Elles étaient quelque 200 familles à avoir quitté ce douar, l'un des plus prospères de son temps. Il y avait une école datant de l'époque coloniale, un bureau de poste où les habitants percevaient leurs courriers et leurs mandats.L'exil forcé des populations des contrées montagneuses dans la wilaya de Jijel durant la décennie de lutte contre le terrorisme reste une plaie qui ne se referme pas. Des familles entières se sont déracinées de leurs terres natales dans la précipitation et la peur, abandonnant dans leur fuite tout ce qu'elles possédaient pour aller se réfugier sous d'autres cieux plus cléments. Plus de 20 ans après cet épisode tragique, les esquisses d'un retour qui ne se concrétise pas butent contre des entraves qu'il convient d'éliminer.
Les principales difficultés relevées par des citoyens, dont certains se sont regroupés dans des associations, restent liées à la nature d'un terrain rendu inaccessible par tant d'années d'abandon de ces contrées. C'est ce qui est relevé avec dépit par des habitants de la localité d'Ouled Boufaha, à l'est de la commune d'El-Ancer, qui a bénéficié d'un projet de réhabilitation de la route qui n'a guère été concrétisé.
Deux ans après son inscription et la finalisation des procédures pour son lancement, il n'y a plus aucune trace de ce projet. "On l'a transféré ailleurs, au motif qu'il a été inscrit dans une zone d'ombre comme si Ouled Boufaha n'en était pas une", déplorent des initiés à ce projet. Selon certaines données, cette opération de réhabilitation de la route a été inscrite du temps de l'ex-wali au titre du programme de réhabilitation dont a bénéficié la wilaya de Jijel. Après l'accomplissement de certaines procédures, ce projet est tombé à l'eau. Il concerne le lot 10 de l'opération numéro 38/2019 relative à la réhabilitation du chemin communal, reliant douar Ouled Boufaha à la commune d'El-Ancer. Cette opération a été confiée dans un contrat qui devrait être signé entre l'entreprise réalisatrice et la direction de l'administration locale dans le cadre du programme de réhabilitation de la wilaya.
La non-concrétisation de ce projet est restée en travers de la gorge des natifs de cette région, qui a totalement été vidée de ses habitants. Elles étaient quelque 200 familles à avoir quitté ce douar, l'un des plus prospères de son temps. Il y avait une école datant de l'époque coloniale, un bureau de poste où les habitants percevaient leurs courriers et leurs mandats. Plus rien aujourd'hui, raconte-t-on avec amertume et désolation, quand on sait que même le projet d'électrification a été abandonné eu égard à ces câbles et poteaux électriques restés témoins d'un épisode d'exil au beau milieu des années 1990. "Certes, il n'y a plus aucune famille qui vive à Ouled Boufaha, mais la réhabilitation de la route peut aider au retour, et il y a déjà certains qui sont revenus pour se lancer dans des activités d'apiculture et surtout d'élevage caprin, car ces filières sont très porteuses", confie-t-on dans l'espoir que la vie reprendra un jour dans ce douar.
Toutefois, il reste à noter que si pour les autorités, il est difficile d'envisager le lancement de projets, selon ce qui a souvent été avancé, dans des régions où il n'y a plus aucune âme qui y vit, le désenclavement des contrées désertées reste au c?ur des préoccupations. C'est dire que le retour et la fixation des populations reste cet objectif qui peine à être concrétisé dans une wilaya, nécessitant un véritable "plan Marshall" de développement eu égard à ce qu'elle a subi. Sur le terrain de la réalité, ce n'est pourtant pas le cas avec les stigmates d'un épisode d'exode et de fuite, qui a eu raison de la vie dans le monde rural des contrées montagneuses à Jijel.
Amor Z.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amor ZOUIKRI
Source : www.liberte-algerie.com