
Toutes les villes d'Algérie baignent ces jours-ci dans la gadoue. Il aura suffit d'un orage -anodin, sommes-nous tentés d'ajouter- pour que nos cités se noient instantanément dans la fange. Alger, Khenchela, Béjaïa, Skikda, Jijel ou Annaba, le constat est le même: la faillite consommée des autorités locales. Aucune municipalité n'a eu le réflexe, somme toute ordinaire, de procéder au curage des réseaux de drainage des eaux pluviales. La dégradation avancée de l'hygiène publique, dénoncée de toutes parts, est à l'origine de ce sinistre et de nombreux autres qui l'ont précédé. Cette saleté permanente ne semble pas indisposer nos édiles, occupés à creuser, chaque jour davantage, le fossé qui les sépare de leurs administrés. L'accumulation de déchets de toutes sortes a carrément bouché les voies d'évacuation des eaux, qui ont naturellement débordé sur les rues commerçantes et les cités d'habitations. Les torrents boueux ont conséquemment inondé magasins, maisons et équipements publics. Pris au dépourvu en pleine nuit, les citoyens ont affronté, à mains nues, cette énième catastrophe pour sauver des vies humaines et limiter les dégâts. Au lendemain de cette tragédie, les élus locaux, auxquels incombe toute la responsabilité, n'ont même pas daigné se rendre aux endroits durement touchés pour s'enquérir de la situation et prendre, même tardivement, les décisions qui s'imposaient. Craignant, sans doute aucun, de se faire huer par ces temps de précampagne électorale. Ce serait, alors, de très mauvais augure pour leur réélection. Par de froids calculs politiciens, ils ont préféré rester chez-eux, bien au chaud, le temps que l'«orage» durera. Cynisme provocateur qui suscite encore la colère des sinistrés. A Béjaïa, le courroux des populations a poussé le wali à improviser une tournée sur le terrain. Se voulant rassurant pour calmer les esprits, il a promis de tout remettre en l'état dans les meilleurs délais. Profitant de cette fâcheuse occasion, le premier magistrat de la wilaya a durement critiqué l'incurie des élus et des responsables municipaux. «Je les blâme officiellement, car la plus part d'entre eux ont brillé par leur absence et n'ont pas fait ce qu'ils devaient faire», a-t-il dénoncé. Entre parenthèses, il serait juste de souligner que la responsabilité de la wilaya est aussi engagée dans l'urbanisation anarchique et la clochardisation de nos villes. Le wali a l'autorité requise pour, par exemple, bloquer la promotion immobilière en zone inondable, comme il a le pouvoir nécessaire pour sévir contre les élus indélicats et démissionnaires. Ce type de dépassement est remarquable à travers tout le pays. Des rives d'oueds sont squattées par de pseudo-promoteurs ou des particuliers pour bâtir des logements en mettant la vie des souscripteurs en péril. Dans la banlieue, des constructions anarchiques poussent toujours comme des champignons. La source de cette calamité se situe au niveau des administrations qui délivrent les autorisations légales, sans contrôle. Pour revenir aux élus, dans quelques jours, le temps que cela se tasse, ils trouveront certainement le moyen de revenir au devant de la scène pour maquiller leurs bilans et solliciter un second mandat à la tête des APC. Dans chaque ville inondée, le maire et ses adjoints étaleront le même bagou pour se prévaloir d'une compétence, qui leur fait en réalité cruellement défaut. Les citoyens ne devraient pas se laisser duper éternellement. Une sanction exemplaire des déserteurs servirait de leçon aux prochains élus. Il faut, aussi, bien choisir en mettant les sympathies personnelles et les affinités familiales de côté. En somme, il est question de bien voter pour rendre au mandat d'élu sa pleine dimension.
K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com