Alors que le tabou du travail de la femme a été brisé depuis plusieurs années, beaucoup de traditions semblent avoir encore la peau dure.Le poids des traditions dans la wilaya de Jijel, de plus en plus marqué par un mode de vie que certains courants tentent d'imposer au sein des familles, est loin de permettre des escapades nocturnes pour les femmes. En dehors du cadre strictement familial, rares sont les femmes qui s'aventurent hors de chez elles la nuit, à l'occasion des veillées de Ramadhan.
Domaine exclusivement réservé aux hommes, les longues soirées de ce mois sacré sont bien délimitées. Et pourtant, dans certains milieux professionnels, on ne se prive pas de se plaindre de cet interdit. «Il n'y a pas d'endroit ou aller, j'aurai bien souhaité sortir la nuit après la prière des Tarawih, mais ce n'est pas encore permis pour nous », se désole une jeune fonctionnaire dans une administration publique. Ce sentiment de frustration est partagé par ses collègues qui enchaînent dans le même sens, pour émettre le v'u de respirer un peu d'air après une longue et éprouvante journée de jeûne. Pendant que les femmes ne se tiennent plus aux tabous qui les interdisent de sortir au travail, au même titre que les hommes, elles demeurent, comble du paradoxe, incapables de s'émanciper de certaines mentalités qui les privent de cette liberté. «Ce n'est pas un interdit, mais la tradition veut que les femmes n'ont jamais eu pour habitude de sortir la nuit», tranche-t-on. Ce ton n'est, pourtant, pas le même quand il s'agit de permettre aux femmes de sortir accomplir les prières surérogatoires.
De plus en plus, on remarque que de nombreuses femmes, subitement libérées du poids de ce conservatisme, sont autorisées pour aller accomplir ces prières à la mosquée. «Avant, il n'était pas question que la femme aille à la mosquée, mais les mentalités ont évolué, pour la prière, c'est permis», lancent des jeunes. Pour les sorties nocturnes, il semble que ces mentalités n'ont pas encore évolué pour admettre que la femme a aussi le droit de sortir comme elle le fait pour le travail et la prière. Si ailleurs dans les autres agglomérations, ces traditions relèvent encore d'un domaine utopique, à Jijel, l'on se permet, cependant, quelques sorties familiales à la maison de la culture, à l'occasion des soirées du Ramadhan. Il reste qu'à l'approche de l'Aïd, beaucoup de femmes ont la possibilité de prendre le pouls de ces veillées lors des sorties nocturnes pour l'achat de vêtements et de cadeaux.
En dehors de ce cadre, on ne risque pas de croiser la moindre âme féminine dans la ville après le F'tour même si des estivants sont là pour permettre ce luxe à leurs femmes et filles. Gageons, toute fois, qu'en plus des contraintes traditionnelles, le risque d'être agressée au détour d'une rue ou d'une placette publique par des délinquants qui sévissent la nuit est un des facteurs qui dissuadent toute sortie nocturne pour les femmes. Dans une ville brillant de mille feux la nuit, les femmes, omniprésentes durant la journée, sont les grandes absentes !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouikri A
Source : www.elwatan.com