L'euphorie footballistique passée, les Algériens se retrouvent seuls face à leurs blessures, aussitôt ravivées par un autre coup dur du terrorisme. Cinq gardes communaux assassinés à Khenchela, moins d'une semaine après l'embuscade ayant coûté la vie à 18 gendarmes et 2 civils à Bordj Bou Arréridj. En dépit de l'étrange ambiance de fête qui a balayé le pays, pas toujours d'une façon spontanée, il n'y a rien de glorieux dans ce que nous avons vécu ces derniers jours. On a tenté de couvrir la douleur et le désarroi par la joie née d'une victoire sur un stade de football. Le pouvoir algérien n'a rien inventé. Il s'est simplement permis une régression historique sur le thème de l'instrumentalisation du sport. D'illustres régimes totalitaires, comme l'ex-bloc soviétique, avaient érigé la compétitivité sportive en projet politique. Un dopage de la société dans tous les sens du terme.La réalité de la vie nationale est tout autre. En moins d'un mois, le terrorisme islamiste s'est attaqué à la police à Timezrit, à la gendarmerie à Mansourah et à la garde communale à Khenchela. Tous les démembrements des services de sécurité ont été durement touchés. Il s'agit d'actes de guerre et l'on est très loin de la promesse de paix réitérée depuis dix ans. Résurgence ou escalade, il n'y a plus de mots pour qualifier cette descente aux enfers. « L'avantage du terrain » ou « l'effet de surprise » n'expliquent pas ces déconfitures sécuritaires, de même que l'histoire des puces anonymes qui seraient à l'origine de la multiplication des attentats kamikazes était un argument bien spécieux. La vérité amère est que le maquis islamiste s'est régénéré, réarmé.Les témoignages autour des apparitions de terroristes soulignent la jeunesse d'un bon nombre d'éléments de ces groupes. Le vivier de la subversion intégriste n'a pas tari, révélant l'échec, pas seulement sécuritaire, mais aussi social et politique. La machine sécuritaire tourne à vide dès lors que l'élément citoyen n'est pas intégré dans la stratégie globale de lutte.La solitude du correspondant de presse est infinie lorsqu'il tente de recueillir des témoignages après une descente terroriste et qu'il se heurte à une relation des faits sans l'ombre d'une condamnation ou d'une défiance. Il se console en pensant au syndrome de Stockholm, mais il a du mal à retrouver les signes de cette symbiose entre le citoyen et l'Etat dont parle le gouvernement. La désertification politique du pays, menée au pas de charge par le régime, tournant le dos à l'alternance et s'accommodant de la corruption et de la bureaucratie, explique en partie la « vacance citoyenne ». Couplée à une démarche velléitaire vis-à-vis de l'islamisme et du terrorisme, cela ne fait qu'amonceler les nuages à l'horizon politique de l'Algérie.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com