cas de Ouyahia, il en est tout autre.
Le transfert a surpris davantage, dans la mesure où l'ancien Premier ministre s'est démarqué de beaucoup de ses codétenus en continuant à offrir une image d'homme légaliste, fidèle aux lois de la République, en dépit de ses déboires et de son incarcération. En décembre dernier, ses coinculpés dans l'affaire de l'automobile lui en ont même voulu d'avoir rompu une décision qui avait été prise en commun. Abdelmalek Sellal, Youcef Yousfi, Mahdjoub Bedda et quatre hommes d'affaires, Ahmed Mazouz, Mohamed Baïri, Arbaoui et Haddad, avaient opté pour la stratégie du silence face au juge, mais Ouyahia en a décidé autrement, au dernier moment, contraignant le reste des inculpés à en faire de même.
En prison, Ouyahia est aussi resté à l'écart des hommes avec lesquels il entretenait des divergences à l'extérieur, ne leur permettant même pas de s'approcher de ses affaires.
Dans une scène qui a fait du bruit dans le pénitencier d'El-Harrach, Ouyahia s'est, par exemple, violemment emporté contre l'ancien patron de la DGSN, Abdelghani Hamel, qui avait osé emprunter sa crème à raser. Qu'est-ce qui lui a donc valu son transfert vers Abadla ' «Entre l'image qu'un homme peut offrir et la réalité, il y a souvent un monde, soutiennent des sources proches du milieu judiciaire. Comment faire confiance à une personne, Ouyahia en l'occurrence, qui affirme ne pas connaître l'origine des trente milliards découverts dans son compte. Avec de l'argent, on peut tout faire, tout obtenir, et l'enquête déclenchée autour du cas Haddad demeure de l'ordre du secret pour l'instant, mais la coïncidence, si coïncidence il y a, a voulu que ce transfert intervienne dans cette conjoncture particulière.»
On nous laisse également bien comprendre que la concentration de tous ces anciens ministres et puissants hommes d'affaires dans certains lieux commençait à devenir réellement problématique. «Ces personnes ont de l'argent, beaucoup d'argent, et certains disposent de liquidités. C'est une source de pouvoir. Tout peut arriver dans de telles situations et le fait qu'ils soient rassemblés à El-Harrach ou Koléa n'est pas fait pour rassurer. Les événements qui se déroulent nous démontrent chaque jour que les poches de la Issaba ne sont pas encore vidées.» L'ombre du complot ' Le terme a été, en tous les cas, explicitement prononcé par le Président Abdelmadjid Tebboune lors de la rencontre gouvernement-walis. «Certains complotent encore contre leur pays», a déclaré ce dernier en évoquant l'affaire Haddad. «Il ne faut pas croire que c'est fini. Ils sont tapis dans l'ombre et attendent qu'une brèche survienne pour ressurgir», estimait aussi récemment la sénatrice du tiers présidentiel Leïla Aslaoui dans une interview à «LSA direct».
Pour beaucoup, ce qui conforte aussi cette thèse est le fait que ces transferts aient été entrepris à la veille de procès dans lesquels les mis en cause doivent comparaître. Ahmed Ouyahia, Ali Haddad et Mahieddine Tahkout ne seraient cependant pas les seuls «célèbres» détenus à faire l'objet de décisions de transfert. Une autre liste attend, nous dit-on.
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com