Jijel - A la une

Les trompettes de Jéricho



Les trompettes de Jéricho
«Quand quelqu'un vous dit: "je me tue à vous le répéter ", laissez-le répéter.» Jacques PrévertL'ami Hassan quitta un instant le fond de son verre qu'il scrutait depuis un bon moment: peut-être cherchait-il à y lire le fond de ses propres pensées' Puis il tourna lentement vers moi son regard désabusé: «Tu t'agites pour rien et pour si peu. Tes gesticulations et ta véhémence ne serviront à rien. Il faut plus que l'indignation d'un scribouillard pour faire bouger les choses dans un pays voué au désordre et à l'accaparement. Je t'ai invité à partager le verre de l'amitié avec moi pour te demander une seule chose: ta chronique Les pâtres du désordre, tu l'as écrite avant ou après la tragédie de Jijel où un couple de jeunes amoureux a préféré se donner la mort plutôt que de vivre loin l'un de l'autre'» Je lui répondis que j'écrivais toujours mes chroniques à l'avance pour pouvoir être à l'aise les jours où je suis accaparé par les problèmes d'intendance.
«C'est révélateur de la situation dramatique que peuvent vivre les jeunes qui ont le courage de se prendre par la main et d'affirmer au grand jour des sentiments, ma foi, tout naturels. Déjà qu'ils ont dû à subir les milices des moeurs! C'est du joli! Des personnages impliqués dans des affaires scabreuses continuent à vivre dans leurs châteaux en Espagne, en Suisse ou aux States et des jeunes qui s'asseoient sur un banc public doivent présenter un livret de famille... Mais il n'y a pas que cela qui choque ou qui révolte. Le désordre est plus profond et il est inscrit dans les pseudos règlements que plus personne ne respecte à quelque niveau que ce soit: la loi n'est faite que pour le pauvre. Les pâtres du désordre, un titre bien joli qui illustre parfaitement la situation dans laquelle vit ce pays depuis qu'une bande d'idéalistes a fait main basse sur le pays. Ils ont usurpé la légitimité des représentants légaux de ce pays, ont fait des promesses démagogiques pour faire patienter un peuple lassé par des années de souffrance, ont éliminé tous ceux qui pouvaient présenter le moindre danger pour eux, les ont même poursuivis dans leur exil, ont étouffé de diverses façons les voix de la contestation la plus timide, ont improvisé diverses politiques contradictoires sans cesse remises en question par des résultats catastrophiques, ont semé les graines de la haine entre des frères qui affichaient jusque-là une solidarité indéfectible, ont reproduit les mêmes inégalités criantes que celles qui existaient avant l'indépendance... Moi qui ai contribué modestement et imparfaitement à la résistance, je n'ai jamais cru, car je ne pouvais me l'imaginer, qu'un jour, des Algériens nageraient dans l'opulence tandis que d'autres continueraient à pédaler dans la fange qu'ont connue leurs parents et leurs grands-parents. Et il y a des gens qui osent encore invoquer le nom glorieux des chouhada! Quelle hypocrisie! Ont-ils oublié les buts même de l'insurrection! «Plus jamais çà», ont déclaré ceux qui ont osé affronter avec des armes dérisoires une puissance militaire soutenue par l'Otan. Le résultat: des gens parqués dans des cités sordides tandis que d'autres font du tourisme dans des sites réservés où «les Arabes et les chiens» étaient interdits d'accès durant la colonisation. L'avenir du pays se suicide lentement en empruntant des radeaux de fortune pendant que des enfants de privilégiés se promènent sur les autoroutes suisses avec, dans la boîte à gants, un argent de poche de 24.000 euros! Et j'en passe sur tout le divorce qui existe entre le discours et la méthode, entre les promesses et les faits avérés. C'est cela que tous les gens fidèles à l'esprit de Novembre doivent répéter sans cesse: une goutte d'eau use une roche à force de tomber toujours au même endroit avec la même détermination. Les trompettes de Jéricho, ça te dit quelque chose' Quand au match de football dont tout le monde attendait la résolution des problèmes qui se posent à ce pays, c'est de la littérature. De la poudre aux yeux.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)