
Les épisodes se succèdent et ne se ressemblent pas. Jeudi, ce sont quatre autres nouveaux duos qui nous ont bien séduits, que ce soit par le choix original des morceaux interprétés et leurs nouveaux ré-arrangements, que par le défi relevé haut la main.Pour le troisième prime de Coke Studio Algérie, l'émission musicale qui passe tout les jeudis soir sur une chaîne télé privée a fait fort jeudi dernier en concoctant des duos à un très bon niveau et ce, revisitant les différents styles musicaux algériens avec en tête d'affiche des morceaux issus des patrimoines chaâbi, chaoui, Bedoui et ahallil. Aussi, nous avons pu retrouver les stars Zahouania et Amazigh Kateb que l'on avait déjà appréciés lors des précédents primes, mais également deux icônes de leurs styles respectifs cheikh Bouzaher pour le chaoui, et Aïcha Lebgaâ pour l'ahallil. A leurs côtés les voix talentueuses de Kader Japonais, Djam, Salim Chaoui et Samira Brahmia sont venues compléter cette belle gamme de duos entre chaque génération. Des créations musicales réorchestrées avec maestria par deux directeurs artistiques, arrangeurs et compositeurs de talent, à savoir Safy Boutella et Amine Dehane. Aïsha Lebgaâ et Djamil Ghouli ont interprété chacun Goumari dans une symbiose parfaite. Djamil qu'on ne présente plus a su par sa voix chatoyante se hisser à la même barre que notre reine du désert. Cette chanson des plus connues fait partie du patrimoine ahallil. C'est un illustre titre du répertoire de la région du Gourara, chanté en hommage à Mimouna une ancienne reine de la région. Sur un arrangement signé Amine Dehane, l'interprétation du duo était simplement juste et sublime. Jolies retrouvailles entre Samira Brahmiya et Amazigh Kateb sur Ya el menfi, chanson écrite en 1957. Pour info, elle a été inspirée d'un ancien chant entonné par les déportés algériens en Nouvelle Calédonie au XIXe siècle. Elle a été écrite, composée et interprétée par Akli Yehyaten alors qu'il était en prison en France pour son soutien à la révolution algérienne. Pour rappel, Samira Brahmiya à ses débuts avait assuré la première partie du concert de Gnawa Diffusion en 2001. Aujourd'hui, ils ont signé leur retour ensemble sur une scène algérienne. Pour le coup, Amazigh semblait au début quelque peu mou et endormi sur ce morceau, mais il a su se rattraper au finish en insufflant à ce morceau sa véritable patte d'artiste. On se souvient que dans le précédent prime il avait admirablement chanté avec Chemsou du groupe Freeklane Dam3a de feu Athmane Bali. Avec son pendant gnawi, le gubmri, il avait rajouté un supplément d'âme à cette belle chanson. Nta Goudami célèbre titre bien osé et entraînant de cheikha Rimiti a été interprétée avec classe jeudi par Zahouania et Kader Japonais.
Amine Dehane a réuni pour la première fois deux grandes stars: son acolyte de l'époque, l'étoile féminine du raï Zahouania, ainsi que Kader Japonais qui saura porter aux nues cette chanson selon son timbre vocal des plus caractérisés. Celle qui a commencé à chanter au sein des medahate ne pouvait que sublimer ce morceau. Aussi, parmi les artistes que Coke Studio nous a donné à voir et à écouter jeudi, est ce duo improbable, cette rencontre entre cheikh Abdelhamid Bouzaher, un enfant des Aurès né à Khenchela et Salim Chaoui. Pour info, Abdelhamid Bouzaher est considéré comme le digne héritier de Aissa el Djermouni, il perpétue une tradition ancestrale et honore le patrimoine de sa région par sa voix, ses interprétations ainsi que son style vestimentaire. Vieux routier de la scène musicale algérienne avec plus de 43 ans de carrière, il est le porte-voix du style chaoui avec ses morceaux mélant «bendir» et «gasba» et enregistre plus de 35 chansons chaouies dont
«Aïn el Kerma» et «Samhili Ya Lemima». On le retrouve souvent sur scène dans sa région, notamment à travers des représentations dans les villes de Batna, Oum el Bouaghi et Khenchela. C'est dire qu'avec lui le patrimoine est mis en lumière et fêté dans tous ses états. A ses côtés, pour interpréter le morceau El karma, Salim Chaoui, né à Skikda, auteur-compositeur et interprète de musique chaouie. Son style staïfi n'a pas démérité sur cette chanson plaçant lui aussi sa voix très haut laquelle conjuguait harmonieusement bien avec le cheikh Abdelhamid Bouzaher. Il est bon de signaler que parmi les temps forts de l'émission qui ont marqué les spectateurs on peut citer le duo Mok Saib et cheb Abbas qui ont interprété à leur façon Had chira Nebghiha de cheb Khaled. Si l'un a admirablement rempli sa tâche, Mok Saib qui n'est pas fait pour le raï a tenté de s'approprier le morceau en le modernisant, ce qui n'a pas été du goût du public. Q'importe! avec de la douceur et de l'émotion de la voix, le jeune artiste a tenté tout de même le pari de sortir de sa zone de confort quitte à se casser la gueule. Mais il aura au moins essayé en innovant quand l'autre est resté dans la version originale. Si les puristes et conservateurs du raï n'ont pas apprécié Mok Saib sur ce morceau reste que sa palette est à coup sûr large et devra se rattraper assurément plus tard. Autre duo qui n'a pas fait non plus l'unanimité là encore est celui de Idir / Taouès Arhab. Cette dernière qui s'est attaquée pourtant avec brio à la fameuse chanson Avava inouva n'a pas séduit grand -monde et pourtant avec sa belle voix et charisme l'on peut dire sans se tromper que le duo a bien pris. Tout est relatif donc. L'originalité dans cette interprétation réside peut-être dans le paradoxe de son aspect hybride, soit dans la douceur de la simplicité masculine conjuguée à la voix rebelle féminine. Revenant, après une absence remarquée de plusieurs années, la chanteuse Selma Kouiret a entamé son come-back sur le plus célèbre hymne patriotique, à savoir Min Djibalena aux côtés de Nassim Dejzma. Un duo pas très concluant sachant que la voix cristalline de Selma Kouiret a ravi beaucoup plus l'oreille du spectateur que celui de l'interprète de Romaïssa. On se rappellera également de la jolie et épanouissante interprétation du morceau de M'hamed Anka, Soubhan Allah yaltif, rehaussé par les voix de Amel Zen et Abdelkader Chaou. On n'omettra pas de signaler le duo improbable, mais charmant entre Abdellah El Menaï et la pétillante Dalila Chih sur le morceau Weallah yalghalia. Un morceau là encore très root dont Dalila Chih a su pourtant lui apporter un vent de swing et de jazz des plus merveilleux grâce à l'exécution de sa voix qu'elle a joliment bien mise au service de cette chanson, en la revisitant avec grâce! O.H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com