Khenchela - A la une

La justice a parlé



La justice a parlé
Maître Ouali Laceb plonge dans le bassin de la criminelle et sauve deux accusés...
La salle où siège le tribunal criminel était superbondée. Ce jour, on va juger deux criminels présumés. Ils sont en détention préventive depuis 19 mois. Nous sommes à quelques heures des fêtes de l'Aïd El Kebir et quelques heures après la célébration du 57e anniversaire de Novembre, l'éternel.
Il y a aussi dans la salle d'audience les proches, tous les proches. Ceux des accusés qui risquent, selon la loi, la peine capitale ou à la rigueur, la perpet et ceux de la victime qu'on sait qu'elle ne sera pas présente pour sa défense. Et pour le bonheur des deux accusés, il y a comme avocat un certain Maître Ouali Laceb qui sait, au plus profond de ses tripes, qui n'y a pas de grand ou de petit avocat.
«Il y a de bons ou de mauvais avocats», lui arrive-t-il de balancer au milieu de ses nombreux confrères à Alger, Blida ou Chéraga.
Et pour ce dossier, il a si bien pioché les documents que l'intime conviction des trois magistrats et des deux jurés aidant, l'optimisme le gagna rapidement. A la cérémonie solennelle de l'ouverture du procès de Abdellah Khoucha et Mohamed Mahmoud Khoucha, âgés respectivement de 65 et 70 ans, poursuivis pour meurtre avec préméditation et guet-apens aux dépens de Mabrouk Madhi âgé de 55 ans, tous les cultivateurs de la région étaient présents.
Les faits remontent au 18 janvier 2010, dans la région de Babar (Khenchela). Ce jour-là, Mabrouk Madhi a été agressé par arme à feu et armes blanches aux environs de 22 heures.
La veille, devant le lourd contentieux foncier qui l'opposait à deux cousins Khoucha de la tribu des Bradjas, il y a eu un référé sur exécution en vue de stopper l'expulsion de la victime.
Dès qu'elle avait entendu l'unique coup de feu, la seconde épouse s'était déplacée dans la chambre de la première pour l'alerter sur le coup de feu.
«Où est Mabrouk'», se demandent-elles, apeurées. Elles virent le portail grand ouvert et coururent vers le mari allongé et en sang, car les tripes étaient carrément dehors, suite au coup de couteau alors que le coup de feu avait atteint le thorax.
Par bonheur pour les deux épouses, Mabrouk était encore conscient. Il ira même jusqu'à leur dire que «ce n'était pas la peine de désigner mes assassins, car ce sont j'en suis sûr, des gens voisins des Bradja».
Transporté à l'hôpital de Babar par son neveu, il fut vite envoyé par ambulance à l'hôpital de Kaïs, où il rendit l'âme après avoir parlé un bon bout de temps avec le médecin à qui il a confié, sans citer aucun nom, que ses agresseurs étaient des Bradja.
Après les funérailles, la famille de Mabrouk accusa sans coup férir les deux adversaires en justice. La machine implacable de la police judiciaire se mit en branle. Et nous savons ce que sont capables de faire les gendarmes chargés d'une mission où le crime est en une. Malgré que la calibre des Khouchas ne soit pas le même que celui de la balle trouvée sur les lieux du crime (20 pour le fusil du suspect et 16 celui de la balle qui avait atteint la victime), les deux cousins furent entendus et écroués avec cette immense accusation de meurtre.
Le jour des débats, les nuages planaient au-dessus de la salle. Les avocats de la partie civile ont tout tenté pour enfoncer les deux accusés tout comme le procureur général qui réclamera d'ailleurs, la peine capitale pour les deux prévenus, abattus et minés par la très longue détention.
Or, ce vieux renard de Maître Laceb avait, contre toute attente, posé au frère de la victime des questions dont les réponses seront une lanterne pour le tribunal criminel.
La première question était relative à la tribu des Bradja: «Monsieur au sein de la tribu Bradja y a-t-il d'autres familles que les Khoucha'»
La réponse est positive et le témoin citera cinq noms de grandes familles, elles mêmes ayant beaucoup de descendants.
Maître Laceb posera une autre question qui a trait à la présence des seuls Khoucha dans le contentieux et, le frère de Mabrouk de rétorquer: «Non, toutes les familles sont concernées par le foncier disputé.» Et la dernière question celle de la même qui sera la pointe «en or» dans l'intime conviction du tribunal criminel, portera sur la certitude que toutes les familles étaient armées, coutume oblige!
«Oui, elles sont toutes armées.»
Cela avait suffi pour que le tribunal criminel de Oum El-Bouaghi délibère le temps d'un match de football sans prolongations et revenue avec l'acquittement des deux accusés dont on devine l'immense joie tout comme celle de leurs avocats et leurs proches. Et un Chaoui d'avoir cette lumineuse réflexion: «La justice a parlé. Nous l'aimons comme ça. Juste, rigoureuse!», avait-il articulé avant de lancer un vibrant hommage à Maître Laceb Ouali qui a su guider l'intime conviction du tribunal criminel qui aura fait son boulot comme le stipule la loi.
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