Expert international en environnement et en changements climatiques. Expert du réseau méditerranéen sur l'environnement et les changements climatiques.Concrètement, quels sont les efforts que l'Algérie doit fournir dans ce cadre '
D'abord, il y a lieu de renforcer la résilience de toutes les infrastructures stratégiques situées dans le domaine littoral afin de réduire les effets de l'érosion côtière et ceux de la submersion marine déjà perceptible dans plusieurs régions du pays (Alger, Béjaïa Jijel, El Tarf, etc.), notamment les aéroports, les ports, les installations énergétiques et industrielles, mais également les structures touristiques et certains pôles urbains.
Ensuite, et pour éviter de nous retrouver dans les mêmes situations, il impératif d'inclure et de manière explicite la considération du risque climatique dans tous les cahiers des charges des nouvelles infrastructures publiques ou privées (dans les études d'impact sur l'environnement par exemple).
Cet aspect doit être soutenu par la carte hiérarchisée des zones inondables de l'Algérie et celle de la vulnérabilité aux changements climatiques qui, malheureusement, ne couvrent qu'une infime partie du territoire national. Il est donc impératif de combler cette lacune et de prendre en charge avec la plus grande rigueur et dans les meilleurs délais ce déficit afin d'éviter à l'Algérie des situations qui pourraient s'avérer dommageables pour nos infrastructures et pour les vies humaines.
Par ailleurs, la gouvernance doit être améliorée, notamment en rendant accessibles aux walis et aux P/APC toutes les données, cartographies et les études concernant leur territoire et réalisées par les différents départements et en temps utile, leur permettant de prendre les meilleures décisions, notamment en situation de crises liées aux effets du climat.
Ces acteurs essentiels du territoire sont aujourd'hui, pour la majorité d'entre eux, dépourvus des données nécessaires et de moyens adaptés pour améliorer et renforcer la résilience du territoire face aux changements climatiques, en particulier ceux qui se trouvent dans les zones à fort risque climatique.
Le secteur financier, notamment le segment des assurances, doit également prendre conscience de ces enjeux et s'adapter à la nouvelle donne climatique en intégrant ce type de risques de manière systématique, en particulier pour les activités et les zones à risque.
Les secteurs de l'Eduction, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique doivent être à l'avant-garde de l'action climatique afin de renforcer la sensibilisation, la connaissance, le savoir et les compétences dans ce domaine. Un chantier crucial doit être ouvert afin d'adapter les programmes et les outils de formation sur ces questions. Compte tenu des enjeux pour l'Algérie, il est important que des projets de recherche scientifique structurés sur le changement climatique voient le jour.
Ce domaine, qui est resté longtemps réservé aux sciences dites «dures», doit être approprié par les sciences humaines, notamment pour les questions de la gouvernance climatique, l'économie du climat et les autres considérations liées à la sociologie et aux changements de comportements individuels et collectifs sur cette question.
Pensez-vous qu'il est important aujourd'hui de différencier la responsabilité des Etats pour ce qui est des émissions des GES '
La question de la responsabilité des Etats, notamment de la responsabilité historique des émissions, ne doit jamais être remise en question, car l'aggravation de la dégradation du climat est surtout liée aux effets accumulés ou cumulatifs qui se sont produits dans le temps.
A ce titre, cette question est toujours d'actualité. Le problème aujourd'hui est que les alliances politiques et économiques qui se font entre pays ou par les ensembles régionaux affectent les positions individuelles des pays et modifient leurs capacités de négociation sur les questions climatiques.
Or, l'urgence climatique pour certains pays ou certaines régions auraient plus dû affecter certaines considérations politiques ou économiques.
Le paysage mondial actuel n'augure rien de bon sur ce sujet et de nombreux pays moteurs sur la question climatique, soit dans le groupe des 77 + la Chine, les pays exportateurs de pétrole, les pays arabes ou d'autres regroupements circonstanciels, comme les LMDC's, se trouvent aujourd'hui, d'une certaine manière, dispersés sur cette question. Beaucoup de ces pays sont aujourd'hui «occupés» par des considérations politiques internes ou régionales qui affectent forcement leurs capacités de réaction au niveau international sur ce sujet.
Un transfert de technologie est-il nécessaire afin que l'Algérie mette en place un plan pour la protection du climat '
Le défi climatique est également un défi technologique et d'innovation. La maîtrise des nouvelles technologies, outre le fait qu'elle permet une meilleure adaptation des sociétés de manière générale, contribue surtout à réduire les coûts et les délais de cette adaptation.
Dans ce sens, le transfert de technologie est plus que nécessaire à l'Algérie. Il est même crucial pour son action climatique, mais d'une manière générale pour son développement.
L'innovation technologique peut porter sur de nombreux segments très diversifiés des changement climatiques, comme les énergies renouvelables (solaire, géothermie, combustion des déchets, biomasse, énergie marine, hydroélectricité, éolien), ainsi que sur des technologies de l'efficience énergétique (isolation des bâtiments, pompes à chaleur, combustible, véhicules électriques et hybrides, ciment, éclairage basse consommation).
En plus des technologies sobres en carbone, il y a lieu de considérer toutes les technologies d'adaptation au climat, notamment dans le domaine de la construction et des infrastructures, de la surveillance et de l'alerte précoce sur les changements climatiques (images satellites, robotique et intelligence artificielle).
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sofia Ouahib
Source : www.elwatan.com