- ArcelorMittal Annaba a une nouvelle direction. Qu'est-ce que cela va changer '
Ces trois dernières années, la conquête sociale était insuffisante, d'où un plan de développement sur une base de 500 millions d'euros pour la réhabilitation de l'usine. Lors de nos luttes, nous faisions toujours appel aux pouvoirs publics mais, à regarder les différents bilans depuis 2001, l'Etat était souvent absent. Et durant les 10 dernières années, les engagements d'ArcelorMittal n'ont pas tous été respectés. Mais je constate que la nouvelle démarche est solide puisque les deux actionnaires -ArcelorMittal et Sider- ont décidé d'augmenter le capital à hauteur de 150 millions de dollars. Et la nouvelle convention d'investissement et de développement a été signée pour cinq ans avec obligation de résultat.
- A votre avis, à quoi va servir la visite du numéro 2 '
A lancer le plan de développement. Par la suite, il doit y avoir plusieurs rencontres avec les pouvoirs publics. Quand le numéro 2 vient ici, c'est qu'il s'agit d'une visite importante. Une direction Investissement composée d'experts algériens a été créée. Depuis le 1er avril dernier, un travail intense a été mené, et aujourd'hui (avant-hier, ndlr), on procède à une mise au point.
- En quoi Kazadi peut-il être différent de Le Gouic '
Kazadi a le profil du manager. Son parcours est exemplaire dans ce domaine. Sa mission première est de gérer des dossiers brûlants et de tenir le partenaire social informé. Avec Kazadi tout le monde peut et doit être gagnant. Cependant, Le Gouic n'a pas coupé définitivement le cordon avec l'usine, puisque chaque fois qu'il vient, il est informé de la production et il est chargé du plan de développement de l'usine. Nous voyons bien qu'un nouveau challenge se dessine pour le complexe avec un changement basé sur une nouvelle stratégie.
- Malgré les différents changements depuis un peu plus de dix ans, les grèves se sont succédées. Faut-il y voir un signe de la mauvaise santé du complexe d'El Hadjar '
Dans le monde des travailleurs, et je suis là pour le confirmer, les grèves sont un droit totalement légitime. Pour ce qui est de notre cas précis, durant dix ans, rien n'était clair en termes d'emploi ou d'investissement. Nous étions dans l'opacité la plus totale. Au cours des premières années, le complexe était encore en bon état, puis est venue la période ArcelorMittal avec un énorme décalage en matière de niveau technologique. En parallèle, on a vu l'Algérie renforcer son potentiel industriel. D'ici dix ans, le marché sera demandeur de 15 millions de tonnes d'acier.
- Comment voyez-vous les autres projets d'investissement, par le Qatar en particulier '
S'il s'agit de construire des usines, de fabriquer des produits algériens et de créer des emplois, nous ne pouvons que nous en réjouir. A condition que de telles transactions se fassent dans la transparence la plus totale. Mais en ouvrant la porte à un investisseur qui se retrouve dans un couloir de concurrence déloyale avec des lobbies, il y a un risque certain de rétrécissement de l'activité sidérurgique d'El Hadjar et de suppression d'emplois. Les meilleurs techniciens en Algérie ont été formés par Sider. Il suffit de se rappeler le cas Rebrab dans les années 1990 : beaucoup de métallurgistes ont quitté El Hadjar pour les «sirènes rebrabiennes». On peut dire que El Hadjar est une école au sens noble du terme en matière de sidérurgie. Pour en revenir au Qatar et en particulier le site de Bellara (wilaya de Jijel, ndlr), il existe un gros handicap : la matière première. Et dans ce domaine, c'est ArcelorMittal qui est à la pointe. Pour que leur projet porte réellement ses fruits, il faut une usine d'enrichissement sinon, il va falloir importer toute la matière première de l'étranger ainsi que la main-d uvre qualifiée. Pour cette dernière, il existerait des contacts avec nos cadres. Si les Qataris en viennent jusque - là, je le dis et j'en suis persuadé, il y aura une très forte tension au sein du complexe.
- Vous venez d'être élu député de Guelma, sous l'étiquette du Parti des travailleurs. Comment voyez-vous votre avenir '
Je vais créer un précédent. Tous les syndicalistes n'ont pas laissé comme cela la place à un autre syndicaliste ! Du point de vue du droit et de l'éthique, je ne peux pas cumuler plusieurs mandats à la fois. Cependant, je vais accompagner mon successeur durant les deux mois à venir, puisque mon mandat expire fin août. Et je vous garantis que les élections, qui auront lieu vers le 15 septembre prochain, vont se dérouler dans la transparence la plus totale. Durant mon mandat, je resterai présent sur le terrain, toujours aux côtés des travailleurs, d'autant que je suis militant du PT. Je défendrai les causes justes, je suivrai les mouvements et les conflits sociaux, je défendrai toutes les entreprises en difficulté, j'oeuvrerai pour la rouverture des entreprises fermées. Je m'opposerai à l'atteinte aux acquis sociaux, à tout amendement au code du travail pouvant nuire aux travailleurs, à la précarisation des salaires. Je me dois de rester vigilant car il y a plusieurs acquis qui risquent d'être touchés, comme le droit de grève ou les dossiers de retraite. Je serai un député toujours proche des travailleurs, un député qui ressemble aux travailleurs.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Noël Boussaha
Source : www.elwatan.com