
Les réformes politiques annoncées en février 2011, dans le but proclamé d'ancrer la démocratie en Algérie, sont en train de prendre les contours d'un arsenal juridique ayant pour finalité d'assurer une succession sans bouleverser l'ordre établi. Des «réformes» sous tension, dans une démarche martiale alourdissant un climat déjà chargé d'incertitudes avec les effets de la crise économique.En prétendant vouloir éviter les turbulences du «printemps arabe» et garantir la stabilité nationale, le pouvoir a instauré, dans le pays, une violence politique jamais connue depuis la période du parti unique et ses organisations para-policières. Après les coups de boutoir assénés aux médias indépendants, c'est au sein de l'Assemblée populaire nationale, le temple théorique de la démocratie, que le système a affiché, ces derniers jours, sa vocation indiscutablement totalitaire.Les députés formant le nouveau conglomérat de l'opposition au sein de l'APN sont encore sonnés par le passage en force des projets de loi d'une extrême importance qui ont été pilotés, la semaine dernière, avec la précision des avions de chasse. Le pouvoir revendique manifestement une guerre ouverte contre toute idée de remise en cause de l'ordre politique en vigueur. La technicité dans la gestion de cet épisode législatif sans précédent est allée jusqu'à prévoir une soupape de sécurité en instruisant le FLN d'afficher une ouverture aux propositions de l'opposition.Elles ont été balayées en commission, combattues en plénière et condamnées après le vote. Le ministre de l'Intérieur ne s'explique pas, après l'adoption des textes, l'attitude de l'opposition qui ne veut pas «accompagner la majorité parlementaire». Le pouvoir parle au nom de l'Etat mais aussi du peuple. Celui-ci assiste, ainsi, à un retour calamiteux au «parti-Etat». Les assurances de l'Exécutif à propos du respect du pluralisme politique voilent mal la démarche en cours vers l'affaiblissement, sinon la suppression des contre-pouvoirs. La déclaration du même ministre, jeudi dernier, affirmant que «le débat doit se faire à l'intérieur et non à l'extérieur des institutions» ne rassure guère sur la teneur des prochains projets de loi, dont celui relatif aux regroupements et manifestations publics.Que reste-t-il comme forces autonomes pouvant arrêter cette marche vers la reproduction du système et la régénérescence des clans au pouvoir ' Des médias privés auxquels on conteste le droit d'avoir pignon sur rue, des partis politiques dont la dénomination échappe au commun des citoyens et des syndicats qui se fourvoient dans les réunions marathoniennes avec les ministres. Portant les séquelles des «coups d'Etat scientifiques», la majorité des partis de l'opposition est difficilement identifiable par l'opinion publique. Celle-ci n'est pas loin de penser que tous les partis de l'opposition présents à l'APN, à l'exception du MSP et du FFS, sont présidés par Abdallah Djaballah, une personnalité qui ne rassure pas spécialement la «majorité silencieuse».En se jouant littéralement des institutions élues, le pouvoir continue à manier l'art du storytelling, racontant chaque jour une histoire, dont la dernière en date est la récupération des familles de terroristes à Jijel. Il est vain d'attendre que la magnanimité officielle soit poussée jusqu'à recueillir les centaines de familles jetées à la rue, y compris au c?ur de la capitale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com