
Le retour en grâce des élus locaux dans le discours officiel de ces derniers jours est un fait nouveau qui mérite d'être noté. «Les élus locaux de tous bords et appartenances doivent être vos partenaires dans cette bataille pour la croissance. Impliquez-les dans vos plans de développement !» lançait le Premier ministre, samedi dernier, à l'adresse des walis.Il a fallu que la crise devienne une donnée palpable dans la vie nationale pour que les autorités reconnaissent un rôle aux collectivités locales dans l'amorce d'une dynamique de développement. Ce recours inattendu et appuyé aux responsables locaux dans l'espoir de redresser la barre est, en définitive, un aveu d'échec de l'Exécutif qui avait tenté, ces derniers mois, de donner les signes d'une hyperactivité en multipliant les remaniements ministériels et les annonces d'apparence stratégiques. «Nous avons tout faux, à vous de jouer !» peut-on résumer l'esprit du discours du Premier ministre devant les autorités locales.Conséquemment, il n'y a pas de grand crédit à accorder aux déclarations ultérieures des membres du gouvernement, comme celle d'hier, à Jijel, du ministre de l'Industrie assurant que l'Algérie «peut faire face à la situation même avec le pétrole à 10 dollars».Sauf si «faire face à la situation» implique le recours à l'endettement extérieur qui a mauvaise presse au sein de l'opinion nationale, marquée par les ajustements structurels et les dissolutions massives des entreprises publiques il y a près de deux décennies.Autre déclaration officielle à ne pas prendre au pied de la lettre, celle du ministre des Finances ayant affirmé que les «salaires des travailleurs ne seront pas touchés».Ces mêmes travailleurs expliqueraient au ministre que c'est la baisse du pouvoir d'achat qui inquiète les ménages. Et la dépréciation du dinar a pour effet direct d'accélérer la paupérisation qui gangrenait déjà des pans entiers de la population au temps de l'euphorie pétrolière. On comprendra que ce n'est pas par hasard ou surenchère que l'opposition réclame la démission de l'Exécutif. Le réflexe de rendre le tablier étant banni de la culture de nos dirigeants, c'est à un appel à la solidarité auquel assiste l'opinion publique.Le gouvernement réclame l'engagement des walis, la contribution des élus locaux et attend l'adhésion du peuple. Le pouvoir, qui n'a pas bouclé les deux premières années du 4e mandat présidentiel, ne peut ignorer que le pays, considéré jusque-là comme un énorme terrain politique, ne peut pas épouser, du jour au lendemain, une vocation économique.Dans l'esprit des gouvernants, le peuple est d'abord un réservoir de voix, ou précisément un «corps électoral». Un bon maire est un bon directeur de campagne présidentielle dans sa commune et un wali efficace est celui qui garantit la sécurité des meetings électoraux, auxquels s'invitaient, sous la protection des forces spéciales, les grandes figures du régime aujourd'hui étrangement absentes du débat de crise. La bataille économique est d'un autre type que celle électorale. Déterminant dans la seconde, l'autoritarisme est inopérant dans la première.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com